Société

CHINE : IVOIRIENNES, SÉNÉGALAISES..... ENTRE BUSINESS, SOUPÇONS DE PROSTITUTION ET RISQUES D’EXPLOITATION

Loin de leurs pays respectifs ,des Africaines sont soumises à des conditions qui renvoient à l'exploitation sexuelle , aux violences physiques et d'autres pires formes de maltraitance.

Par Kader Diomandé3 min de lecture
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Des Africaines endurent toutes sortes d'abus
Des Africaines endurent toutes sortes d'abus

Entre ambitions commerciales, relations sexuelles transactionnelles et risques d’exploitation, la présence féminine ouest-africaine dans la métropole chinoise soulève des questions sensibles. Des recherches universitaires éclairent certaines réalités, sans confirmer les accusations généralisées qui circulent autour des commerçantes.

Elles quittent Abidjan, Dakar, Lagos, Accra ou Banjul pour s’approvisionner à Guangzhou, l’un des principaux centres commerciaux de Chine. Vêtements, chaussures, cosmétiques, mèches et équipements divers alimentent leurs activités sur les marchés africains.

Pour beaucoup, ces voyages représentent une voie vers l’indépendance financière. Pour d’autres, l’endettement, les difficultés commerciales et la précarité administrative peuvent transformer l’aventure en épreuve. Au-delà des transactions, des recherches universitaires ont documenté l’existence de relations sexuelles transactionnelles et de situations d’exploitation dans certains milieux de migration africaine en Chine. Leur ampleur parmi les commerçantes ouest-africaines demeure toutefois inconnue.

 

BUSINESS ET RELATIONS INTIMES, UN SUJET SENSIBLE

 

Guangzhou accueille depuis plusieurs décennies des entrepreneurs africains venus développer leurs activités commerciales.

Des études ethnographiques évoquent des relations intimes associées à des avantages matériels, à des services ou à des facilités économiques.

Ces situations mettent en évidence les frontières parfois fragiles entre choix personnels, dépendance financière et exploitation, particulièrement lorsque les difficultés économiques s’ajoutent à l’isolement. Le sujet dépasse ainsi les considérations morales pour toucher aux conditions de vie et aux rapports de pouvoir dans les communautés migrantes.

 

QUAND LE RÊVE CHINOIS BASCULE DANS L’EXPLOITATION

 

Une enquête universitaire menée auprès de 19 Ougandaises exerçant la prostitution à Guangzhou avait identifié 12 situations relevant de la traite humaine.

Cette étude, consacrée à des ressortissantes d’Afrique de l’Est, illustre l’existence de mécanismes d’exploitation sexuelle dans la métropole chinoise. Ses résultats ne peuvent être extrapolés aux commerçantes ouest-africaines.

Endettement, promesses trompeuses, isolement et crainte des autorités peuvent favoriser des rapports de dépendance dont certains individus ou réseaux tirent profit. Ces situations soulignent la nécessité d’identifier les responsables des abus et de renforcer les dispositifs de protection des victimes.

 

FORTUNES RAPIDES ET SOUPÇONS, LE POIDS DES APPARENCES

 

Une commerçante multiplie les voyages, développe ses affaires, construit une villa ou acquiert plusieurs véhicules. Sa réussite peut alors susciter des interrogations sur l’origine de ses ressources. Des recherches consacrées aux entrepreneures africaines en Chine ont relevé le poids des jugements sociaux entourant leur autonomie financière et leur réputation. Cette suspicion traduit un paradoxe. La réussite économique féminine peut susciter autant d’admiration que de méfiance. Une réussite spectaculaire ne constitue pourtant pas une preuve de prostitution. L’attention devrait davantage porter sur les mécanismes d’exploitation documentés que sur les insinuations visant la vie privée des femmes d’affaires.

 

AMBASSADES AFRICAINES, UNE PROTECTION À RENFORCER

 

Les représentations diplomatiques ouest-africaines sont concernées par les risques auxquels leurs ressortissantes peuvent être exposées.

 Le recrutement frauduleux, le chantage, l’exploitation sexuelle et les difficultés administratives nécessitent des dispositifs accessibles de signalement et d’assistance.

La prévention, l’accompagnement juridique et la coopération avec les autorités chinoises constituent des leviers essentiels.

Les gouvernements ivoirien, sénégalais, nigérian, ghanéen et gambien gagneraient également à encourager des enquêtes spécifiques sur les conditions de séjour et les vulnérabilités de leurs ressortissantes à Guangzhou.

 

AU-DELÀ DES SOUPÇONS, LA RESPONSABILITÉ DES EXPLOITEURS

 

Réduire cette question à la moralité des femmes reviendrait à négliger les mécanismes économiques et criminels susceptibles d’alimenter certaines situations d’exploitation.

Les recrutements trompeurs, les dettes imposées et l’utilisation de la précarité comme moyen de pression doivent faire l’objet d’investigations approfondies.

Les situations documentées à Guangzhou justifient une vigilance sérieuse, sans autoriser d’accusation collective contre les commerçantes ouest-africaines.

Cette métropole demeure une terre d’opportunités économiques pour de nombreuses entrepreneures. La protection de leurs droits et de leur sécurité doit accompagner le développement des échanges commerciaux.

Le véritable scandale n’est pas qu’une Africaine parte chercher fortune en Chine. C’est qu’elle puisse y perdre sa liberté, sa sécurité ou sa dignité pendant que ceux qui profitent de sa détresse échappent aux regards.

 Suzanne G

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