Économie

Inclusion financière : Le Trésor public veut faire entrer davantage d’Ivoiriens dans le système financier

Comptes bancaires, épargne sécurisée, microfinance et assurance. Le Trésor public ivoirien engage une nouvelle offensive pour rapprocher les services financiers des populations. Lancée ce jeudi 13 août 2026 à Abidjan, la campagne nationale d’inclusion financière entend dépasser la simple sensibilisation pour provoquer des adhésions concrètes.

Par admin6 min de lecture
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Le Trésor veut faire de l'inclusion financière une réalité
Le Trésor veut faire de l'inclusion financière une réalité

Derrière cette initiative se joue un enjeu économique et social majeur, faire du système financier formel un outil accessible au plus grand nombre.La Côte d’Ivoire poursuit sa bataille pour l’inclusion financière. Ce jeudi 13 août 2026, à Abidjan-Plateau, la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique a officiellement lancé l’édition 2026 de sa campagne nationale de sensibilisation et de promotion de la bancarisation, de l’assurance et de l’inclusion financière. Placée sous le thème « Des services financiers qui répondent aux besoins des populations », l’opération doit se dérouler en deux phases, du 16 au 21 août puis du 30 août au 5 septembre 2026.Trois régions sont particulièrement ciblées, le Kabadougou, le N’Zi et le Sud-Comoé, avec des actions prévues respectivement à Odienné, Dimbokro et Aboisso. L’objectif est clair. Il s’agit de rapprocher les populations des institutions financières et de faire tomber les barrières qui maintiennent encore une partie des Ivoiriens à distance des banques, de la microfinance et de l’assurance.

 Des progrès, mais un défi encore considérable

 La Côte d’Ivoire a enregistré ces dernières années une progression de l’accès aux services financiers, portée notamment par le développement du mobile money, de la microfinance et des nouveaux moyens de paiement. Mais les chiffres montrent que le chantier reste important. Selon les données mises en avant lors du lancement de la campagne, le taux de bancarisation strict s’établit à 33,63 %, tandis que le taux de bancarisation élargi atteint 46,2 %. Ces niveaux demeurent inférieurs aux objectifs régionaux respectifs de 35 % et 60 %. Le constat est encore plus saisissant dans le secteur de l’assurance, où le taux de pénétration reste estimé à seulement 1,6 %. Ces chiffres révèlent un paradoxe. Alors que la Côte d’Ivoire connaît une transformation rapide de son économie et une diffusion spectaculaire des transactions numériques, une partie importante de la population demeure encore insuffisamment intégrée aux circuits financiers classiques.

 Odienné, Dimbokro et Aboisso au cœur de l’opération

Le choix des trois zones ciblées n’est pas anodin. À Odienné, le taux de bancarisation est annoncé à 10,8 %. Il atteint 11,8 % à Dimbokro et 13,7 % à Aboisso. Derrière ces statistiques apparaissent des réalités différentes selon les territoires, notamment l’insuffisance des infrastructures financières, l’éloignement des points de service, la méconnaissance de certains produits, les difficultés d’accès à la microfinance ou encore le poids des mécanismes traditionnels d’épargne. À Aboisso, par exemple, les pratiques d’épargne informelles, notamment les tontines, restent fortement ancrées. Le défi des autorités ne consiste donc pas simplement à demander aux populations d’ouvrir un compte. Il s’agit de convaincre que les services financiers formels peuvent être accessibles, utiles et adaptés à leurs besoins.

 Passer des discours aux comptes effectivement ouverts

 C’est probablement l’un des changements les plus intéressants de cette campagne. Le Trésor public veut aller au-delà de la sensibilisation institutionnelle. L’objectif affiché est d’aboutir à des résultats mesurables, davantage de comptes effectivement ouverts, une meilleure sécurisation de l’épargne des ménages, une connaissance accrue des mécanismes d’assurance et un rapprochement entre populations et prestataires financiers.

Cette approche traduit une évolution importante. Pendant longtemps, l’inclusion financière a pu être perçue comme une question essentiellement bancaire. Elle apparaît désormais comme un véritable instrument de politique économique et sociale. Posséder un compte permet de sécuriser son argent, de recevoir des paiements, d’épargner, d’accéder éventuellement au crédit et de construire progressivement une relation avec le système financier. L’assurance répond à une autre vulnérabilité, celle du choc imprévu capable de déstabiliser financièrement un ménage ou une petite entreprise.

