Contribution sur l’orpaillage clandestin / Zadi Zadi Patrick fait un décryptage pertinent
C'est une contribution majeure qui permet de saisir le phénomène de l'orpaillage clandestin et de comprendre les solutions envisageables.

La lutte contre l’orpaillage illégal est entré dans une nouvelle phase depuis le 30 septembre, à l’occasion de la remise d’équipements par le Conseil national de sécurité (CNS), aux autorités de onze régions bénéficiaires, dont la Nawa. La dotation annoncée comprend 30 pick-up, 35 véhicules de transport de troupes, 300 motos, 12 zodiacs et des drones. Cette dotation marque un renforcement important du dispositif opérationnel.
Objectif annoncé : mettre fin à cette activité en six mois.
Mais les citoyens doivent pouvoir comprendre les actions menées et constater les progrès accomplis.
1. L’orpaillage illégal et ses conséquences*
L’orpaillage illégal dégrade les terres et les cours d’eau, fragilise les activités agricoles et expose les populations à des risques sanitaires et sécuritaires. Dans les zones concernées, de Buyo à Méagui, ces conséquences affectent les conditions de vie des habitants et peuvent compromettre durablement les activités économiques locales.
La lutte contre ce phénomène ne peut donc être évaluée uniquement au nombre de sites démantelés. Il faut aussi s’interroger sur la persistance de l’activité, ses conséquences pour les populations et la restauration des espaces dégradés.
2. La nécessité de protéger les populations*
La protection des populations doit être au cœur de l’opération. Les habitants des zones concernées doivent pouvoir vivre et travailler sans être exposés aux menaces, aux violences ou aux risques liés aux activités clandestines.
3. Des moyens importants annoncés : saluer les efforts du gouvernement et du CNS
Les moyens annoncés sont importants. Ils peuvent améliorer la mobilité des équipes, leur capacité d’intervention et la surveillance des zones difficiles d’accès. Les efforts du gouvernement et du CNS méritent d’être salués.
Cependant, l’efficacité de ces équipements dépendra de leur présence réelle sur le terrain, de leur entretien, de la coordination entre les services et de la continuité des opérations.
4. Des indicateurs pour suivre l’opération*
Un objectif de six mois appelle des étapes et des critères précis. Un tableau de suivi public pourrait notamment renseigner :
- le nombre de sites clandestins recensés et démantelés ;
- le nombre de sites contrôlés à nouveau et les cas de réapparition de l’activité ;
- l’évolution de l’activité dans les cours d’eau et les zones agricoles concernées ;
- le nombre d’opérations réalisées et leur répartition entre les régions ;
- les réseaux identifiés et les enquêtes ouvertes sur leurs commanditaires et leurs sources de financement ;
- les poursuites engagées et les financements ou équipements saisis ;
- les actions de protection des populations et de restauration des sites dégradés.
Ces indicateurs permettraient d’évaluer non seulement les interventions réalisées, mais aussi leurs effets dans la durée.
5. Des propositions concrètes pour suivre l’opération
Pour rendre ce suivi utile et accessible aux citoyens, plusieurs mesures pourraient être envisagées.
Établir une situation de référence
Il serait utile de dresser un état des lieux au début de l’opération afin de comparer les progrès réalisés au cours des six mois.
Associer les populations, les autorites locales et la société civile au suivi
Les habitants connaissent les sites, les pistes et les évolutions de l’activité sur le terrain. Des mécanismes sûrs de signalement et un dialogue régulier avec les autorités peuvent faciliter les interventions et renforcer la confiance.
Aussi, les autorités locales, les élus, les mutuelles de développement et autres représentants des communautés et la société civile pourraient contribuer au suivi et à la vérification des résultats sur le terrain.
S’attaquer aux réseaux et aux commanditaires
La lutte ne saurait se limiter au démantèlement des sites. Les orientations annoncées par le CNS prévoient également de démanteler les réseaux, d’assécher leurs sources de financement et de sanctionner les commanditaires.
Rendre compte des actions contre les réseaux
Les bilans devraient préciser le nombre de réseaux identifiés ou démantelés, les enquêtes ouvertes, les commanditaires poursuivis ainsi que les financements et équipements saisis.
Publier des bilans réguliers par région
Des bilans diffusés à intervalles réguliers permettraient aux citoyens de connaître les opérations menées et les résultats obtenus dans chaque région.
Publier une évaluation à l’échéance des six mois
Au terme de l’opération, une évaluation publique devrait porter sur les sites, les réseaux, la protection des populations et la restauration des espaces dégradés. Elle devrait respecter les procédures judiciaires et protéger les personnes qui contribuent aux signalements.
Faire de l’échéance de six mois un engagement vérifiable
L’objectif fixé peut devenir un levier de mobilisation s’il s’accompagne d’une méthode de suivi claire. Au terme des six mois, l’évaluation ne devrait pas porter uniquement sur le nombre de sites démantelés. Elle devrait aussi établir si l’activité a réellement cessé, si les réseaux et leurs sources de financement ont été atteints, si les populations se sentent mieux protégées et si les espaces dégradés ont commencé à être restaurés.
Les citoyens ne demandent pas seulement des annonces. Ils attendent des résultats concrets, vérifiables et durables.
Zadi Zadi Patrick Anderson
Expert des questions de paix, de sécurité et de gouvernance
Diplômé de l’Université de Coventry, Grande-Bretagne
Conseiller régional de la Nawa
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