GUINÉE-BISSAU :UNE PRÉSIDENTIELLE SANS TOUS SES PRÉTENDANTS, LA DÉMOCRATIE À L’ÉPREUVE
Le feu couve en Guinée -Bissau. Le pays s'apprête à tenir une élection présidentielle à l'issue incertaine.

Une élection présidentielle peut-elle être véritablement crédible lorsque l’un de ses principaux prétendants ne peut regagner son pays ? En Guinée-Bissau, les restrictions imposées au retour de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló ravivent les interrogations sur l’avenir de la transition politique. À l’approche du scrutin annoncé pour le 6 décembre 2026, le pays se retrouve face à une question fondamentale. Les urnes permettront-elles de restaurer l’ordre constitutionnel ou serviront-elles à légitimer un nouvel équilibre de pouvoir ? La situation politique bissau-guinéenne demeure préoccupante. Selon les informations rapportées début octobre, les autorités militaires s’opposent au retour de l’ancien chef de l’État, Umaro Sissoco Embaló, qui souhaite participer à la prochaine élection présidentielle. Une décision qui soulève des interrogations sur les conditions de compétition électorale et les garanties accordées aux différentes sensibilités politiques. Dans un pays marqué par une longue histoire d’instabilité institutionnelle, la crédibilité du processus électoral dépendra autant de la transparence du vote que de la liberté laissée aux acteurs politiques d’y prendre part.
Une transition sous surveillance
La Guinée-Bissau a connu plusieurs crises politiques et interventions militaires depuis son indépendance en 1973. Cette instabilité récurrente a fragilisé les institutions et compliqué l’enracinement d’une culture démocratique durable. La nouvelle transition intervient dans un contexte de défiance entre responsables politiques et autorités militaires. L’organisation d’une présidentielle pourrait constituer une étape importante vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel, à condition que les règles soient connues, appliquées équitablement et acceptées par les différents acteurs. Une élection ne saurait être réduite à une date inscrite dans un calendrier. Elle exige un environnement politique permettant une véritable compétition.
Le retour empêché d’un ancien président
Les restrictions visant Umaro Sissoco Embaló placent la question des droits politiques au centre du débat. Le retour d’un ancien chef d’État et son éventuelle participation à une élection doivent relever de procédures transparentes et de décisions juridiquement fondées.Les autorités peuvent invoquer des impératifs de sécurité ou des considérations judiciaires. Mais toute restriction doit être justifiée par des éléments vérifiables, conforme au droit et susceptible de recours. L’enjeu dépasse la situation personnelle d’un ancien dirigeant. Il concerne le droit des citoyens à choisir librement leurs représentants parmi les candidats légalement éligibles. Une démocratie ne se renforce pas en choisissant ses concurrents. Elle se renforce en garantissant des règles identiques à tous.
La crédibilité du scrutin en question
La légitimité d’une présidentielle repose sur plusieurs garanties. L’indépendance des institutions électorales, la transparence des candidatures, la liberté de campagne, l’accès équitable aux médias et la sécurité des électeurs en constituent les fondements. En l’absence de ces conditions, même un scrutin organisé dans les délais peut susciter contestations et tensions. Le risque serait alors de remplacer une crise institutionnelle par une crise de légitimité. Les autorités de transition ont donc la responsabilité de démontrer que le processus électoral ne vise pas à consacrer un rapport de force, mais à permettre aux citoyens de décider souverainement de leur avenir.
La CEDEAO face à une nouvelle épreuve
La crise bissau-guinéenne interpelle directement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. L’organisation régionale doit encourager le retour à l’ordre constitutionnel, tout en veillant au respect des libertés politiques et à la crédibilité du calendrier électoral. La stabilité ne peut reposer uniquement sur des arrangements entre responsables militaires et acteurs politiques. Elle exige des institutions capables d’arbitrer les différends et de garantir les droits des citoyens. Une médiation régionale pourrait contribuer à clarifier les conditions de participation électorale, à encourager la levée des restrictions injustifiées et à prévenir une nouvelle confrontation politique.
Une réforme constitutionnelle qui soulève des interrogations
La nouvelle Constitution approuvée par référendum en août 2026 a renforcé les pouvoirs présidentiels et modifié certaines règles électorales. Elle prévoit notamment une condition de résidence continue de cinq ans pour les candidats à la présidence. Les conséquences exactes de cette disposition sur une éventuelle candidature d’Umaro Sissoco Embaló restent à déterminer. Cette évolution rappelle qu’une transition démocratique ne dépend pas uniquement de l’organisation des élections. Les règles qui encadrent la compétition doivent également inspirer confiance et ne pas être perçues comme des instruments d’exclusion. Une réforme constitutionnelle gagne en légitimité lorsqu’elle repose sur un consensus suffisamment large et garantit l’égalité des citoyens devant la loi.
Le véritable enjeu dépasse les ambitions individuelles
La Guinée-Bissau ne peut rester prisonnière d’une succession de crises où chaque transition nourrit de nouvelles contestations. Les citoyens attendent des institutions stables, une administration efficace, des perspectives économiques et une gouvernance responsable.
La présidentielle du 6 décembre représente donc bien davantage qu’une compétition entre personnalités. Elle constitue un test pour la capacité du pays à sortir durablement de l’instabilité. L’enjeu n’est pas de garantir la victoire ou la candidature d’un ancien président. Il est de garantir que personne ne soit arbitrairement privé de ses droits et que chaque décision repose sur des règles transparentes.
Car une élection ne devient pas démocratique parce que des urnes sont installées et que des résultats sont proclamés. Elle le devient lorsque les citoyens peuvent choisir librement, que les candidats sont soumis aux mêmes règles et que les institutions sont plus fortes que ceux qui aspirent à les diriger. La Guinée-Bissau n’a pas seulement besoin d’un nouveau président. Elle a besoin d’une République où les élections ne soient plus interrompues par les armes et où le pouvoir retrouve sa seule véritable source de légitimité, la volonté souveraine du peuple.
Suzanne Gaye
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