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RHDP : ENTRE FIDÉLITÉ AUX FONDATEURS ET MONTÉE DES NOUVELLES GENERATIONS

Le Rhdp est dans une phase de renouvellement générationnelle. Cela doit se faire avec tact.

Par admin5 min de lecture
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Le Président du Rhdp Alassane Ouattara
Le Président du Rhdp Alassane Ouattara

Au RHDP, la question de l’avenir ne devrait pas être réduite à celle d’un nom, encore moins à une succession prématurément ouverte. Elle renvoie à un enjeu autrement plus important, celui de la transmission politique. Autour d’Alassane Ouattara coexistent plusieurs générations de responsables, des acteurs des grandes batailles ayant façonné la famille houphouëtiste aux cadres plus récents qui prennent progressivement leur place dans l’appareil d’État, les collectivités territoriales et les structures du parti. Cette diversité constitue une richesse. Elle pourrait cependant devenir une fragilité si la transmission n’est pas organisée et si les ambitions commencent à se transformer en rivalités de personnes.

 L’histoire du RHDP doit servir de boussole. Le rassemblement constitué en 2005 autour du RDR, du PDCI-RDA, de l’UDPCI et du MFA est né dans une Côte d’Ivoire profondément divisée. Des responsables venus d’histoires politiques différentes avaient alors choisi de dépasser une partie de leurs divergences autour de l’héritage de Félix Houphouët-Boigny et d’une volonté de reconquête de la stabilité. Depuis, le paysage a considérablement évolué. Le PDCI-RDA a quitté l’alliance, le RHDP s’est transformé en parti unifié et Alassane Ouattara en est devenu le principal centre de gravité. Mais l’histoire rappelle une chose essentielle. Le RHDP est d’abord le produit d’un rassemblement. Son avenir dépendra donc de sa capacité à continuer de rassembler lorsque les générations changeront.

 La première erreur serait d’ouvrir artificiellement la bataille de l’après-Ouattara alors que le président du parti exerce pleinement son leadership. En politique, les ambitions sont légitimes. Ce qui devient dangereux, c’est lorsqu’elles se transforment trop tôt en écuries, en réseaux d’allégeance et en camps rivaux. À partir de cet instant, chaque nomination est interprétée comme un signe, chaque promotion comme l’avancée d’un prétendant et chaque réorganisation comme une bataille de positionnement. Le parti cesse progressivement de réfléchir à son projet pour commencer à compter ses héritiers. Ce serait précisément le scénario à éviter.

 Mais l’erreur inverse serait tout aussi dangereuse. Refuser de réfléchir à la transmission sous prétexte de préserver l’unité reviendrait à repousser une question que le temps finira nécessairement par poser. Préparer l’avenir ne signifie pas désigner aujourd’hui un successeur. Cela signifie construire plusieurs générations de dirigeants capables d’assumer demain les plus hautes responsabilités, renforcer les mécanismes internes de décision, favoriser la collégialité, promouvoir le mérite et créer des règles suffisamment solides pour que la compétition politique, lorsqu’elle viendra, ne devienne pas une guerre de clans.

 Les fondateurs, les anciens et les compagnons des premières heures doivent conserver une place particulière dans cette architecture. Leur expérience représente une mémoire politique irremplaçable. Ils connaissent les compromis qui ont rendu le rassemblement possible, les crises traversées, les blessures surmontées et les équilibres nécessaires à son unité. Les marginaliser au nom du renouvellement serait une faute politique. Mais transformer leur ancienneté en droit permanent sur l’avenir le serait également. La sagesse consiste à faire des anciens les passeurs de mémoire et des nouvelles générations les bâtisseurs de l’étape suivante.

 Les jeunes cadres devront, eux aussi, comprendre que l’héritage politique ne se reçoit pas comme un patrimoine personnel. Il se mérite. La proximité avec le pouvoir, l’appartenance à un réseau ou la visibilité médiatique ne peuvent suffire à fabriquer un homme ou une femme d’État. La légitimité se construit par le travail, l’implantation territoriale, la compétence, la connaissance du pays, la fidélité aux institutions, la capacité à écouter et surtout l’aptitude à rassembler au-delà de son propre cercle. Le RHDP gagnerait donc à préparer non pas un héritier, mais une génération entière de dirigeants.

 Cette question dépasse d’ailleurs le sommet du parti. La transition doit commencer dans les communes, les régions, les structures spécialisées, les organisations de jeunesse et de femmes, ainsi que dans les instances de décision. Un parti qui renouvelle seulement quelques visages au sommet sans ouvrir réellement ses structures ne réalise pas une transition générationnelle. Il effectue un changement d’affiche. La véritable relève consiste à créer des parcours politiques permettant à de nouveaux talents d’émerger du terrain jusqu’aux responsabilités nationales.

 Le défi est également idéologique. Que signifiera être houphouëtiste dans dix ou vingt ans ? L’héritage ne peut se limiter à l’invocation des grandes figures du passé. Il doit continuer à produire des réponses aux préoccupations du présent. Emploi des jeunes, transformation économique, souveraineté alimentaire, industrialisation, école, numérique, sécurité, cohésion nationale, justice sociale et place de la Côte d’Ivoire dans une Afrique en pleine recomposition devront nourrir le projet des nouvelles générations. Une famille politique qui ne renouvelle pas ses idées finit par vieillir, même lorsqu’elle renouvelle ses dirigeants.

 Le meilleur rempart contre une guerre des héritiers reste ainsi l’institutionnalisation. Plus les règles sont claires, les responsabilités partagées, les mécanismes de promotion crédibles et les espaces de dialogue solides, moins les ambitions individuelles peuvent menacer l’ensemble. Le RHDP devra progressivement démontrer qu’il peut passer d’une organisation fortement structurée autour de l’autorité et de l’arbitrage d’Alassane Ouattara à une institution politique capable de produire elle-même du consensus. C’est probablement là que se jouera sa véritable maturité.

 Alassane Ouattara pourrait d’ailleurs inscrire cette transmission parmi ses héritages politiques les plus importants. Construire un parti puissant est une réussite. Lui permettre de traverser sereinement le changement des générations en serait une autre. La stature d’un grand leader ne se mesure pas seulement aux élections remportées ou au temps passé au pouvoir. Elle se mesure également à la solidité des institutions qu’il laisse derrière lui et à la capacité de ses héritiers politiques à poursuivre une œuvre collective sans détruire ce qui les rassemble.

 Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir aujourd’hui qui viendra après Alassane Ouattara. Cette question viendra en son temps. L’urgence est ailleurs. Il faut préserver la mémoire sans immobiliser le parti, promouvoir les nouvelles générations sans brûler les étapes, reconnaître les ambitions sans fabriquer des clans et organiser la transmission avant que la compétition ne devienne confrontation. Le RHDP ne réussira véritablement sa relève que lorsqu’il sera capable de passer de la puissance d’un leader à la force durable d’une institution. Car le plus grand héritage politique n’est pas de désigner celui qui vient après soi. C’est de construire une organisation suffisamment solide pour que l’avenir ne dépende jamais d’un seul homme.

 Alassane Junior F

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