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Orpaillage clandestin /Zadi Za : « IL FAUT S’ATTAQUER À LA TÊTE, PAS SEULEMENT AUX BRAS »

L'orpaillage clandestin fait d'énormes dégâts. Zadi Zadi, conseiller régional de la Nawa donne des pistes de solutions.

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Zadi Zadi , conseiller régional de la Nawa
Zadi Zadi , conseiller régional de la Nawa

Face à la persistance de l’orpaillage illégal, la réponse uniquement répressive montre ses limites. Pour Zadi Zadi, fils de la Nawa, diplômé de l’Université de Coventry en Grande-Bretagne et expert des questions de paix, de sécurité et de gouvernance, la Côte d’Ivoire doit se doter d’une véritable stratégie nationale reposant sur trois piliers : Autorité, Développement et Gouvernance locale.

 

Pourquoi l’orpaillage illégal est-il devenu un enjeu national ?

Parce que ce n’est plus seulement une question d’environnement ou d’ordre public. C’est un enjeu de souveraineté, de sécurité, de développement et de cohésion sociale. Quand les forêts sont détruites, que les terres agricoles sont dégradées et que les cours d’eau sont pollués, ce sont les fondements de notre développement qui sont touchés. Il y a aussi la question de l’autorité de l’État. Quand des réseaux clandestins s’installent durablement avec leurs circuits de financement, d’approvisionnement et de commercialisation, c’est la capacité de l’État à contrôler son territoire qui est mise à l’épreuve. L’or est une richesse pour la Côte d’Ivoire. Mais cette richesse ne doit pas se faire au détriment de notre environnement, de nos populations et de notre avenir. Protéger notre sous-sol, c’est protéger notre souveraineté et les générations futures.

 L’orpaillage attire beaucoup de jeunes. Quelles alternatives proposer ?

Il faut regarder la réalité en face. Si des jeunes s’y tournent, c’est aussi parce qu’ils y trouvent des revenus immédiats alors que les perspectives économiques locales sont parfois limitées. On ne peut donc pas demander à un jeune d’abandonner une activité sans lui offrir une alternative crédible. La réponse ne peut pas être uniquement répressive. Comme le disait le Président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, lors du meeting du 22 juin 2024 à Soubré, il faut mettre l’humain au centre. Je propose trois leviers. Premièrement, il faut encadrer l’exploitation artisanale légale. Deuxièmement, il faut appliquer rigoureusement la réglementation et faire une distinction claire entre l’activité légalement encadrée et l’exploitation clandestine. Deuxièmement, il faut investir dans l’économie locale. L’agriculture, l’agro-industrie, l’élevage, la transformation et les PME doivent devenir de véritables sources d’emplois et de revenus pour notre jeunesse. En troisième position, il faut insérer par l’environnement. Associer les jeunes à la restauration des terres et des cours d’eau dégradés, dans le cadre de programmes structurés et rémunérés. L’objectif est simple : que l’économie légale soit plus attractive et plus digne que l’économie clandestine.

 Faut-il s’attaquer aux réseaux et aux complicités ?

 La répression sur le terrain est nécessaire. Mais elle ne suffit pas. Tant que les réseaux qui financent, organisent et commercialisent existeront, les sites démantelés réapparaîtront ailleurs. Il faut donc dépasser l’exploitant visible pour remonter toute la filière. Qui finance ? Qui fournit la logistique ? Qui achète ? Qui facilite ? Cela demande davantage de renseignement, une meilleure traçabilité de l’or, des contrôles rigoureux des circuits financiers et une justice capable d’aller au bout des procédures. Les complicités, lorsqu’elles sont établies par les procédures compétentes, doivent être sanctionnées sans faiblesse, quel que soit le rang des personnes concernées. On ne gagnera pas cette bataille en s’attaquant seulement aux bras. Il faut aussi s’attaquer à la tête. C’est tout l’enjeu de la gouvernance : détecter les réseaux, remonter les filières et empêcher la reconstitution des mêmes systèmes.

