RÉFORME ÉLECTORALE :SIMONE GBAGBO, AFFI ET ASSALÉ TIÉMOKO VEULENT ROMPRE AVEC LA POLITISATION DES ÉLECTIONS
Affi ,Simone Gbagbo et Assalé Tiemoko sont très déterminés à faire entendre la voix et tenir la position de l'opposition , s'agissant du nouvel organe électoral.

L’opposition ivoirienne propose une nouvelle autorité électorale indépendante, dont les membres seraient sélectionnés sur la base de leurs compétences et par tirage au sort. Une initiative qui relance le débat sur la crédibilité des scrutins et l’avenir de la démocratie en Côte d’Ivoire.
Et si la prochaine grande réforme démocratique en Côte d’Ivoire commençait par la disparition de l’actuelle architecture de gestion des élections ? Réunis le 22 octobre 2026 au siège du Front populaire ivoirien (FPI), Simone Ehivet Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan et Assalé Tiémoko ont défendu une proposition commune visant à soustraire l’organisation des scrutins aux influences partisanes.
Au cœur de leur démarche figure la création d’une Autorité électorale nationale indépendante (AENI), accompagnée d’un Observatoire permanent des élections (OPE). L’objectif affiché est de substituer à la logique de représentation politique un dispositif fondé sur la compétence, l’impartialité et la transparence.
Une rupture avec le modèle électoral actuel
La proposition portée par Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des générations capables (MGC), Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, et Assalé Tiémoko, figure de l’ADCI, remet directement en question le principe de participation des formations politiques à la composition de l’organe électoral.
Pour ses promoteurs, la confiance dans les élections ne saurait dépendre uniquement de la présence de représentants de la majorité et de l’opposition au sein d’une même institution. Elle devrait reposer sur des garanties structurelles d’indépendance, des procédures transparentes et des mécanismes de contrôle accessibles à tous.
Cette orientation constitue un changement important dans le débat électoral ivoirien, longtemps dominé par les controverses relatives à la composition de la Commission électorale indépendante (CEI).
Onze membres sélectionnés selon une procédure inédite
L’innovation majeure réside dans le mode de désignation envisagé pour les responsables de la future autorité.
Selon la proposition présentée, l’AENI comprendrait onze membres issus de différents secteurs de la société, notamment le droit, les finances, l’université, les statistiques, les médias, le monde agricole et la chefferie traditionnelle.
Le processus de sélection ferait intervenir un Comité national de neuf membres, chargé d’organiser un appel public à candidatures et des auditions publiques, avant un tirage au sort.
L’objectif serait de réduire l’influence des négociations partisanes dans la désignation des responsables électoraux.
Toutefois, le recours au hasard ne suffirait pas, à lui seul, à garantir l’indépendance de l’institution. La crédibilité du dispositif dépendrait également des critères d’éligibilité, de la neutralité du comité de sélection, de la protection des mandats et des règles de prévention des conflits d’intérêts.
Le gouvernement et la majorité face à une proposition de réforme
Cette initiative place désormais le débat sur un terrain institutionnel. La question ne consiste plus seulement à réclamer une modification de la composition de la CEI, mais à envisager une transformation plus profonde du système électoral.
Une telle réforme nécessiterait cependant un dialogue associant les pouvoirs publics, la majorité présidentielle, les formations d’opposition et les autres acteurs concernés. Elle devrait également respecter les exigences constitutionnelles et faire l’objet d’un encadrement législatif précis.
La position du gouvernement et du RHDP sur cette proposition commune reste donc déterminante pour apprécier ses perspectives de concrétisation.
Une indépendance à démontrer dans les faits
Au-delà de la désignation de ses membres, une autorité électorale véritablement indépendante devrait disposer de moyens financiers suffisants, d’une autonomie administrative effective et de garanties contre les pressions politiques.
La transparence du fichier électoral, la publication des décisions, la traçabilité des résultats et la possibilité de recours juridictionnels crédibles constitueraient également des éléments essentiels.
Quant à l’Observatoire permanent des élections, ses missions devraient être clairement définies afin d’éviter les chevauchements avec les institutions chargées de l’organisation et du contrôle des scrutins. La réforme proposée ouvre ainsi un débat qui dépasse les seules personnalités politiques à son origine.
La confiance des électeurs, véritable enjeu de la réforme
En Côte d’Ivoire, les controverses électorales ont régulièrement alimenté les tensions entre acteurs politiques. La crédibilité des institutions demeure, par conséquent, un enjeu majeur pour la consolidation démocratique.
L’initiative de Simone Gbagbo, Affi N’Guessan et Assalé Tiémoko présente l’intérêt de soumettre au débat public un mécanisme institutionnel précis, plutôt qu’une simple revendication de représentation supplémentaire au sein de l’organe électoral.
Reste à déterminer si cette proposition pourra susciter un consensus suffisamment large pour déboucher sur une réforme applicable et durable.
Car le véritable défi de la Côte d’Ivoire n’est pas seulement de changer les hommes qui organisent les élections. Il est de construire des institutions dont les décisions puissent inspirer confiance, indépendamment de celui qui remporte le scrutin.
Karim Bamba
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