Cacao 2026-2027 : La Côte d’Ivoire entre dans une séquence décisive
La campagne cacaoyère va s'ouvrir, officiellement , bientôt.

À quelques jours de l’ouverture de la campagne café-cacao 2026-2027, la Côte d’Ivoire aborde une période particulièrement stratégique pour son « or brun ». Premier producteur mondial de cacao, le pays doit simultanément sécuriser les revenus des planteurs, tirer les enseignements des difficultés de commercialisation observées lors de la précédente campagne, renforcer la traçabilité des fèves et consolider son influence dans une industrie mondiale dont il demeure un acteur incontournable.
La nouvelle campagne doit officiellement démarrer le 1er septembre 2026, à la faveur du réaménagement du calendrier de commercialisation. Désormais, la campagne principale s’étendra du 1er septembre au 28 février, tandis que la campagne intermédiaire couvrira la période du 1er mars au 31 août. À la veille de cette échéance, le dispositif commercial se met en place avec 70 sociétés commerciales et 37 sociétés coopératives agréées comme exportateurs pour la campagne 2026-2027. Mais l’une des principales attentes reste le niveau de rémunération des producteurs.
Cette nouvelle saison intervient après une période mouvementée pour la filière. Les fluctuations des cours internationaux et les difficultés d’écoulement de certains stocks ont rappelé une réalité fondamentale : être le premier producteur mondial ne protège pas automatiquement la Côte d’Ivoire contre les retournements du marché. Le défi consiste désormais à mieux sécuriser l’ensemble de la chaîne, depuis les plantations jusqu’aux ports, tout en préservant les intérêts des producteurs.
Car derrière les volumes exportés et les milliards générés se trouvent des planteurs confrontés au coût des intrants, à l’entretien des plantations, au vieillissement de certains vergers et aux conséquences du changement climatique. La puissance cacaoyère ivoirienne ne peut donc plus être évaluée uniquement en tonnes produites. Elle doit également se mesurer à sa capacité à améliorer durablement les conditions de vie dans les régions productrices.
Une autre transformation majeure accompagne cette nouvelle campagne avec le renforcement de la carte du producteur et du Système national de traçabilité. L’objectif est de suivre plus efficacement le cacao depuis le bord champ jusqu’à l’exportation, de sécuriser les transactions et de répondre aux exigences croissantes des marchés internationaux en matière de durabilité et de traçabilité. Cette évolution pourrait profondément modifier les pratiques au sein d’une filière longtemps structurée autour de multiples intermédiaires.
Mais la véritable bataille ivoirienne dépasse désormais la seule production. Pendant plusieurs décennies, la Côte d’Ivoire a construit sa puissance cacaoyère sur sa capacité à fournir massivement des fèves au marché mondial. L’étape suivante consiste à capturer davantage de valeur sur son propre territoire. Transformer davantage de cacao localement, développer une industrie chocolatière compétitive, favoriser l’émergence de marques ivoiriennes et africaines et renforcer la présence des entreprises nationales dans la chaîne de valeur constituent désormais des enjeux stratégiques.
C’est dans ce contexte que les Journées nationales du cacao et du chocolat, annoncées début septembre à Abidjan, prennent une dimension particulière. Au-delà de la célébration de la filière, elles devraient permettre de poser une question déterminante pour l’avenir : comment faire du cacao non seulement l’héritage économique de plusieurs générations de planteurs, mais aussi une industrie moderne, innovante et attractive pour la jeunesse ivoirienne ?
Le cacao ivoirien arrive ainsi à un tournant. Produire davantage ne peut plus constituer l’unique ambition. Il faut produire durablement, mieux tracer, mieux rémunérer, transformer localement et conquérir davantage de valeur. La Côte d’Ivoire possède la matière première et le leadership mondial. Son prochain défi consiste à convertir cette puissance agricole en véritable puissance industrielle. La campagne 2026-2027 sera donc bien plus qu’une nouvelle saison agricole. Elle constituera un test grandeur nature de la capacité du pays à moderniser son modèle cacaoyer et à faire de son leadership mondial une richesse davantage partagée entre producteurs, transformateurs et économie nationale.
Mariam K. F
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