TRANSPORT ROUTIER : LE COÛT DU FRET, CETTE CHARGE INVISIBLE QUI PÈSE SUR LE PANIER DES MÉNAGES
Le transport routier est l'une des sources de la cherté de la vie. Il importe que des solutions pragmatiques soient mises en avant.

Du port d’Abidjan aux marchés de l’intérieur du pays, le transport routier constitue un maillon essentiel de l’approvisionnement des populations. Derrière le prix du riz, de l’huile, des matériaux de construction ou des produits agricoles se cache une réalité économique souvent négligée. Le coût du fret entre dans la formation des prix payés par les consommateurs. Une charge qui mérite davantage de transparence.
En Côte d’Ivoire, la route demeure un instrument majeur de circulation des marchandises. Elle relie les ports aux centres de consommation, les zones agricoles aux marchés urbains et les entreprises ivoiriennes aux pays de l’hinterland, notamment le Mali et le Burkina Faso.
Mais transporter une marchandise ne se résume pas au prix du carburant. Péages, entretien des véhicules, pneumatiques, assurances, formalités administratives, immobilisations et délais de livraison constituent autant de charges supportées par les transporteurs.
Ces dépenses influencent les tarifs du fret et, selon les conditions du marché, peuvent être répercutées sur les prix de vente.
Le consommateur paie une partie de la facture
Lorsqu’un commerçant fait acheminer des marchandises depuis le port d’Abidjan vers Bouaké, Korhogo, Daloa ou Man, le transport représente une composante du coût d’approvisionnement.
Plus la distance augmente, plus les charges logistiques peuvent peser sur le prix final. Toutefois, leur incidence varie selon le volume transporté, la nature du produit, la concurrence entre transporteurs et les marges commerciales.
Le problème dépasse donc la seule question du carburant. Il concerne l’ensemble de la chaîne de distribution. Une réduction du coût du fret pourrait contribuer à contenir certains prix, sans garantir automatiquement une baisse pour le consommateur. Encore faudrait-il que les économies réalisées soient effectivement répercutées dans les circuits commerciaux.
Des transporteurs confrontés à des charges multiples
Le secteur du transport routier fait face à plusieurs contraintes structurelles. L’état de certaines routes accélère l’usure des véhicules. Les délais de chargement et de déchargement immobilisent les camions. Les difficultés de circulation et les formalités aux frontières peuvent également allonger les délais d’acheminement. À ces contraintes s’ajoutent les dépenses liées au renouvellement du parc automobile et au financement des équipements. Pour les petites entreprises de transport, ces charges peuvent réduire les marges et fragiliser la rentabilité.
Cette situation pose une question économique fondamentale. Comment obtenir des tarifs de transport compétitifs tout en permettant aux entreprises du secteur de couvrir leurs coûts et d’investir dans des véhicules plus sûrs et plus performants ?
Le paradoxe ivoirien entre infrastructures et compétitivité
La Côte d’Ivoire a engagé d’importants investissements dans ses infrastructures routières et portuaires. Ces équipements constituent des atouts pour les échanges nationaux et régionaux. Mais la qualité des infrastructures ne suffit pas, à elle seule, à garantir un transport moins coûteux.
La fluidité des opérations portuaires, la disponibilité des marchandises, la coordination entre les acteurs logistiques et la réduction des immobilisations jouent également un rôle déterminant.
Un camion immobilisé plusieurs jours représente un capital improductif. Cette perte de temps peut se traduire par des coûts supplémentaires pour les entreprises et leurs clients. L’enjeu est donc de mesurer les gains réels de productivité obtenus grâce aux investissements publics.
Le transport, un enjeu de souveraineté économique
La compétitivité du fret dépasse les intérêts des seuls transporteurs.Elle conditionne également la capacité des producteurs agricoles à accéder aux marchés, celle des industriels à distribuer leurs marchandises et celle des commerçants à approvisionner les populations à des prix compétitifs.
Pour un pays qui ambitionne de renforcer son rôle de plateforme logistique régionale, la maîtrise des coûts de transport constitue un enjeu stratégique.
La Côte d’Ivoire ne peut apprécier sa performance logistique uniquement à travers le nombre de kilomètres de routes construites ou les volumes de marchandises transitant par ses ports. Elle doit également s’intéresser au coût réel de l’acheminement d’une tonne de marchandises, aux délais de livraison et à la qualité du service.
Trois chantiers prioritaires pour les pouvoirs publics
Premièrement, instaurer un observatoire transparent des coûts du fret. Cet outil permettrait de suivre régulièrement les tarifs sur les principaux corridors nationaux et régionaux, ainsi que les charges supportées par les transporteurs.
Deuxièmement, réduire les immobilisations et les coûts évitables. La simplification des procédures, l’amélioration de la coordination portuaire et le renforcement de la fluidité routière pourraient contribuer à accroître la productivité des entreprises. Troisièmement, soutenir la modernisation du parc automobile. Des mécanismes de financement adaptés permettraient aux transporteurs d’acquérir des véhicules plus performants, de réduire certaines dépenses d’exploitation et d’améliorer la sécurité routière. Ces mesures gagneraient à être accompagnées d’indicateurs publics permettant d’évaluer leurs effets sur les tarifs.
Faire du fret un véritable indicateur du pouvoir d’achat
Le débat sur la vie chère se concentre régulièrement sur les prix affichés dans les commerces. Pourtant, une partie des charges qui contribuent à ces prix se forme bien avant l’arrivée des marchandises sur les étals.Le transport routier en constitue un élément important, sans être le seul responsable du niveau des prix.
Pour agir durablement sur le pouvoir d’achat, les autorités doivent donc examiner l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, depuis les infrastructures jusqu’aux circuits de distribution.
L’enjeu n’est pas seulement de transporter davantage de marchandises. Il est de les transporter plus efficacement, à moindre coût, et de faire bénéficier les populations des gains de compétitivité.
Une économie performante ne se mesure pas uniquement à la fluidité de ses routes. Elle se mesure aussi à la capacité de ses infrastructures à réduire les charges des entreprises et à améliorer concrètement la vie des citoyens.
Y. F.
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