CACAO : LA CÔTE D’IVOIRE LAISSE ÉCHAPPER L’OR CACHÉ DE SES CABOSSES
Hormis les fèves de cacao qu'elle exporte , la Côte ne profite pas , par exemple, des cabosses vides et plusieurs sous-produits qui peuvent pourtant générer de la plus-value sur le plan économique.

Cabosses, pulpes et coques. Au-delà des fèves exportées, le cacao recèle un potentiel économique largement sous-exploité. Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, ces ressources pourraient ouvrir de nouveaux débouchés industriels et améliorer les revenus des planteurs.
La Côte d’Ivoire exporte son cacao, mais une partie des ressources issues de ses plantations échappe encore aux circuits économiques. Chaque campagne laisse derrière elle d’importantes quantités de cabosses vides et de matières organiques dont les usages industriels restent limités.
Pourtant, le cacao ne sert pas uniquement à fabriquer du chocolat. Ses sous-produits peuvent entrer dans la fabrication d’engrais organiques, de combustibles, de biochar, de boissons et de diverses matières premières.
Des déchets qui valent de l’argent
Une publication internationale évoque 700 000 tonnes de déchets issus de l’industrie du cacao. Ce chiffre, qui ne concerne pas spécifiquement la Côte d’Ivoire, donne un aperçu des volumes en jeu.
Les enveloppes de cabosses peuvent servir à produire du compost, tandis que la pulpe offre des possibilités dans l’agroalimentaire. D’autres résidus présentent un intérêt énergétique. Derrière ces matières souvent négligées se dessine un marché potentiel.
Le paradoxe du premier producteur mondial
La Côte d’Ivoire domine la production mondiale de fèves, mais une part importante de la valeur ajoutée demeure concentrée dans les activités situées en aval de la filière.
Le développement du broyage industriel marque une avancée. Toutefois, les possibilités offertes par les autres composantes du fruit restent insuffisamment explorées.
À Soubré, Daloa, Gagnoa, Abengourou ou San Pedro, des unités spécialisées pourraient soutenir l’émergence de petites entreprises rurales et diversifier l’activité économique.
Les planteurs au cœur des retombées économiques
Cette nouvelle filière ne devrait pas reproduire un modèle dans lequel les producteurs restent de simples fournisseurs de matières premières.
Les coopératives pourraient intervenir dans la collecte, le traitement et la commercialisation, avec des mécanismes garantissant une rémunération équitable.
Une exigence agronomique demeure cependant. Une partie des résidus doit retourner aux sols pour maintenir leur fertilité. Leur exploitation industrielle devra donc respecter les besoins des plantations.
Passer des discours aux investissements
Le potentiel existe, mais sa concrétisation exige des équipements adaptés, des financements accessibles et des débouchés commerciaux.
La dispersion des exploitations, le transport des matières humides et les coûts de production constituent des obstacles à surmonter.
Des projets pilotes associant chercheurs, coopératives et entreprises privées permettraient d’évaluer les solutions les plus rentables.
Les résultats devront se mesurer en emplois créés, en entreprises viables et en revenus supplémentaires pour les producteurs.
Trois décisions pour changer la donne
La première urgence consiste à établir un inventaire national des sous-produits du cacao afin d’identifier les quantités disponibles et les zones présentant le meilleur potentiel industriel.
La deuxième priorité serait d’implanter des unités pilotes dans les principaux bassins de production, en privilégiant des technologies adaptées aux réalités locales.
Enfin, un dispositif de financement et d’accompagnement commercial permettrait aux coopératives et aux entrepreneurs d’accéder aux équipements et aux marchés.
Une nouvelle ambition pour l’économie cacaoyère
Pendant des décennies, la performance de la filière s’est principalement appréciée à travers les volumes récoltés, les exportations et les recettes générées.
Cette approche doit désormais intégrer les activités économiques pouvant se développer autour de la fève.
La Côte d’Ivoire dispose d’un avantage agricole considérable. Elle gagnerait à le prolonger par une industrie capable de créer davantage d’emplois dans les régions productrices.
Le défi n’est plus seulement de vendre du cacao ou de fabriquer du chocolat. Il est de faire de chaque récolte un moteur plus puissant de développement local.
L’or brun ivoirien pourrait ainsi révéler une richesse longtemps négligée, celle de ses cabosses, de ses sous-produits et des activités qu’ils peuvent faire naître.
Henri Kossonou
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