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COUR DES COMPTES : APRÈS LE DIAGNOSTIC, L’HEURE DES CONSÉQUENCES

Le récent rapport de la cour des comptes a épinglé de nombreux ministères.

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Le siège de la cour des comptes
Le siège de la cour des comptes

Publier les performances de l’administration relève de la transparence. En tirer les conséquences relève de la gouvernance. Après les constats de la Cour des comptes, une question s’impose. Que fera l’État des insuffisances relevées ? Dans une administration moderne, l’argent public ne se juge plus seulement aux montants dépensés, mais aux résultats obtenus. Chaque budget engage des objectifs, des indicateurs et une obligation de rendre compte. Les audits de performance prennent ici tout leur sens. Ils ne doivent être ni de simples exercices techniques ni des documents d’archives, mais des instruments d’amélioration de l’action publique.

 ÉVALUER POUR AGIR

 Lorsqu’un programme atteint ses objectifs, les bonnes pratiques doivent être consolidées. Lorsqu’il révèle des insuffisances, celles-ci doivent être corrigées. Lorsqu’elles persistent, la question des responsabilités doit pouvoir être posée. Évaluer sans agir viderait l’évaluation de son sens.Il faut cependant éviter de transformer le rapport de la Cour des comptes en bulletin individuel des ministres. L’évaluation porte d’abord sur des programmes, leur exécution, leurs indicateurs et leurs résultats. Une contre-performance ne signifie donc pas automatiquement le départ d’un ministre. Mais lorsque des insuffisances importantes deviennent répétitives et persistent malgré les mesures correctives, l’État ne peut se contenter de les constater.

 LA PERFORMANCE DOIT SE VOIR DANS LA VIE DES IVOIRIENS

 La question dépasse les chiffres. À Abidjan comme à Daloa, Bouaké, Korhogo, Man, San-Pédro, Bondoukou et dans nos villages, le citoyen juge l’État à travers l’école de ses enfants, l’accès aux soins, l’emploi, les routes, la sécurité et la qualité des services publics. La performance commence dans les chiffres. Elle doit finir dans la vie du citoyen.Un ministère ne devrait donc pas seulement expliquer combien il a dépensé. Il devrait démontrer ce que cette dépense a produit. Combien d’emplois durables ? Quels progrès dans l’éducation et la santé ? Quels délais administratifs réduits ? Quelle amélioration concrète pour les populations ?C’est le passage d’une administration qui comptabilise ses activités à un État qui mesure ses résultats.

 LE REMANIEMENT N’EST PAS AUTOMATIQUE

 La publication d’un rapport de la Cour des comptes ne provoque pas juridiquement un remaniement gouvernemental. Celui-ci relève d’une décision politique et institutionnelle distincte.Il serait donc prématuré d’annoncer le départ de ministres ou un calendrier qui n’a pas été officiellement établi. Mais une interrogation demeure légitime. Quelles conséquences l’État tire-t-il de ses propres évaluations ? Lorsque les objectifs sont établis, les moyens mobilisés et les insuffisances répétées malgré les recommandations, maintenir durablement les mêmes méthodes pose une question de cohérence. Les réponses peuvent être administratives, budgétaires, organisationnelles ou, lorsque les responsabilités sont établies, concerner la direction d’un département ministériel.La responsabilité ne doit être ni automatique ni arbitraire. Mais elle ne peut être absente d’une véritable culture de performance.

 NI CHASSE AUX MINISTRES, NI RAPPORTS SANS LENDEMAIN

 L’enjeu n’est donc pas d’utiliser la Cour des comptes comme une arme politique. Il n’est pas davantage de publier des rapports qui resteraient sans suites. Une logique simple doit prévaloir. Évaluer. Corriger. Réévaluer. Responsabiliser. Cette exigence concerne l’ensemble du territoire national. Une politique publique ne peut être considérée comme pleinement réussie si ses résultats restent éloignés de la réalité quotidienne des populations. Abidjan ne peut être le seul baromètre de l’efficacité publique. Daloa et les autres grandes villes de l’intérieur, comme les zones rurales, doivent pouvoir mesurer concrètement les effets des politiques financées au nom de la Nation.

 APRÈS LES CHIFFRES, LES ACTES

 La Cour des comptes contrôle. L’administration corrige. L’autorité politique décide. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de savoir si un remaniement aura lieu. Il est de savoir si l’État devient plus efficace après avoir identifié ses propres faiblesses. Car derrière chaque programme, chaque indicateur et chaque crédit budgétaire se trouve finalement une réalité simple. L’argent public est l’argent de la Nation. Son utilisation appelle des résultats et ses résultats appellent des comptes. La Côte d’Ivoire n’a pas seulement besoin d’un État qui investit. Elle a besoin d’un État qui mesure l’impact de ses investissements, corrige ses insuffisances et assume les conséquences de ses évaluations. Après le diagnostic vient le temps de l’action.

 

Karim Bamba

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