 Quelles conséquences pour la Nawa et notre souveraineté alimentaire ?

 Les conséquences sont graves. La Nawa est l’un des grands bassins agricoles du pays. Nos terres de cacao, d’hévéa et de cultures vivrières, ainsi que nos cours d’eau, sont directement menacés. En tant que fils de la Nawa et Conseiller régional, je m’interroge : si nous détruisons nos terres aujourd’hui pour extraire de l’or, avec quoi nourrirons-nous les Ivoiriens demain ? C’est toute la question de notre souveraineté alimentaire qui est posée. Il faut une approche préventive. Les terres agricoles, les forêts et les sources d’eau sont des espaces stratégiques à protéger. Je salue l’initiative du Préfet de région, M. Kouamé Bi Kalou Clément, ainsi que la consultation du 26 août à Soubré. Elle a permis de faire remonter les réalités du terrain et de recueillir des propositions. Maintenant, il faut passer à l’action : sécuriser les périmètres agricoles, protéger nos sources d’eau, restaurer les espaces dégradés et accompagner les populations. La Nawa ne doit pas avoir à choisir entre son or d’aujourd’hui et son agriculture de demain.

 Quelles priorités pour une véritable politique nationale ?

 La Côte d’Ivoire a besoin d’une stratégie nationale claire, reposant sur trois piliers. L’Autorité d’abord. La loi doit s’appliquer à tous : aux exploitants, mais aussi à ceux qui organisent, financent ou facilitent ces activités lorsqu’ils sont identifiés et reconnus responsables. L’autorité de l’État doit être visible, constante et crédible. Une opération ponctuelle ne peut pas remplacer une véritable politique publique. Le Développement ensuite. La répression ne pourra être durable que si nous proposons une véritable reconversion économique des territoires concernés. Cela passe par des investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé, l’agriculture et le financement des initiatives économiques locales. La Gouvernance locale enfin. L’État ne peut pas être partout. Il faut donc renforcer les collectivités, les autorités coutumières et les communautés locales. Elles ont un rôle essentiel à jouer dans la prévention, l’alerte et la protection des ressources. Il faut passer d’une logique réactive à une culture de prévention et d’anticipation.

Quel rôle pour les partis politiques et les élus ?

Les partis politiques et les élus ne doivent pas être des spectateurs. Ce sujet touche directement notre environnement, notre économie, notre sécurité et l’avenir de notre jeunesse. Le PDCI-RDA a tiré la sonnette d’alarme sur cette question. Nous défendons une réponse ferme, structurée et centrée sur l’humain. Si j’étais député, notamment pour représenter un territoire comme celui de la Nawa, mon action s’articulerait autour de trois engagements. En premier lieu, sensibiliser et légiférer. Porter des propositions pour mieux protéger les terres agricoles, renforcer la traçabilité de l’or et améliorer la lutte contre les réseaux clandestins. En deuxième place, il faut contrôler et alerter.  C’est-à-dire , utiliser pleinement le pouvoir de contrôle du député pour suivre les politiques publiques sur le terrain, identifier les zones à risque et interpeller le gouvernement lorsque les moyens ou les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. En troisième lieu , il faut bâtir des alternatives. C’est-à-dire travailler avec les collectivités, les organisations de jeunes, les acteurs économiques et le secteur privé pour faire émerger des projets agricoles, industriels, artisanaux et environnementaux créateurs d’emplois durables. Au fond, un élu doit être à la fois un vigile et un bâtisseur. L’orpaillage illégal nous pose une question fondamentale : voulons-nous simplement extraire des ressources aujourd’hui ou construire durablement la Côte d’Ivoire de demain ? Pour ma part, le choix est clair. Nous devons protéger nos terres, sécuriser nos ressources et offrir à notre jeunesse des perspectives économiques dignes. C’est cela, remettre véritablement l’humain au cœur de nos politiques publiques.

Entretien réalisé par la Rédaction

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