 Le véritable défi reste la confiance

Mais ouvrir un compte bancaire ne suffit pas à créer une véritable inclusion financière. Encore faut-il que le compte soit utilisé. C’est là que se situe probablement l’un des principaux défis de la campagne. Pour de nombreux ménages, petits commerçants, artisans, agriculteurs ou travailleurs du secteur informel, la relation avec les institutions financières peut encore être freinée par la perception des coûts, la complexité des procédures, la distance géographique, le manque d’information ou simplement l’absence de confiance. La bataille de l’inclusion financière sera donc également une bataille de pédagogie. Les institutions devront expliquer les produits dans un langage accessible, simplifier les démarches et proposer des solutions correspondant réellement aux revenus et aux contraintes des populations. Car un produit financier inaccessible financièrement ou incompris par son utilisateur ne produit pas d’inclusion durable.

 L’assurance, immense chantier encore sous-exploité

Avec un taux de pénétration annoncé à 1,6 %, l’assurance apparaît comme l’un des grands défis. Pour une large partie de la population, assurer son activité, ses biens ou certains risques de la vie quotidienne ne constitue pas encore un réflexe. Pourtant, dans une économie où une grande partie des revenus dépend de petites activités commerciales, agricoles ou artisanales, un accident, un incendie, une maladie ou une perte de matériel peut suffire à fragiliser durablement un ménage. Développer une véritable culture de l’assurance suppose donc de rendre les produits plus simples, plus accessibles et surtout plus compréhensibles. La confiance dans les mécanismes d’indemnisation sera également déterminante.

 L’inclusion financière comme outil de formalisation

 L’enjeu dépasse le seul secteur bancaire. L’accès aux services financiers peut aussi contribuer à la formalisation progressive d’une économie où le secteur informel conserve une place considérable. Lorsqu’un petit entrepreneur dispose d’un historique de transactions, d’une épargne identifiable et d’une activité financière régulière, sa capacité à accéder à certains financements peut progressivement s’améliorer. L’inclusion financière devient alors un pont entre l’économie informelle et l’économie structurée. Elle peut également favoriser l’investissement, la création d’activités et l’autonomisation économique des populations.

 Le mobile money a changé la donne

 La Côte d’Ivoire dispose cependant d’un avantage majeur, l’adoption massive des services financiers numériques.Le téléphone portable a profondément transformé les habitudes de paiement et de transfert d’argent. Pour de nombreux Ivoiriens, le premier contact avec un service financier moderne ne s’est pas effectué dans une agence bancaire, mais à travers un téléphone. Cette révolution constitue une opportunité considérable. Le prochain défi sera de transformer cette familiarité avec le paiement numérique en accès à une gamme plus large de services, notamment l’épargne, le microcrédit, l’assurance, l’investissement et le financement des petites activités. La frontière entre banque traditionnelle, fintech, microfinance et opérateurs numériques devient ainsi progressivement moins visible.

 Une question d’équité territoriale

 La campagne menée dans le Kabadougou, le N’Zi et le Sud-Comoé met enfin en lumière un enjeu essentiel. L’inclusion financière ne peut rester concentrée dans les grandes villes. Une économie réellement inclusive suppose que l’agriculteur, la commerçante, l’artisan, la coopérative ou la petite entreprise de l’intérieur du pays puissent eux aussi accéder à des services financiers adaptés. Le développement économique ne se mesure donc pas seulement au nombre de banques présentes dans les quartiers d’affaires d’Abidjan. Il se mesure aussi à la capacité d’une population éloignée des grands centres urbains à sécuriser son épargne, assurer son activité et obtenir un financement.

 Après la campagne, l’épreuve des résultats

L’initiative du Trésor public intervient dans un contexte où la Côte d’Ivoire veut accélérer la transformation structurelle de son économie et renforcer l’intégration financière des populations. Mais le succès de l’opération se mesurera après les cérémonies et les campagnes de communication. Combien de nouveaux comptes auront réellement été ouverts ? Combien resteront actifs ? Combien de ménages découvriront pour la première fois un produit d’assurance ? Combien de petits entrepreneurs accéderont à des services financiers adaptés à leur activité ? Ce sont ces indicateurs qui permettront de mesurer la portée réelle de l’offensive. Car l’inclusion financière ne consiste pas seulement à ouvrir les portes des banques aux populations. Elle consiste à faire en sorte que les populations aient une raison, les moyens et la confiance nécessaires pour les franchir. À ce prix, la bancarisation pourra devenir bien davantage qu’une statistique économique. Elle pourra constituer un instrument de sécurisation des ménages, de financement des activités et de réduction des inégalités territoriales.

 Abdoulaye Traoré

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