RHDP – MFA : ADJOUMANI PEUT-IL RÉCONCILIER LE PARTI AVEC SON HISTOIRE ?
Le ministre d'Etat Adjoumani à la tête du comité des sages du RHDP est très attendu sur certains sujets délicats.

Un Conseil des sages vient de recevoir sa feuille de route. Une formation historique du RHDP réclame une meilleure reconnaissance de sa place au sein du rassemblement. Entre les deux se dessine une interrogation qui dépasse les ambitions individuelles. Le parti au pouvoir saura-t-il faire de la médiation un véritable instrument de dialogue interne ? À peine installé à sa tête, Kobenan Kouassi Adjoumani pourrait trouver, dans le dossier du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA), une première occasion de démontrer l’utilité politique de sa mission.Le 1er octobre 2026, le ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani a reçu du secrétaire exécutif du RHDP, Cissé Ibrahima Bacongo, les documents encadrant les activités du Conseil des sages et de la médiation. Cette étape traduit la volonté du parti présidentiel de renforcer ses mécanismes d’écoute, de concertation et de règlement des différends internes. Mais la crédibilité d’une telle instance ne se mesure ni au prestige de son président ni à la solennité de son installation. Elle repose sur sa capacité à rapprocher les positions et à produire des résultats.
Le MFA, une question historique toujours ouverte
Présidé par Yaya Fofana, le Mouvement des Forces d’Avenir revendique son appartenance historique au rassemblement houphouëtiste. Partie prenante de la construction du RHDP, le MFA estime que sa contribution mérite une reconnaissance plus visible dans l’organisation actuelle du parti. Dans une déclaration du 25 septembre 2026, la formation a appelé au dialogue sur la représentation de ses cadres dans les instances politiques et institutionnelles, tout en réaffirmant son attachement au rassemblement. Cette revendication soulève une question fondamentale. Comment concilier l’héritage des formations fondatrices avec les règles d’un parti devenu unifié ? La transformation du RHDP en 2018 a modifié son architecture et suscité des divergences d’interprétation sur la situation des anciennes formations alliées. Le débat exige donc un examen rigoureux des textes constitutifs, des résolutions adoptées et des dispositions statutaires applicables.
Adjoumani, entre autorité morale et responsabilité politique
La désignation de Kobenan Kouassi Adjoumani à la tête du Conseil des sages n’est pas anodine. Figure expérimentée du RHDP, le ministre d’État connaît les équilibres internes du rassemblement et les exigences de cohésion qui accompagnent l’exercice du pouvoir. Sa mission pourrait contribuer à dissiper les incompréhensions, à condition de privilégier une méthode fondée sur l’écoute, l’examen des faits et la recherche de solutions compatibles avec les statuts.Dans le dossier du MFA, une éventuelle médiation ne devrait pas se limiter aux nominations. Elle pourrait porter sur la reconnaissance du parcours historique de la formation, la participation de ses cadres et les mécanismes de dialogue interne. Le Conseil des sages ne saurait toutefois se substituer aux organes statutaires compétents ni garantir des responsabilités relevant d’autres autorités. Son rôle serait de faciliter la concertation et de formuler des recommandations.
Une médiation qui pourrait servir l’ensemble du RHDP
Au-delà du MFA, cette question interroge la capacité du RHDP à organiser sa diversité interne. L’unité demeure indispensable à l’efficacité collective, mais elle ne devrait pas empêcher l’expression des sensibilités. Un rassemblement durable doit pouvoir conjuguer discipline, dialogue et reconnaissance des contributions historiques.Pour le parti au pouvoir, l’enjeu est également institutionnel. Une organisation qui ambitionne de conserver durablement la confiance des populations doit démontrer sa capacité à résoudre ses propres différends par des mécanismes crédibles. La médiation devient alors un instrument de gouvernance et non une simple réponse circonstancielle aux frustrations.
Deux initiatives pour sortir des incompréhensions
Une première initiative consisterait à organiser, sous l’égide du Conseil des sages et avec l’accord des instances compétentes, une rencontre entre les représentants du MFA et les responsables du RHDP. Cette concertation permettrait d’examiner les revendications, de confronter les documents historiques et statutaires et d’identifier les possibilités de compromis. Une seconde initiative viserait à instaurer un mécanisme permanent de dialogue et de suivi des préoccupations des différentes sensibilités du rassemblement. Une telle démarche pourrait prévenir les tensions, renforcer la transparence des décisions et consolider le sentiment d’appartenance, sans préjuger de la recevabilité des demandes exprimées.
Le véritable défi du Conseil des sages
À ce jour, aucune procédure officielle de médiation concernant le MFA n’est établie. Il serait donc prématuré de présenter ce dossier comme déjà inscrit à l’ordre du jour du Conseil des sages. Mais si cette instance a vocation à favoriser la cohésion et à résoudre les différends internes, les préoccupations exprimées par une formation historique du rassemblement pourraient légitimement faire l’objet d’un examen. Pour Adjoumani, le défi sera de donner au Conseil une autorité fondée sur la confiance, l’équité et les résultats. Pour le RHDP, il sera de démontrer que la cohésion ne se décrète pas uniquement au sommet, mais se construit aussi par l’écoute de ceux qui ont contribué à son histoire. Les grandes formations politiques ne se distinguent pas seulement par leur capacité à conquérir et à conserver le pouvoir. Elles se distinguent également par leur aptitude à résoudre leurs contradictions sans renier leur héritage. Le Conseil des sages vient de recevoir sa feuille de route. Il lui reste à faire la preuve de son utilité. Car l’histoire retiendra moins la solennité de son installation que le courage des médiations qu’il aura su conduire.
Kossonou Yao
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