LE GHANA DONNE UNE LEÇON À L’AFRIQUE : UN CITOYEN QUI QUITTE SON PAYS PERD-IL LE DROIT D’ÊTRE PROTÉGÉ ?
La mort de Javits Frimpong aux Etats -Unis vient montrer l'exemplarité de l'attitude de l'Etat du Ghana qui , en plus de se tenir aux côtés de la famille exige toute la lumière.

La mort tragique d’un adolescent ghanéen à New York soulève une question qui dérange les dirigeants africains. Pourquoi certains États semblent-ils découvrir leurs ressortissants uniquement lorsqu’ils envoient de l’argent au pays, remportent des distinctions internationales ou deviennent des victimes à l’étranger ? La citoyenneté serait-elle devenue un privilège réservé à ceux qui restent sur le territoire national ?
Le drame rapporté de Javits Frimpong, jeune Ghanéen de 15 ans présenté comme ayant été abattu à New York alors qu’il se rendait à l’école, dépasse la seule tragédie familiale. Il interpelle les gouvernements africains sur leur responsabilité envers leurs ressortissants établis hors des frontières nationales.
Selon le récit diffusé, l’adolescent avait rejoint son père aux États-Unis environ un an auparavant, avec l’espoir de poursuivre ses études et de construire son avenir. Son destin aurait brutalement basculé dans une violence qui rappelle les limites des politiques de sécurité, même au sein des grandes puissances.
Mais au-delà de ce drame, c’est surtout la réaction attribuée aux autorités ghanéennes qui mérite une réflexion politique approfondie. Leur mobilisation annoncée auprès de la famille Frimpong illustre une conception exigeante de l’État, celle d’une République qui ne devrait jamais abandonner ses enfants, quelle que soit leur résidence.
LA DIASPORA AFRICAINE, UNE RICHESSE ÉCONOMIQUE QUE LES ÉTATS NE DOIVENT PAS ABANDONNER
Il existe une contradiction troublante dans les relations entre certains gouvernements africains et leurs diasporas. Lorsque les expatriés transfèrent des milliards vers leurs pays d’origine, ils sont célébrés comme des acteurs essentiels du développement. Lorsqu’ils investissent dans l’immobilier, financent des entreprises ou soutiennent leurs familles, les discours officiels multiplient les hommages.
Mais lorsqu’ils rencontrent des difficultés administratives, subissent des injustices ou deviennent victimes de violences, la solidarité institutionnelle peut parfois paraître beaucoup moins visible. L’argent de la diaspora serait-il plus précieux que la vie de ceux qui l’envoient ? Cette interrogation mérite d’être posée sans détour. Un État ne peut pas réclamer la contribution économique de ses ressortissants expatriés tout en considérant leur protection comme une responsabilité secondaire. La diplomatie ne devrait pas uniquement servir à négocier des contrats, rechercher des financements ou organiser des visites officielles. Elle doit également défendre les droits, la sécurité et la dignité des citoyens.
LE GHANA INTERPELLE LES PRÉSIDENCES AFRICAINES
La mobilisation rapportée de l’exécutif ghanéen met en lumière une autre exigence fondamentale, celle de l’égalité entre les citoyens.
Un père endeuillé ne devrait jamais avoir à présenter sa carte de parti politique, à justifier son appartenance ethnique ou à expliquer ses convictions religieuses pour obtenir l’attention de son gouvernement.
La République n’appartient ni à un parti, ni à une communauté, ni à une famille politique. Elle appartient à tous ses citoyens. Cette évidence constitutionnelle mérite d’être rappelée à travers l’Afrique, où la confusion entre l’État, le pouvoir et les formations politiques demeure un sujet de débat.
Un président de la République peut être issu d’un parti. Mais une fois investi des responsabilités nationales, il doit exercer son autorité au bénéfice de tous, y compris de ceux qui ont combattu son accession au pouvoir. Le chef de l’État doit-il être le président de tous les citoyens ou seulement le protecteur de ceux qui applaudissent son régime ?
La question est essentielle. La neutralité des institutions ne se mesure pas seulement dans les discours officiels. Elle se vérifie dans la manière dont les pouvoirs publics traitent les citoyens ordinaires, les opposants, les expatriés et les familles confrontées à des tragédies.
PARTIR À L’ÉTRANGER N’EST PAS UNE TRAHISON NATIONALE
Une autre idée mérite d’être combattue avec fermeté, celle qui consiste à considérer le départ d’un citoyen comme une forme de renoncement à sa patrie. Pourquoi un Africain devrait-il se justifier d’avoir choisi de poursuivre ses études, de travailler ou de rejoindre sa famille à l’étranger ? La mobilité humaine fait partie de l’histoire des nations. Les Africains qui vivent en Europe, en Amérique, en Asie ou ailleurs ne deviennent pas des étrangers à leur propre pays. Ils demeurent des citoyens, porteurs de droits et de devoirs.
