Économie

Liberia : Une croissance supérieure à 5 % en 2026, le voisin ivoirien prépare son décollage économique

Il est annoncé une croissance économique forte au Liberia. Cela pourrait booster les relations économiques avec la Côte d'Ivoire.

Par admin3 min de lecture
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Une des rues de Monrovia
Une des rues de Monrovia

Longtemps associé aux conséquences de la guerre civile, aux difficultés infrastructurelles et à une économie fragile, le Liberia pourrait être en train d’ouvrir une nouvelle séquence de son histoire économique. Les projections situent sa croissance autour de 5 % et plus en 2026, principalement sous l’impulsion du secteur minier, mais également de la construction, de l’agriculture et de certaines activités manufacturières. Derrière ces chiffres se dessine une tendance importante pour l’Afrique de l’Ouest. L’économie libérienne accélère et cherche à attirer davantage d’investissements.

Le mouvement mérite une attention particulière en Côte d’Ivoire. Les deux pays partagent une longue frontière et leurs régions frontalières entretiennent depuis longtemps des échanges humains et commerciaux. Le développement du Liberia ne constitue donc pas une réalité lointaine. Un voisin qui progresse économiquement peut devenir un marché plus important, un partenaire commercial, une destination pour les investissements et un nouveau maillon des échanges régionaux. Cette progression peut également créer une nouvelle concurrence pour les capitaux, les infrastructures, les ressources et certaines activités portuaires.

Le principal moteur du redressement libérien reste l’exploitation des ressources naturelles, notamment le minerai de fer et l’or. Le véritable défi consiste désormais à éviter le paradoxe souvent observé sur le continent, celui d’une croissance alimentée par le sous-sol mais insuffisamment ressentie dans la vie quotidienne des populations. Une économie peut afficher des performances remarquables tout en conservant une pauvreté élevée, un chômage important et des infrastructures insuffisantes. Le décollage économique du Liberia dépendra donc de sa capacité à transformer les revenus tirés de ses ressources en routes, électricité, écoles, santé, industries et emplois.

La diversification devient ainsi une priorité. Le Liberia doit renforcer son agriculture, développer la transformation locale, soutenir les PME, améliorer la formation professionnelle et attirer des investissements productifs au-delà des industries extractives. Les progrès économiques devront également s’accompagner d’une gouvernance solide, d’une meilleure mobilisation des recettes publiques et d’un environnement favorable aux entreprises. La dépendance aux matières premières reste en effet une vulnérabilité importante face aux fluctuations des cours internationaux.

 Pour la Côte d’Ivoire, cette évolution pourrait représenter une opportunité stratégique. Man, Danané, Guiglo, Toulepleu, Tabou et plus largement l’Ouest ivoirien pourraient bénéficier d’une intensification des échanges transfrontaliers. Agriculture, matériaux de construction, services financiers, télécommunications, commerce, transport et logistique constituent autant de secteurs susceptibles de profiter d’un marché libérien plus dynamique. Une croissance mieux partagée entre les deux côtés de la frontière contribuerait également à consolider la stabilité des territoires concernés.

Les infrastructures seront déterminantes. Une amélioration des connexions routières entre les deux pays pourrait accroître les échanges et favoriser l’émergence de véritables corridors économiques. La complémentarité entre les ports, les zones agricoles, les centres commerciaux et les projets miniers pourrait progressivement redessiner la géographie économique de cette partie de l’Afrique de l’Ouest. La frontière ivoiro-libérienne ne devrait plus seulement être considérée comme une limite administrative, mais comme un potentiel espace de production, de commerce et d’investissement.Cette dynamique pose plus largement la question de l’intégration régionale. L’Afrique de l’Ouest ambitionne depuis longtemps de construire un véritable marché commun, mais les tracasseries routières, les lourdeurs douanières, l’état de certains axes et les coûts logistiques continuent de freiner le commerce entre voisins. La ZLECAf offre une nouvelle perspective, à condition que la libre circulation des marchandises devienne une réalité économique et non uniquement un principe inscrit dans les accords.

 Le Liberia se trouve donc à un moment charnière. Une croissance autour de 5 % constitue un signal encourageant, mais elle ne suffira pas à elle seule à garantir un développement durable. Tout dépendra de la capacité du pays à transformer ses ressources naturelles en infrastructures, ses investissements en emplois et ses performances macroéconomiques en amélioration concrète des conditions de vie. Pour Abidjan, l’émergence économique du Liberia devrait être regardée avec intérêt. Une Côte d’Ivoire forte n’a rien à perdre à voir prospérer à sa frontière un Liberia plus stable et plus dynamique. Lorsque deux économies voisines progressent, commercent et investissent ensemble, une frontière autrefois associée aux crises peut progressivement devenir un corridor de prospérité et d’intégration régionale.

 Jean Baptiste Angaman

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