3e édition du « Maquis des sciences » : Notre santé commence par notre environnement
C'est une activité scientifique majeure qui a le mérite d'éclairer le grand public en matière de santé. La troisième édition du "maquis des sciences" a tenu toutes ses promesses , récemment, à Bouaké.

Le mardi 3 novembre 2026, le Centre culturel Jacques Aka de Bouaké a accueilli la troisième édition du « Maquis des Sciences ». Organisée par l’Ambassade de France et la Représentation de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) en Côte d’Ivoire, le Maquis des Sciences est un espace convivial d'échanges et de débat d'idées entre la communauté scientifique, les décideurs, la société civile et le grand public en Côte d'Ivoire.
« Une seule santé, Ya Foyi ! Quand la parole rejoint l’action ». C’est le thème de la 3ème édition du Maquis autour du thème. Au fil des échanges, une conviction s’est dégagée : protéger durablement la santé des populations suppose également de préserver leur environnement. Entre mauvaise gestion des déchets, eaux usées, pollution et insuffisance de coordination entre les acteurs, les panélistes ont appelé à passer des discours aux actions concrètes.
Quand la dégradation de l’environnement menace la santé
Dans son allocution d’ouverture, Fabrice Courtin, représentant de l’IRD en Côte d’Ivoire, a rappelé l’importance de rapprocher la recherche scientifique des réalités sociales. Évoquant les changements climatiques, il a insisté sur la nécessité de préserver la biodiversité et les écosystèmes, dont dépendent également les ressources alimentaires, l’accès à l’eau, les moyens de subsistance et le bien-être des populations.
Cette nécessité de préserver notre environnement rejoint le principe de l’approche « Une seule santé », ou One Health, qui reconnaît les liens étroits entre la santé humaine, animale et environnementale. Une interdépendance qui impose de ne plus considérer les problèmes sanitaires comme des phénomènes isolés.
Les eaux usées déversées dans les rues, les ordures dans les caniveaux et les eaux stagnantes constituent autant de situations susceptibles de favoriser la propagation de maladies. « On ne peut pas parler de bonne santé si celles des animaux et de l’environnement dans lequel nous vivons sont négligées », a rappelé la Dre Clarisse Abikpo Houngbedji, enseignante-chercheuse au Centre d’Entomologie Médicale et Vétérinaire de l’Université Alassane Ouattara.
Le cas des eaux stagnantes qui favorisent la prolifération des moustiques responsables du paludisme et de l'eau contaminée qui peut contribuer à la transmission du choléra illustrent cette interdépendance entre humains, animaux et environnement.
Des solutions qui nécessitent l'engagement de tous
Des échanges, il ressort que les institutions étatiques doivent renforcer le contrôle des rejets d’eaux usées et faire respecter la réglementation environnementale. Les collectivités territoriales sont, quant à elles, appelées à améliorer la collecte des déchets, à entretenir les caniveaux et à développer des solutions adaptées au traitement des eaux usées. Les entreprises doivent également assurer une gestion responsable de leurs déchets et de leurs effluents.
Mais l'action ne saurait se limiter aux institutions. Pour Kouadio Yao Francis, coordonnateur de projets à l'ONG AIDSCOM, les communautés doivent prendre des initiatives à leur échelle. Il a proposé la création de comités de salubrité dans les quartiers, l'organisation de journées de nettoyage hebdomadaires, le tri des déchets et la sensibilisation des ménages.
Son approche est concrète : identifier les dépotoirs sauvages, repérer les zones où l'eau stagne, organiser des opérations de nettoyage et documenter les résultats pour solliciter l'appui des autorités locales. Il suggère même de commencer par une seule rue afin de créer une dynamique que les autres habitants pourront progressivement reproduire.
Cette mobilisation citoyenne rejoint l'appel du Dr Faustin Guéi, Chef de service à la Direction régionale de l’environnement et de la transition écologique de Bouaké. Il a rappelé que « chaque citoyen doit appliquer des gestes écocitoyens ». La préservation du cadre de vie ne peut donc reposer uniquement sur les pouvoirs publics : elle commence aussi dans les habitudes quotidiennes.
Les solutions proposées concernent également le renforcement des cadres de concertation, le développement d’une surveillance intégrée et la formation de professionnels capables de travailler ensemble. Dr Dramane Kaba, Directeur du Centre Pierre Richet de Bouaké, y ajoute la participation des communautés. Celles-ci doivent être associées à l'identification des problèmes et à la construction des solutions. Quant au Dr Alahou André Gabaze Gadji du Centre Nationale de Recherche Agronomique (CNRA), il a souligné l’importance de renforcer l’appui en faveur des communautés agricoles pour l’implémentation de bonnes pratiques agricoles.
Au terme de la 3ème édition du Maquis des Sciences, il faut retenir que l'approche « Une seule santé » ne relève pas uniquement des chercheurs ou des professionnels. Elle concerne chaque citoyen, à travers ses comportements et ses choix quotidiens. Dre Clarisse Abikpo Houngbedji l'a résumé en ces termes : « Notre santé dépend de la façon dont nous traitons nos animaux et notre environnement. » Une invitation à mieux gérer les déchets, à préserver les ressources naturelles et à signaler les situations inhabituelles susceptibles de présenter un risque sanitaire.
Car, au-delà des discours et des engagements, la protection de la santé commence aussi par notre rapport à notre environnement. Comme l'a exprimé M. Kouadio Yao Francis : « Ce que je fais à la terre et à l'environnement, je le fais à moi-même ; et ce que je fais à moi-même, je le fais à mon village. »
E.K
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