Leur départ ne constitue ni une démission patriotique ni une rupture définitive avec leur communauté nationale. Et lorsqu’un drame survient, leur demander pourquoi ils ne sont pas restés chez eux revient à déplacer injustement la responsabilité de la violence vers ses victimes.
On ne devrait jamais reprocher à un citoyen d’être parti chercher ailleurs les perspectives qu’il espérait trouver dans son propre pays.
La véritable interrogation devrait plutôt porter sur la capacité des États africains à offrir à leur jeunesse des conditions de vie, de formation et d’emploi suffisamment attractives pour que l’émigration soit un choix et non une nécessité économique.
ET SI LES ÉTATS AFRICAINS PROTÉGEAIENT LEURS CITOYENS AVEC AUTANT D’ÉNERGIE QU’ILS DÉFENDENT LEURS INTÉRÊTS POLITIQUES ?
C’est probablement la question la plus dérangeante. Les gouvernements savent mobiliser leurs ambassades pour des visites présidentielles, des sommets internationaux et des rencontres économiques.
Pourquoi cette même efficacité ne serait-elle pas systématiquement garantie lorsqu’un ressortissant est victime d’une agression, d’une détention abusive ou d’une injustice à l’étranger ? La protection consulaire ne signifie pas qu’un État africain puisse se substituer à la justice américaine, française ou britannique. Elle suppose néanmoins une assistance appropriée, un suivi diplomatique, une information transparente des familles et, lorsque les circonstances le justifient, une demande ferme de clarification auprès des autorités compétentes. La souveraineté nationale ne devrait pas être invoquée uniquement lorsqu’il s’agit de défendre les prérogatives des gouvernants. Elle doit également se traduire par la défense des citoyens.
LA CÔTE D’IVOIRE ET LES AUTRES PAYS AFRICAINS DOIVENT EN TIRER LES LEÇONS
Cette réflexion concerne directement la Côte d’Ivoire, dont de nombreux ressortissants vivent à travers le monde.Les autorités ivoiriennes, comme celles des autres pays africains, gagneraient à renforcer les mécanismes d’assistance aux familles confrontées à des drames à l’étranger, à rendre plus accessibles les services consulaires et à assurer un meilleur suivi des situations d’urgence.Il ne s’agit pas de transformer chaque tragédie individuelle en affrontement diplomatique.
Il s’agit de faire comprendre à chaque citoyen que son passeport représente davantage qu’un document de voyage.
Il symbolise un lien juridique, politique et moral avec une nation. Un passeport africain ne doit pas devenir un simple instrument administratif dont la valeur disparaît dès que son titulaire franchit une frontière. La dignité nationale se mesure aussi à la capacité d’un pays à accompagner ses ressortissants les plus vulnérables.
UNE NATION NE SE GRANDIT PAS EN ABANDONNANT SES ENFANTS
Le drame attribué à Javits Frimpong rappelle enfin une vérité universelle. Derrière les statistiques sur l’insécurité se trouvent des enfants, des familles et des avenirs brutalement interrompus.
La réaction attendue des institutions ne devrait jamais dépendre de la notoriété des victimes ou de l’influence politique de leurs proches.
Une vie humaine ne vaut pas davantage lorsqu’elle appartient à un ministre, à un diplomate ou à un proche du pouvoir.
Elle ne vaut pas moins lorsqu’elle appartient à un adolescent issu d’une famille ordinaire.
Si la mobilisation ghanéenne rapportée se confirme dans les faits, elle constituera un exemple dont les autres gouvernements africains pourraient utilement s’inspirer.
Mais cette exigence ne devrait pas dépendre de la médiatisation d’un drame. Elle doit devenir une pratique permanente de l’action publique.
L’Afrique n’a pas seulement besoin de dirigeants qui parlent au nom de leurs peuples dans les conférences internationales. Elle a besoin d’États qui se tiennent effectivement aux côtés de leurs citoyens lorsque ceux-ci traversent les épreuves les plus douloureuses.
La grandeur d’une République ne se mesure pas au nombre de discours prononcés sur le patriotisme, mais à la protection qu’elle garantit à ceux qui portent sa nationalité. Un citoyen peut quitter son pays. Son pays ne devrait jamais l’abandonner.
Dr Tété Samuel Mathey
Libre penseur
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