Dette publique : La C.I lève 66 milliards de FCFA sur le marché de l’UMOA
Emprunter sur le marché de l'Umoa exige beaucoup de confiance et de forces endogènes.

La Côte d’Ivoire a mobilisé 66 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics de l’UMOA, à l’issue d’une opération au cours de laquelle le Trésor public recherchait initialement 60 milliards de FCFA. Face à cette demande, les investisseurs ont proposé 130,29 milliards de FCFA, soit plus du double du montant recherché. L’État ivoirien en a finalement retenu 66 milliards. Au-delà du chiffre, cette opération mérite d’être analysée avec mesure. L’endettement public ne peut être réduit à une opposition entre ceux qui considèrent tout emprunt comme inquiétant et ceux qui y voient systématiquement un signe de bonne santé économique. La question essentielle est ailleurs. Elle porte sur les conditions de l’emprunt, sa soutenabilité et, surtout, la capacité de l’État à transformer les ressources mobilisées en développement économique et social.
Une opération structurée sur plusieurs échéances
La levée repose sur trois instruments de maturités différentes. Une première composante concerne un Bon assimilable du Trésor à 364 jours. Les deux autres prennent la forme d’Obligations assimilables du Trésor à trois et cinq ans. Sur les 66 milliards de FCFA effectivement retenus, 580 millions ont été mobilisés sur l’échéance à 364 jours, 28 milliards sur celle à trois ans et 37,42 milliards sur celle à cinq ans. L’essentiel des ressources a donc été mobilisé sur des maturités de moyen terme. Cette répartition permet de ne pas concentrer l’ensemble des remboursements sur une seule échéance et participe à une gestion plus étalée des engagements financiers de l’État.
Une demande supérieure au montant recherché
L’un des faits marquants de cette opération réside dans le niveau des soumissions. Pour un besoin initial de 60 milliards de FCFA, les investisseurs ont proposé 130,29 milliards. Cette forte demande témoigne de l’intérêt rencontré par les titres ivoiriens sur le marché régional. Il faut cependant distinguer deux réalités. La capacité à mobiliser des financements constitue un indicateur de confiance des investisseurs. Mais cette confiance doit ensuite être entretenue par la qualité de la gestion budgétaire, la maîtrise du niveau d’endettement et la capacité du pays à honorer durablement ses engagements. La confiance permet d’emprunter. La qualité de la gestion permet de préserver cette confiance.
Pourquoi un État s’endette-t-il ?
L’endettement est un instrument normal de financement des États. Lorsqu’un gouvernement doit financer ses dépenses, ses investissements ou certains besoins de trésorerie et que les recettes disponibles ne permettent pas de couvrir immédiatement l’ensemble de ces engagements, il peut recourir au marché financier. L’emprunt n’est donc pas, en lui-même, synonyme d’appauvrissement. Tout dépend de son utilisation. Une dette qui contribue à financer des investissements productifs peut accompagner la croissance. Une dette dont le coût augmente sans produire suffisamment de richesse supplémentaire peut, en revanche, fragiliser progressivement les finances publiques. C’est pourquoi le débat économique devrait moins porter sur l’existence de la dette que sur sa qualité. La question n’est pas seulement de savoir combien la Côte d’Ivoire emprunte, mais ce que chaque franc emprunté permettra de construire, de produire ou d’améliorer.
À quoi serviront les 66 milliards de FCFA ?
Cette question est légitime. Une émission de titres publics de cette nature participe au financement général des besoins budgétaires et de trésorerie de l’État. En l’absence d’une affectation officielle détaillée propre à cette levée, il serait donc hasardeux d’affirmer que les 66 milliards de FCFA financeront spécifiquement une route, un hôpital, une école ou un programme social déterminé. Ces ressources viennent toutefois renforcer les capacités de financement du Trésor et contribuent, dans le cadre budgétaire général, à permettre à l’État d’honorer ses engagements et de poursuivre ses politiques publiques. La véritable exigence porte alors sur l’efficacité de la dépense.
