Politique

CEDEAO–AES : QUAND LA GÉOGRAPHIE RÉSISTE AUX RUPTURES POLITIQUES

Les pays de La Cedeao et ceux de l'espace AES , à la vérité, sont condamnés à coopérer et vivre ensemble.

Par admin2 min de lecture
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Les dirigeants de la Cedeao et l'Aes
Les dirigeants de la Cedeao et l'Aes

L’Afrique de l’Ouest a changé de configuration. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO et renforcé leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel. Mais une rupture institutionnelle n’efface pas des décennies d’échanges. Pendant que les architectures politiques se recomposent, les économies restent interdépendantes.

 LA GÉOGRAPHIE IMPOSE SES RÉALITÉS

 Le Mali, le Burkina Faso et le Niger n’ont pas d’accès direct à la mer. Une partie importante de leur commerce extérieur dépend donc des corridors traversant les pays côtiers. Abidjan, San Pedro, Tema, Lomé, Cotonou et Dakar constituent autant de portes vers le Sahel. Une réalité demeure : les pays sahéliens ont besoin d’accès aux ports, tandis que les économies côtières ont intérêt aux marchés sahéliens. Routes, frontières, douanes, transporteurs et plateformes logistiques constituent ainsi une intégration concrète qui dépasse les appartenances institutionnelles.

 LES FLUX AU-DELÀ DES DISCOURS

 Pour les entreprises, les choix sont pragmatiques. Quel corridor coûte le moins cher ? Où les formalités sont-elles plus rapides ? Quel axe offre davantage de sécurité et de prévisibilité ? Les États côtiers se retrouvent ainsi en concurrence pour attirer les flux sahéliens, tandis que les pays enclavés cherchent à diversifier et sécuriser leurs accès à la mer.La bataille régionale se joue désormais autant sur les coûts, les délais et la fluidité logistique que sur les orientations politiques.

 DES DÉFIS TOUJOURS COMMUNS

 La sécurité rappelle également cette interdépendance. Terrorisme, trafics, criminalité transfrontalière et circulation des armes ignorent les frontières institutionnelles.Il en va de même pour le commerce, l’énergie, les infrastructures, la sécurité alimentaire et la mobilité des populations. Sur ces sujets, CEDEAO et AES peuvent suivre des trajectoires politiques différentes tout en restant confrontées à des intérêts communs.

 UNE COOPÉRATION À RÉINVENTER

 L’Afrique de l’Ouest se trouve ainsi devant un paradoxe. Elle est institutionnellement plus fragmentée, mais économiquement toujours interdépendante. Le véritable enjeu sera de construire des mécanismes pratiques capables de préserver les échanges, la sécurité des corridors et les coopérations indispensables, malgré les divergences entre États.

La recomposition régionale ne se résume donc pas à un face-à-face entre CEDEAO et AES. Elle pose une question plus profonde : comment organiser l’interdépendance lorsque les institutions se séparent mais que les intérêts continuent de se rencontrer ?

Les alliances peuvent changer et les institutions se transformer. Mais la géographie demeure. Du golfe de Guinée au Sahel, les économies continueront d’avoir besoin les unes des autres.

 Marlone Agnero

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