Économie

CACAO À 1 200 FCFA LE KILO : LE GRAND RETOURNEMENT QUI INQUIÈTE LES PRODUCTEURS

La campagne de commercialisation du cacao vient de s'ouvrir. Et les prix du kilogramme de café et de cacao ne laissent pas dégager, forcement, de la joie

Par admin3 min de lecture
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Un cacaoculteur dans son champ
Un cacaoculteur dans son champ

Après plusieurs campagnes marquées par une forte revalorisation du cacao, la perspective d’un prix bord champ de 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027 provoque un véritable choc dans le monde agricole ivoirien. Le contraste est saisissant avec les 2 800 FCFA le kilogramme de la campagne précédente. Pour des milliers de producteurs qui avaient commencé à retrouver des marges financières plus confortables, une telle baisse constitue bien davantage qu’une simple correction des cours. Elle remet brutalement au premier plan la vulnérabilité du planteur face aux retournements du marché mondial.

La Côte d’Ivoire demeure au cœur de l’économie mondiale du cacao. Pourtant, cette position stratégique ne protège pas automatiquement ses producteurs contre la volatilité internationale. Lorsque les cours progressent, les attentes augmentent, les investissements reprennent et les familles adaptent leurs dépenses aux nouveaux revenus. Lorsque la tendance s’inverse, ces mêmes ménages ruraux absorbent directement une partie du choc. Le passage de 2 800 à 1 200 FCFA représenterait une diminution de plus de la moitié du prix payé au producteur. Pour une exploitation familiale dépendant essentiellement du cacao, les conséquences peuvent rapidement toucher la scolarité des enfants, les soins, l’entretien des plantations, le remboursement des dettes et les investissements de la campagne suivante.

Cette situation pose surtout la question du modèle économique ivoirien du cacao. La bataille ne peut plus seulement consister à produire davantage de fèves et à attendre que les marchés internationaux déterminent l’essentiel de leur valeur. La Côte d’Ivoire doit accélérer la transformation locale et remonter progressivement la chaîne de valeur. L’augmentation annoncée des capacités nationales de transformation constitue une évolution importante, mais elle ne suffira pas si cette industrialisation ne génère pas davantage d’emplois, d’entreprises ivoiriennes, de recettes nationales et surtout une amélioration durable des revenus des producteurs.

Le véritable défi consiste à transformer la puissance agricole ivoirienne en puissance industrielle. Le cacao vendu sous forme de fèves n’est qu’une étape d’une chaîne conduisant au beurre, à la poudre, à la pâte, au chocolat et à de nombreux produits finis à plus forte valeur ajoutée. L’ambition devrait être de produire, transformer, fabriquer, développer des marques ivoiriennes et conquérir progressivement les marchés africains et internationaux. Dans le même temps, le renouvellement des générations devient urgent. Comment convaincre les jeunes de reprendre les plantations familiales lorsque leurs revenus peuvent connaître des variations aussi brutales d’une campagne à l’autre ? Moderniser la cacaoculture suppose de rendre le métier de planteur économiquement attractif, technologiquement moderne et socialement valorisant.

Le retournement annoncé doit également relancer le débat sur les mécanismes de stabilisation. Dans une filière aussi stratégique, protéger les producteurs contre les fluctuations excessives dépasse la seule politique agricole. Il s’agit également d’un enjeu social et territorial. Le planteur ne peut être considéré comme indispensable lorsque les cours flambent et devenir la principale variable d’ajustement lorsque le marché se retourne. La Côte d’Ivoire a construit une partie considérable de son développement sur le cacao et plusieurs générations de producteurs ont contribué à cette prospérité nationale.

Le cacao à 1 200 FCFA apparaît ainsi comme un avertissement. Tant que la prospérité des campagnes dépendra aussi fortement d’un marché international décidé loin des plantations ivoiriennes, chaque retournement pourra se transformer en choc économique et social. La prochaine révolution du cacao ivoirien devra donc être celle de la transformation, de la valeur ajoutée, de la protection des producteurs et d’un partage plus durable de la richesse. La véritable question n’est plus seulement de savoir combien de tonnes la Côte d’Ivoire peut produire, mais quelle part de la richesse créée par son cacao restera réellement entre les mains de ceux qui le cultivent et dans l’économie nationale.

Alassane Junior F

 

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