Faire de la dette un levier de développement
Pour un pays qui poursuit sa transformation économique, l’endettement peut jouer un rôle important lorsqu’il accompagne des investissements capables d’améliorer durablement la productivité. Les infrastructures de transport peuvent réduire les coûts logistiques. L’accès à une énergie fiable peut renforcer la compétitivité des entreprises. Les investissements dans l’éducation et la formation peuvent améliorer la qualité du capital humain. Les infrastructures sanitaires peuvent renforcer la résilience sociale. Les investissements industriels peuvent favoriser la transformation locale et la création d’emplois. Dans ces conditions, l’endettement ne finance plus seulement une dépense immédiate. Il contribue à créer des capacités économiques susceptibles de produire de la richesse dans la durée. La meilleure dette est celle qui aide à construire aujourd’hui les moyens de mieux la rembourser demain.
Le coût de l’endettement reste déterminant
Cette logique ne doit cependant pas faire oublier une réalité fondamentale. L’argent emprunté a un coût. Les intérêts et les remboursements futurs mobilisent des ressources publiques qui ne pourront pas simultanément être consacrées à d’autres priorités. Plus le coût du financement augmente, plus la gestion de la dette exige de discipline. L’État doit donc continuellement rechercher un équilibre entre ses besoins de financement immédiats et sa capacité future à supporter le service de la dette. La croissance économique constitue ici un élément essentiel, mais elle ne suffit pas à elle seule. La mobilisation des recettes intérieures, la qualité de la dépense publique et la maîtrise des déficits jouent également un rôle déterminant.
L’UMOA, un marché stratégique
Le marché régional des titres publics représente un instrument important pour les États de l’Union monétaire ouest-africaine. Il permet de mobiliser l’épargne régionale auprès des banques, institutions financières et autres investisseurs afin de répondre aux besoins de financement des États. Pour la Côte d’Ivoire, ce marché permet également de diversifier les sources de financement et de compléter les ressources provenant d’autres mécanismes. Mais cette capacité d’emprunt doit s’inscrire dans une stratégie financière globale associant mobilisation des recettes fiscales, maîtrise des dépenses, financements concessionnels, recours aux marchés et gestion active de la dette. L’objectif n’est pas de parvenir à une économie sans dette. L’objectif est de maintenir une dette soutenable et compatible avec la capacité du pays à produire suffisamment de richesse pour la rembourser.
les 66 milliards, l’exigence de résultats
La nouvelle levée ivoirienne ne devrait donc être abordée ni avec alarmisme ni avec complaisance. Elle constitue un outil de financement. Son véritable bilan ne pourra pas être tiré uniquement à partir du montant mobilisé ou de l’intérêt manifesté par les investisseurs. Il dépendra de la manière dont les finances publiques contribueront, dans leur ensemble, à améliorer les infrastructures, soutenir la production, renforcer les services publics et favoriser la création d’emplois. Chaque franc emprunté aujourd’hui constitue en effet une ressource disponible pour le présent, mais également une obligation financière pour l’avenir. Cette réalité impose transparence, efficacité et discipline. Un pays ne devient pas plus puissant parce qu’il emprunte davantage. Il devient plus puissant lorsqu’il sait transformer les ressources mobilisées en croissance, en emplois, en infrastructures et en valeur ajoutée. Les 66 milliards de FCFA levés sur le marché de l’UMOA posent ainsi une question qui dépasse largement cette seule opération financière. La Côte d’Ivoire est-elle capable de transformer durablement sa capacité d’endettement en capacité de développement ? C’est à travers les résultats économiques, sociaux et budgétaires des prochaines années que cette question trouvera sa réponse. Car, en matière de finances publiques, la confiance des marchés est importante. Mais la confiance des citoyens repose, elle, sur les résultats.
Alassane Junior F.
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