Politique

DE L’ÉMERGENCE À LA GRANDE CÔTE D’IVOIRE, TROIS ÉTAPES D’UNE MÊME AMBITION

La Côte d'Ivoire , dès l'accession du Président Alassane Ouattara , à la magistrature suprême , a fait le pari d'émerger.

Par admin3 min de lecture
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La Côte d'Ivoire se met sur les rails de l'émergence
La Côte d'Ivoire se met sur les rails de l'émergence

En une quinzaine d’années, le vocabulaire du développement ivoirien a évolué. Il fut d’abord question d’« émergence », puis de « Côte d’Ivoire solidaire ». Désormais s’installe l’ambition d’une « Grande Côte d’Ivoire ». Derrière ces trois expressions se dessinent trois séquences d’une même politique de transformation, mais aussi une évolution des priorités. Après reconstruire et accélérer, il a fallu davantage redistribuer. Le nouveau défi consiste à produire, transformer et franchir un nouveau palier.

Au début des années 2010, le mot d’ordre est celui de l’émergence. La Côte d’Ivoire sort d’une décennie de crises et doit restaurer ses infrastructures, attirer les investissements, retrouver une croissance soutenue et reconstruire la confiance. Routes, ponts, énergie, ports, eau potable et équipements publics deviennent les marqueurs visibles de cette première séquence. L’objectif d’émergence à l’horizon 2020 fixe une direction, même si cette échéance n’a pas signifié l’achèvement de toutes les ambitions initialement annoncées.

Progressivement, une autre question s’impose. Une économie peut croître rapidement sans que tous les ménages ressentent cette progression avec la même intensité. Le débat se déplace alors vers le pouvoir d’achat, l’emploi, l’éducation, la santé, la protection sociale et les disparités territoriales. C’est dans cette évolution que s’inscrit la vision d’une « Côte d’Ivoire solidaire ».

Les programmes sociaux du gouvernement traduisent cette inflexion à travers des actions concernant notamment les conditions de vie des ménages, l’école, l’accès aux services essentiels, l’insertion professionnelle des jeunes et la protection des populations vulnérables. L’infrastructure demeure nécessaire, mais l’attention se porte davantage sur l’homme qui doit pouvoir bénéficier de la croissance.

La logique est claire. L’émergence mettait fortement l’accent sur la reconstruction et les moteurs de la croissance. La Côte d’Ivoire solidaire insiste davantage sur la diffusion des bénéfices du développement. Une autoroute transforme un territoire, mais l’école, la qualification, la santé et l’emploi déterminent aussi la capacité de ses habitants à profiter de cette transformation.

Depuis la fin de 2025 s’ouvre une troisième séquence avec l’ambition de bâtir une « Grande Côte d’Ivoire ». Le concept met notamment en avant une économie plus productive et innovante, la transformation locale, une agriculture modernisée, l’industrialisation, les infrastructures énergétiques, numériques et de transport ainsi que le développement d’entreprises nationales capables de devenir des acteurs majeurs.

Cette orientation se retrouve dans le Plan national de développement 2026-2030. L’ambition annoncée est d’accélérer la transformation économique du pays en renforçant notamment l’agriculture et l’agro-industrie, le secteur privé, l’industrialisation, le capital humain, les infrastructures et la gouvernance.

La Grande Côte d’Ivoire apparaît ainsi moins comme une rupture que comme une nouvelle étape. Il s’agit de capitaliser sur les infrastructures de la période de reconstruction, de conserver la dimension sociale développée ensuite et d’accélérer la transformation de l’économie. Produire davantage localement, transformer les matières premières, renforcer les entreprises ivoiriennes, améliorer la formation et accroître la compétitivité deviennent des enjeux centraux.

Mais chaque étape porte ses propres exigences. L’émergence se jugeait largement à la capacité de reconstruire et d’investir. La solidarité se mesure à l’amélioration effective des conditions de vie. La Grande Côte d’Ivoire devra être confrontée à la capacité du pays à transformer durablement son économie tout en maintenant la cohésion sociale.

Car les infrastructures seules ne suffisent pas à construire une puissance économique. Il faut des entreprises compétitives, des travailleurs qualifiés, une administration efficace, une agriculture productive, une industrie capable de transformer les richesses nationales et des institutions offrant un environnement durablement favorable à l’investissement.

L’émergence voulait remettre la Côte d’Ivoire en mouvement. La Côte d’Ivoire solidaire voulait mieux partager les fruits du progrès. La Grande Côte d’Ivoire ambitionne désormais de convertir les acquis en puissance productive, en transformation économique et en amélioration durable du niveau de vie.

Mais les concepts finissent toujours par rencontrer l’épreuve du réel. Au terme de cette nouvelle séquence, l’essentiel ne sera pas de savoir quelle formule aura été la plus forte. Il faudra regarder ce qui aura réellement changé dans les écoles, les hôpitaux, les exploitations agricoles, les entreprises, l’emploi des jeunes, les régions et la vie quotidienne des familles.

Car le développement ne se mesure pas à la succession des slogans, mais à la continuité des transformations qu’ils parviennent réellement à produire.

 Karim Bamba

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