Économie

Orpaillage clandestin : Quand les communautés locales deviennent le premier rempart

L'orpaillage clandestin doit être éradiquée. A cet effet, les communautés doivent être les derniers remparts

Par admin5 min de lecture
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Les communautés doivent s'impliquer pour lutter contre l'orpaillage
Les communautés doivent s'impliquer pour lutter contre l'orpaillage

Longtemps considérée comme une affaire relevant essentiellement de l’État et des forces de sécurité, la lutte contre l’orpaillage clandestin prend une nouvelle dimension en Côte d’Ivoire. Face aux conséquences environnementales, économiques et sociales de l’exploitation illégale des minerais, certaines communautés locales refusent désormais de rester spectatrices. Cette mobilisation pose une question essentielle. L’État peut-il durablement gagner la bataille contre l’orpaillage clandestin sans associer pleinement les populations qui vivent au quotidien dans les territoires concernés ? Car derrière l’or extrait illégalement se joue une problématique beaucoup plus large. Il est question de protection des terres, de préservation des cours d’eau, de sécurité des populations, de maîtrise des ressources naturelles et, plus largement, d’autorité de l’État.

Quand l’or menace les territoires

L’exploitation aurifère constitue une véritable opportunité économique lorsqu’elle est organisée, réglementée et respectueuse des normes environnementales. Lorsqu’elle échappe au contrôle public, elle peut au contraire devenir une source de profondes perturbations. Des terres agricoles peuvent être dégradées, des cours d’eau affectés et des excavations abandonnées devenir dangereuses pour les populations. À ces risques environnementaux peuvent s’ajouter des tensions sociales liées à l’occupation des terres et à l’exploitation des ressources. Pour les communautés rurales, la question n’est donc pas abstraite. Elle touche directement à leur environnement, à leurs moyens de subsistance et à l’avenir de leurs enfants. L’or extrait aujourd’hui ne doit pas devenir la pauvreté environnementale de demain.

 Les populations, sentinelles du territoire

Les communautés locales disposent d’un atout déterminant dans la lutte contre les activités clandestines. Elles connaissent leur territoire. Elles observent les mouvements inhabituels, constatent l’apparition de nouveaux sites et peuvent rapidement identifier les transformations qui affectent leur environnement. Cette connaissance du terrain peut devenir un puissant outil de prévention. Mais elle ne doit pas conduire à substituer les populations aux forces de l’ordre. La lutte contre l’orpaillage clandestin demeure avant tout une responsabilité de l’État. Les communautés doivent pouvoir signaler et alerter dans un cadre sécurisé, sans être exposées à des confrontations directes. L’enjeu est donc de construire une coopération durable entre populations, autorités administratives, collectivités territoriales et services de sécurité.

 Aller au-delà des opérations de démantèlement

Les opérations menées contre les sites clandestins sont nécessaires. Elles permettent de reprendre le contrôle de certains espaces et de rappeler que l’exploitation des ressources minières obéit à des règles. Mais le véritable défi commence souvent après leur démantèlement. Un site évacué peut être réoccupé si les réseaux qui l’alimentent demeurent actifs. Une zone interdite peut redevenir attractive lorsque la surveillance se relâche. L’activité clandestine peut également simplement se déplacer vers une autre localité. La réponse doit donc s’inscrire dans la durée. Elle suppose de renforcer le renseignement territorial, de surveiller les circuits économiques liés à l’exploitation illégale, d’identifier les réseaux de financement et d’améliorer la traçabilité de l’or commercialisé. Détruire un site traite la conséquence. Démanteler les réseaux qui financent et commercialisent l’activité permet de s’attaquer au système.

Un enjeu de souveraineté économique

La lutte contre l’orpaillage clandestin constitue également une question économique nationale. Une ressource minière exploitée en dehors du cadre légal échappe aux mécanismes de contrôle, de traçabilité et de fiscalité. La collectivité peut alors supporter les conséquences environnementales sans bénéficier pleinement des retombées économiques de la richesse extraite. La question devient celle de la souveraineté sur les ressources naturelles. Les richesses du sous-sol doivent contribuer au développement national, à l’investissement public et à l’amélioration des conditions de vie, particulièrement dans les territoires où elles sont exploitées. La Côte d’Ivoire a donc intérêt à promouvoir une industrie minière responsable, transparente et créatrice de valeur locale.

 Créer des alternatives pour les populations

La répression, à elle seule, ne suffira cependant pas à faire disparaître le phénomène. Dans certaines zones rurales, l’orpaillage attire parce qu’il représente une possibilité de revenu rapide, notamment pour des jeunes confrontés au manque d’opportunités économiques. Combattre durablement cette activité suppose également d’agir sur ses causes. Le développement d’une agriculture plus productive, de la transformation locale, de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat rural et des emplois liés aux activités minières légales peut contribuer à offrir des perspectives différentes. L’objectif doit être de rendre l’économie légale plus attractive que l’économie clandestine. Car fermer un site sans traiter les causes économiques et sociales qui alimentent son existence peut simplement déplacer le problème.

 Restaurer les terres après l’exploitation

La lutte contre l’orpaillage clandestin ne devrait pas s’arrêter au départ des exploitants. Les terres dégradées doivent faire l’objet d’une véritable politique de restauration. La sécurisation des excavations, la réhabilitation des sols, la protection des cours d’eau et, lorsque les conditions le permettent, le reboisement doivent accompagner la reconquête des territoires. La fermeture d’un site met fin à une activité. La restauration de la terre répare une partie de ses conséquences. Cette dimension environnementale est essentielle pour les communautés dont l’agriculture et les ressources en eau dépendent directement de la qualité des écosystèmes.

 Faire des communautés des partenaires de l’État

La mobilisation des populations pourrait ainsi marquer une évolution importante dans la stratégie nationale. L’État dispose de la loi, des institutions et des moyens d’intervention. Les populations disposent de la connaissance quotidienne du terrain. Réunir ces deux forces permettrait de construire une surveillance plus efficace et plus durable. Des mécanismes d’alerte accessibles, une meilleure protection des personnes qui signalent les activités illégales et une coordination renforcée avec les autorités locales pourraient contribuer à consolider cette coopération. Une communauté qui protège son territoire ne défend pas seulement ses terres. Elle protège une partie du patrimoine national.

 Faire de l’or une richesse durable

La Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel minier important. Cette richesse peut contribuer à la diversification de son économie, à condition que son exploitation demeure maîtrisée et profite durablement au pays. L’ambition ne devrait donc pas être seulement d’extraire davantage d’or. Elle doit être de transformer cette ressource en développement sans compromettre l’environnement et les générations futures. La bataille contre l’orpaillage clandestin se gagnera par la fermeté de l’État, mais également par la vigilance des territoires, la traçabilité économique, la restauration environnementale et la création d’alternatives crédibles pour les populations. Un pays ne mesure pas sa richesse à la quantité d’or qu’il retire de son sous-sol, mais à sa capacité à transformer cette richesse en développement sans sacrifier ses terres, ses eaux et l’avenir de ses communautés. C’est à cette condition que l’or ivoirien pourra devenir pleinement une richesse nationale plutôt qu’une source de fragilité pour les territoires.

 

Ambroise Konan Yao

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