Économie

FATOUMATA MARTHE EHUI : LE DÉPART D’UNE GRANDE DAME DE L’ENTREPRISE IVOIRIENNE

C'est une grande perte pour les secteurs privé et public ivoiriens. La disparition de Fatoumata Marthe Ehui laisse un grand vide.

Par admin3 min de lecture
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Une grande économiste s'en est allée
Une grande économiste s'en est allée

Une génération s’efface, mais certaines vies laissent derrière elles davantage qu’un souvenir. Elles laissent une œuvre, une exigence et une responsabilité à ceux qui restent. Fatoumata Marthe Ehui appartient à cette catégorie de femmes qui ont participé à la construction économique et institutionnelle de la Côte d’Ivoire.

La disparition de Fatoumata Marthe Ehui suscite une profonde émotion. Au-delà du deuil, son parcours raconte ce qu’une femme peut accomplir lorsqu’elle fait du travail, de l’engagement et de la transmission les fils conducteurs d’une vie.

Économiste de formation, passée notamment par l’Université Paris-Panthéon-Assas où elle obtient une maîtrise puis un DEA en économie, option économétrie, elle connaît l’univers bancaire avant de devenir cheffe d’entreprise dans le bâtiment. Elle fera progressivement de la défense des petites et moyennes entreprises l’un de ses principaux combats.

Son nom reste particulièrement associé à la Fédération ivoirienne des PME. Vice-présidente de la FIPME de 2000 à 2010, elle en prend la présidence de 2010 à 2014, devenant, selon la Fédération, la première femme à présider une fédération du secteur privé en Côte d’Ivoire.

Au lendemain de la crise postélectorale, alors que de nombreuses PME sont sinistrées, Marthe Ehui porte leurs préoccupations, réclame des mécanismes de soutien et défend une conviction essentielle pour l’avenir du pays. La petite et moyenne entreprise doit être un véritable moteur de création de richesse et d’emplois.

Son engagement dépasse la représentation patronale. Elle contribue à la création du Réseau ivoirien des femmes entrepreneures, participe à des mécanismes de financement des PME et porte également la voix du secteur privé dans les institutions, notamment dans le domaine de la régulation des marchés publics.

Son parcours est aussi celui d’une femme qui a ouvert des portes à d’autres femmes. Dans un environnement économique longtemps dominé par les hommes, elle s’est imposée par la compétence, le travail et la constance. La République reconnaîtra cette contribution à travers plusieurs distinctions, dont le Prix national d’Excellence en 2013.

Mais les décorations ne racontent jamais entièrement une vie. Marthe Ehui appartenait à cette génération d’Ivoiriens qui croyait profondément dans la capacité du pays à aller toujours plus loin. Une génération qui a connu les grandes espérances du développement, les crises, les déchirures et les reconstructions successives sans renoncer à l’ambition d’une Côte d’Ivoire prospère et fraternelle.

 Son départ rappelle une vérité que les nations oublient parfois. Le développement n’est pas seulement une succession de routes, de ponts, d’immeubles ou d’indicateurs économiques. Il est aussi une transmission entre générations.

Ceux qui partent nous laissent leurs réalisations, mais aussi ce qu’ils n’ont pas eu le temps d’achever. Aux générations qui viennent revient désormais la responsabilité de poursuivre l’œuvre en construisant une Côte d’Ivoire où l’entrepreneur peut grandir, où la femme peut accéder aux plus hautes responsabilités par son mérite, où la jeunesse peut croire en son avenir et où le progrès économique demeure inséparable de la cohésion nationale.

C’est peut-être ainsi que l’on rend le plus bel hommage à ceux qui disparaissent. Non pas seulement en pleurant leur absence, mais en faisant vivre ce qu’ils ont semé.

Au revoir, grande sœur Marthe Ehui. Une pionnière passe le témoin. Son parcours appartient désormais à la mémoire économique de la Côte d’Ivoire.

Je me remémore toutes les réunions en sa présence et cette personne dont tous respectaient la résilience.

Une génération s’efface. L’œuvre demeure. Et le devoir de transmission commence.

 Dr Tete Samuel Mathey

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