Politique

APRÈS NOUS, LA CÔTE D’IVOIRE :Yaya Fofana conseille de préparer l’avenir sans renier le présent

La Côte d'Ivoire doit s'approprier les principes démocratiques basiques et travailler davantage pour un relais générationnel fluide.

Par admin7 min de lecture
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Yaya Fofana , le président du MFA
Yaya Fofana , le président du MFA

Chaque génération croit vivre un moment décisif. Pourtant, les économies se transforment, les technologies changent, les rapports de puissance évoluent et les générations se succèdent. Une question demeure. Que laisserons-nous après notre passage ?La Côte d’Ivoire a connu la stabilité, les épreuves, les divisions et la reconstruction. Son histoire enseigne que rien n’est définitivement acquis. Chaque génération reçoit une Nation qu’elle doit préserver, améliorer et transmettre. Nous savons le prix de la paix parce que notre histoire nous a enseigné le coût de sa fragilité. Deux facilités doivent être refusées. Effacer ce qui a été construit pour prétendre tout recommencer. Considérer que les acquis dispensent de préparer les changements nécessaires. La continuité sans immobilisme. La réforme sans rupture. La fidélité sans renoncement à la liberté de jugement. Gouverner ne consiste pas seulement à répondre au présent. C’est préparer ce qui vient. Reconnaître les acquis n’interdit ni la lucidité ni l’ambition d’aller plus loin. Le véritable pouvoir n’est pas celui qui maîtrise le présent. C’est celui qui prépare l’avenir. Quelle Côte d’Ivoire voulons-nous transmettre ? Une Côte d’Ivoire unie, productive, juste, souveraine et confiante.

 

UNE RÉPUBLIQUE PLUS FORTE QUE LES CIRCONSTANCES

 

Les événements passent. Les institutions demeurent. Le pouvoir gouverne. L’État continue. La République demeure. Un État fort repose sur des institutions solides, une autorité qui protège, une règle qui s’applique à tous et une démocratie qui garantit le libre choix. Les majorités peuvent changer sans que l’État vacille. Les générations peuvent se renouveler sans que la Nation recommence son histoire. La République doit toujours être plus forte que les circonstances.

 

REMETTRE L’IVOIRIEN AU CENTRE

 

Le développement ne peut être seulement ce qui se voit. Une route, une école, un hôpital ou une infrastructure prennent tout leur sens lorsqu’ils améliorent la vie.La croissance n’a de sens que lorsqu’elle entre dans les foyers.Elle doit devenir travail, revenu, savoir, santé, mobilité, sécurité et dignité. Cette exigence vaut à Abidjan, Daloa, Bouaké, Korhogo, Man, San-Pédro, Bondoukou comme dans chaque village du pays.Il ne peut y avoir une Côte d’Ivoire qui avance et une autre qui attend. Un enfant né à Daloa doit pouvoir porter les mêmes ambitions qu’un enfant né ailleurs. Le lieu de naissance ne doit jamais fixer les limites d’un destin. Le développement devient national lorsqu’aucun territoire ne se sent oublié.

 UNE DÉMOCRATIE QUI RÉSISTE AU TEMPS

 Notre histoire rappelle que la paix politique n’est jamais définitivement acquise. L’élection doit être un moment de choix, jamais une saison de peur. Une démocratie forte permet à la majorité de gouverner, à l’opposition d’exercer ses droits, aux institutions de garantir les règles et au peuple de demeurer souverain. La contradiction n’est pas une trahison. Le désaccord n’est pas une menace. Nous pouvons choisir des chemins différents sans cesser d’appartenir à la même Nation. Gagner ne donne pas tous les droits. Perdre ne retire à personne sa place dans la République.

 TRANSMETTRE À LA JEUNESSE LE POUVOIR D’AGIR

 Chaque génération finit par transmettre le pays à la suivante. La question n’est donc pas de savoir si la jeunesse prendra sa place. Elle la prendra. La véritable question est de savoir ce qu’elle recevra. Une école qui forme. Une économie qui ouvre des possibilités. Une société qui récompense l’effort. Des institutions qui inspirent confiance. La jeunesse ne demande pas que l’Histoire lui soit offerte. Elle demande que les portes de l’Histoire ne lui soient pas fermées. La transmission doit l’emporter sur l’affrontement des générations. L’expérience doit ouvrir la voie. La jeunesse doit l’élargir. La République doit les réunir.

 PRODUIRE, TRANSFORMER, CRÉER

 Le travail, l’entreprise et l’initiative doivent être au cœur de notre ambition économique. Une Nation ne peut durablement dépendre de ce qu’elle exporte sans transformer ni de ce qu’elle importe sans savoir le produire. Il ne suffit pas de posséder des richesses. Il faut savoir les transformer en prospérité. Nos terres, nos ressources, notre agriculture, nos entreprises et notre intelligence doivent créer davantage de valeur chez nous. Daloa et nos grandes régions de production doivent bénéficier de la transformation, de l’investissement, de la formation et des emplois issus des richesses auxquelles elles contribuent. Nos territoires ne doivent pas seulement produire la richesse. Ils doivent aussi en recueillir les fruits. La souveraineté n’est ni le repli ni l’isolement. C’est la liberté de coopérer sans subir.

