Économie

NIGER : L’URANIUM PASSE SOUS PAVILLON NATIONAL

L'uranium du Niger suscite de grandes convoitises. L'Etat résiste tant bien que mal.

Par admin3 min de lecture
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L'Uranium du Niger
L'Uranium du Niger

Le Niger franchit une nouvelle étape dans la reprise en main de ses ressources stratégiques. Le 21 août 2026, le gouvernement a décidé d’attribuer deux permis de grande exploitation d’uranium à des sociétés nigériennes. À Arlit, le permis « In Azaoua », lié au périmètre autrefois exploité par la SOMAÏR, revient à la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company, TSUMCO SA. Le permis « Madaouela I » est réattribué à la Madaouela Mining Company, MAMICO. Derrière ces décisions se dessine une ambition plus large, celle d’accroître le contrôle national sur l’exploitation et les retombées des richesses du sous-sol.

Cette orientation s’inscrit dans une transformation engagée depuis plusieurs années. Les autorités nigériennes ont remis en cause certains permis précédemment détenus par des groupes étrangers, nationalisé la SOMAÏR en 2025 puis créé TSUMCO SA en 2026. La nouvelle attribution des permis apparaît ainsi comme la continuité d’une doctrine fondée sur la souveraineté économique et la volonté de placer davantage les ressources stratégiques sous contrôle national.

Mais la souveraineté minière ne se mesure pas uniquement à la nationalité de l’entreprise qui détient un permis. Le véritable enjeu sera de déterminer quelle part de la richesse produite restera effectivement au Niger, combien d’emplois seront créés, quelle place sera accordée aux entreprises locales et quelle contribution l’exploitation apportera aux finances publiques et au développement des régions minières.

Le dossier Madaouela donne déjà quelques indications. La réattribution du permis prévoit notamment une redevance initiale au profit de l’État, des contributions au renforcement des capacités de l’administration minière et au développement des collectivités concernées, ainsi que des perspectives de création d’emplois. Une priorité doit également être accordée aux entreprises locales pour certaines prestations et fournitures. Si ces engagements se concrétisent, ils pourraient donner un contenu économique à la souveraineté revendiquée par Niamey.

 Le défi industriel reste cependant considérable. Exploiter de l’uranium exige des capitaux importants, des technologies spécialisées, des compétences techniques, des infrastructures, des circuits commerciaux sécurisés et le respect de normes environnementales strictes. Passer du contrôle juridique d’une ressource à sa maîtrise industrielle et commerciale constitue donc une étape beaucoup plus complexe. C’est sur ce terrain que la stratégie nigérienne sera véritablement évaluée.

La question des partenaires étrangers ne disparaît pas pour autant. Souveraineté ne signifie pas nécessairement isolement. Le Niger peut chercher à contrôler davantage ses ressources tout en nouant de nouvelles alliances techniques, financières et commerciales. La différence résidera dans les conditions de ces partenariats et dans la capacité de l’État à négocier des accords permettant une meilleure captation nationale de la valeur produite.

Cette évolution possède également une dimension géopolitique. Pendant des décennies, l’uranium nigérien a occupé une place importante dans les relations entre Niamey et Paris. La remise en cause des positions historiques du groupe français Orano symbolise une transformation plus profonde des rapports avec les partenaires occidentaux, au moment où plusieurs États sahéliens cherchent à diversifier leurs alliances et à redéfinir les conditions d’exploitation de leurs ressources naturelles.

Reste la question essentielle. Cette nouvelle souveraineté améliorera-t-elle concrètement la vie des Nigériens ? L’histoire économique du continent rappelle que disposer d’importantes ressources naturelles ne garantit pas automatiquement le développement. La différence se joue dans la gouvernance, la transparence, la transformation locale, la redistribution des revenus, la formation des compétences nationales et la capacité à investir les recettes extractives dans l’éducation, la santé, les infrastructures et l’économie productive.

La protection de l’environnement devra également occuper une place centrale. L’exploitation de l’uranium comporte des enjeux majeurs concernant les sols, les ressources en eau, la santé des populations et les écosystèmes. Une exploitation placée sous contrôle national devra donc démontrer qu’elle peut conjuguer souveraineté économique, efficacité industrielle et responsabilité environnementale.

 Le Niger ouvre ainsi une expérience observée bien au-delà de ses frontières. Dans une Afrique où progresse la revendication d’une plus grande maîtrise des ressources naturelles, la réussite ou l’échec de cette stratégie pourrait alimenter les débats sur les politiques minières d’autres États. L’enjeu dépasse donc largement le seul uranium.

En reprenant davantage le contrôle de ses permis, Niamey affirme que la richesse du sous-sol doit davantage servir les intérêts nationaux. Mais la souveraineté véritable commencera là où s’arrête le symbole. Elle se mesurera aux emplois créés, aux revenus captés par l’État, aux compétences développées, aux entreprises nationales renforcées, aux territoires protégés et surtout à l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est à cette épreuve que sera jugé le nouveau pari minier du Niger.

Suzanne Gaye

 

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