SANTÉ : GRAND-BASSAM ACCUEILLE L’OOAS, LA CÔTE D’IVOIRE AU CŒUR D’UN NOUVEAU DÉFI SANITAIRE
La Côte d'Ivoire , depuis quelques jours, accueille à Grand-Bassam le siège de l'organisation ouest-africaine de la santé (OOAS).

Les épidémies ne connaissent pas de frontières, et les faiblesses sanitaires d’un pays peuvent rapidement menacer toute une région. L’installation du siège provisoire de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) à Grand-Bassam constitue une avancée institutionnelle importante pour la coopération sanitaire. Au-delà de sa portée diplomatique, une question demeure. Comment transformer cette présence en un véritable instrument de prévention, de coordination et de protection des populations ouest-africaines ?
Le 8 octobre 2026, les autorités ivoiriennes ont procédé à la remise des clés du siège provisoire de l’OOAS, installé au Village des technologies de l’information et de la biotechnologie (VITIB), à Grand-Bassam. La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre Adama Dosso et du professeur Palokinam Pitché. Le bâtiment comprend 76 bureaux pouvant accueillir environ 120 agents. Un siège définitif est également envisagé, avec une capacité annoncée de 260 à 300 personnes.
Une institution stratégique face aux menaces sanitaires
Créée en 1987, l’OOAS est l’institution spécialisée de la CEDEAO chargée de promouvoir la coopération sanitaire entre les États membres. Ses missions couvrent notamment la surveillance épidémiologique, la prévention des maladies, l’harmonisation des politiques de santé et le renforcement des systèmes sanitaires.
Les crises liées à Ebola, à la Covid-19 et au choléra ont démontré les limites des réponses exclusivement nationales. Face à la circulation des personnes et des marchandises, la coordination des dispositifs d’alerte et le partage rapide des informations sanitaires deviennent indispensables.
L’installation de l’OOAS à Grand-Bassam peut ainsi renforcer les échanges institutionnels et la visibilité de la Côte d’Ivoire dans la coopération sanitaire régionale. Son efficacité dépendra toutefois des moyens mobilisés et de la continuité des programmes engagés.
Grand-Bassam, une responsabilité diplomatique et sanitaire
Accueillir une institution communautaire ne se limite pas à fournir des locaux. Cette responsabilité implique des conditions de fonctionnement adaptées, des garanties administratives et une collaboration permanente avec les autorités nationales.
Pour la Côte d’Ivoire, cette implantation peut favoriser les partenariats scientifiques, les rencontres techniques et les échanges entre professionnels de santé. Elle ne garantit cependant pas, à elle seule, une amélioration de l’accès aux soins. Les retombées dépendront des projets effectivement réalisés et de leur articulation avec les priorités sanitaires nationales.
Trois priorités pour une coopération efficace
La première priorité concerne la prévention des épidémies. Les États doivent renforcer leurs systèmes d’alerte, partager rapidement les données sanitaires et coordonner leurs interventions transfrontalières afin de détecter et contenir les menaces émergentes.
La deuxième porte sur le renforcement des systèmes de santé. La formation du personnel médical, l’équipement des laboratoires et l’amélioration des infrastructures doivent bénéficier particulièrement aux zones rurales et frontalières, souvent confrontées à des difficultés d’accès aux soins.La troisième concerne l’autonomie sanitaire régionale. L’Afrique de l’Ouest doit développer ses capacités de production et d’approvisionnement en médicaments, vaccins et équipements médicaux, tout en renforçant la recherche et les partenariats industriels.
Des engagements institutionnels aux résultats concrets
L’installation du siège provisoire de l’OOAS à Grand-Bassam rappelle l’importance de la santé dans l’intégration ouest-africaine. Elle offre à la Côte d’Ivoire une occasion de contribuer davantage à la coordination régionale, tout en poursuivant les efforts nécessaires à l’amélioration de son propre système sanitaire.
Cette ambition exige des financements durables, une coopération opérationnelle et une évaluation régulière des résultats. La réussite de cette implantation ne se mesurera pas uniquement à la qualité des infrastructures, mais à la capacité de l’organisation à prévenir les crises, renforcer les systèmes de santé et protéger les populations.
Car accueillir une institution de santé est une responsabilité diplomatique. Faire reculer la maladie et sauver des vies demeure sa véritable raison d’être.
Jean Baptiste Angaman
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