 LA CONFIANCE, INFRASTRUCTURE INVISIBLE

 Aucun chantier ne peut remplacer une infrastructure essentielle. La confiance. Confiance dans la justice, l’administration, la parole publique, le mérite et la possibilité d’avancer par son travail. Une République s’affaiblit lorsque l’effort semble compter moins que les relations, la compétence moins que l’appartenance ou lorsque la règle paraît varier selon les personnes. Nul nom, nulle origine, nul camp ne doit valoir privilège ou condamnation. On peut construire une route en quelques années. Construire la confiance demande une génération. La perdre peut prendre un instant.

 LE DIALOGUE COMME FORCE

 Le dialogue ne doit pas être une tactique. Il doit rester une culture politique. Une Nation faite de régions, de générations, de cultures et de sensibilités différentes ne peut durablement se construire contre une partie d’elle-même. Nous ne bâtirons jamais la Côte d’Ivoire les uns contre les autres. Nous ne la bâtirons durablement que les uns avec les autres. Le compromis républicain n’est pas la compromission. Défendre ses convictions n’empêche pas de reconnaître ce qui nous dépasse. Au-dessus des partis et des ambitions demeure l’essentiel : La Côte d’Ivoire.

 PRÉSERVER, RÉFORMER, TRANSMETTRE

 Une conception responsable de l’engagement politique tient en trois mots. Préserver. Réformer. Transmettre. Préserver ce qui rassemble. Réformer ce qui affaiblit. Transmettre ce qui doit durer. La rupture systématique comme l’immobilisme conduisent à des impasses. On ne construit pas demain en effaçant hier. On ne prépare pas davantage demain en refusant de changer aujourd’hui. Il ne faut ni détruire pour prouver que l’on veut changer, ni se taire pour prouver que l’on est fidèle. La fidélité véritable n’interdit pas la lucidité. Elle l’exige. La liberté de jugement n’oblige pas à renier son histoire. L’appartenance n’oblige pas à renoncer à sa liberté. Ni rupture systématique. Ni approbation automatique. La responsabilité.

 PENSER AU-DELÀ DE NOTRE TEMPS

 La politique est souvent prisonnière de l’urgence. L’État doit regarder plus loin. L’éducation, la dette, les ressources naturelles, l’aménagement du territoire, l’énergie et les institutions engagent plusieurs générations. Le bruit appartient à l’instant. L’État appartient au temps long. Abidjan grandira. Daloa grandira. Nos villes changeront. D’autres générations affronteront d’autres défis. Nous ne pouvons pas tout prévoir. Nous pouvons leur transmettre un État capable d’y répondre. Un mandat se compte en années. Une vision se mesure en générations.

 UNE LIGNE DE RESPONSABILITÉ

 La politique ne devrait jamais condamner à choisir entre l’adhésion silencieuse et l’opposition permanente. Soutenir ce qui sert la Côte d’Ivoire. Corriger ce qui l’affaiblit. Proposer ce qui peut la renforcer. Refuser ce qui menace sa paix, son unité ou ses institutions. On peut être fidèle sans être prisonnier. Libre sans être adversaire. Exigeant sans être destructeur. Cette ligne n’est dirigée contre personne. Elle place la République au-dessus des appartenances. Nous pouvons avoir des familles politiques différentes, mais nous n’avons qu’une seule Nation. Reconnaître sans s’effacer. Être fidèle sans se taire. Réformer sans détruire. Préparer sans intriguer. Transmettre sans imposer. Servir l’État exige davantage que servir un camp.

 NOTRE RENDEZ-VOUS AVEC L’HISTOIRE

 Viendra un jour où nos débats seront devenus des archives, nos victoires et nos défaites des souvenirs, et les urgences d’aujourd’hui des pages d’histoire. D’autres générations habiteront nos villes, fréquenteront nos écoles, travailleront dans nos entreprises, cultiveront nos terres et feront vivre nos institutions. Elles ne compteront pas nos batailles politiques. Elles regarderont la Côte d’Ivoire que nous leur aurons laissée. Avons-nous protégé la paix, renforcé les institutions, préparé la jeunesse, rapproché les territoires et préservé l’unité nationale ? Toutes ces questions finiront par n’en former qu’une. Qu’avons-nous transmis ? Car telle est la loi silencieuse de l’Histoire. Chaque génération reçoit une Nation qu’elle n’a pas créée seule et transmet une Nation dont elle ne verra jamais entièrement l’avenir. Une génération se mesure moins à ce qu’elle possède pendant son passage qu’à ce qu’elle rend possible après elle. Les gouvernements passeront. Les majorités changeront. Les débats s’effaceront. D’autres générations prendront leur part de responsabilité.

 Mais la Côte d’Ivoire devra continuer.

 Nous ne sommes ni le commencement de son histoire ni son terme. Nous sommes un passage entre ceux qui nous ont précédés et ceux qui viendront après nous. Nous ne sommes pas propriétaires de cette Nation. Nous en sommes les dépositaires pour un temps. Notre devoir dépasse donc nos fonctions, nos intérêts et nos appartenances. Préserver ce qui rassemble. Réformer ce qui affaiblit. Transmettre ce qui doit durer. Lorsque notre génération aura quitté la scène et que le bruit de notre époque se sera tu, une seule mesure devra compter. Avoir laissé à ceux qui viennent une Côte d’Ivoire plus forte que celle que nous avons reçue. Les fonctions s’achèvent. Les générations passent. Les noms deviennent mémoire. La Nation, elle, doit continuer. Avant nous, la Côte d’Ivoire. Avec nous, la Côte d’Ivoire. Après nous, la Côte d’Ivoire. Au-dessus de nous, la République. Le pouvoir passe. La République demeure.

 Fait à Abidjan, le 5 octobre 2026

 Yaya Fofana

Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)

 

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