DETTE PUBLIQUE :LA CÔTE D’IVOIRE PEUT-ELLE CONTINUER À INVESTIR SANS FRAGILISER SES FINANCES ?
La Côte d'Ivoire , ces dernières années, c'est une vérité de Lapalisse , a recours à la dette pour financer son developpement.

La Côte d’Ivoire veut maintenir un rythme élevé d’investissements tout en préservant la soutenabilité de sa dette. Les projections du PND 2026-2030 se veulent rassurantes, avec un ratio d’endettement appelé à diminuer progressivement. Mais derrière ce pourcentage se cache une question plus déterminante. Combien coûte réellement la dette et les investissements financés aujourd’hui produiront-ils suffisamment de richesse demain ? La dette publique accompagne depuis plusieurs années la stratégie de développement de la Côte d’Ivoire. Routes, ponts, échangeurs, énergie, eau, santé, éducation et infrastructures économiques nécessitent des ressources considérables. Dans une économie en transformation rapide, le recours à l’emprunt n’est donc pas exceptionnel. La question essentielle reste celle de sa maîtrise. Les projections associées au Plan national de développement 2026-2030 anticipent un taux d’endettement passant d’environ 57 % du PIB en 2025 à 54,8 % en 2030. Sur le papier, cette trajectoire resterait en dessous du plafond communautaire de 70 %.Mais considérer uniquement ce ratio serait insuffisant.
Le niveau de la dette ne dit pas tout
Deux pays affichant le même ratio d’endettement peuvent se trouver dans des situations radicalement différentes. Tout dépend du coût des emprunts, de leur durée, des devises utilisées, des échéances de remboursement et surtout de la capacité de l’économie à générer des recettes. Une dette peut rester soutenable lorsqu’elle finance des infrastructures capables d’améliorer durablement la productivité du pays. Elle devient plus préoccupante lorsque son service absorbe une part croissante des ressources publiques au détriment des dépenses sociales et des investissements. La véritable question n’est donc pas seulement de savoir combien la Côte d’Ivoire doit, mais combien elle paie chaque année pour cette dette et ce qu’elle obtient économiquement en contrepartie.
Le coût du financement devient stratégique
La Côte d’Ivoire mobilise des ressources sur le marché régional, auprès des institutions financières internationales et sur les marchés internationaux. Cette diversification permet de financer d’importants programmes, mais elle expose également le pays aux évolutions des taux d’intérêt et, pour certaines émissions, aux risques liés aux devises. Plus les conditions financières internationales se durcissent, plus le refinancement peut devenir coûteux. Une stratégie efficace doit donc arbitrer constamment entre maturité, taux d’intérêt, monnaie d’endettement et calendrier des remboursements. La qualité de la signature souveraine ivoirienne devient ainsi un actif économique majeur. Plus les investisseurs ont confiance dans la stabilité du pays et la solidité de ses finances, meilleures peuvent être ses conditions de financement.
Le PND change l’échelle du défi
Le PND 2026-2030 prévoit 114 838,5 milliards de FCFA d’investissements. Même si plus de 70 % de cet effort doit provenir du secteur privé, la contribution publique restera considérable. L’État devra continuer à financer les infrastructures, accompagner les grands projets et investir dans les services publics tout en préservant ses équilibres budgétaires. L’enjeu sera d’éviter que l’accélération des investissements ne conduise mécaniquement à une accélération incontrôlée de l’endettement. Chaque nouveau financement devrait répondre à une exigence simple. Quelle richesse supplémentaire cet investissement permettra-t-il de créer ?
Emprunter pour produire davantage
Toutes les dettes ne se valent pas. Emprunter pour construire une infrastructure productive capable de réduire les coûts logistiques, faciliter les exportations ou alimenter une zone industrielle peut renforcer la capacité future de remboursement du pays. Une route reliant un bassin agricole à un port peut augmenter les échanges. Une centrale électrique peut soutenir l’industrie. Un réseau numérique performant peut favoriser de nouvelles entreprises. Une infrastructure d’eau ou de santé peut améliorer durablement le capital humain. La dette devient alors un instrument de développement. Mais cette logique suppose que les projets soient bien sélectionnés, réalisés à des coûts maîtrisés et exploités efficacement. La rentabilité économique de l’investissement public doit devenir aussi importante que son inauguration.
Le véritable enjeu reste celui des recettes publiques
La soutenabilité de la dette dépend aussi de la capacité de l’État à mobiliser davantage de ressources sans étouffer l’économie. Une croissance forte doit progressivement élargir l’assiette fiscale. La formalisation des entreprises, la digitalisation de l’administration, la lutte contre la fraude et l’élargissement du tissu productif peuvent permettre d’accroître les recettes sans faire peser l’effort sur les mêmes contribuables. L’équation reste délicate. Il faut financer davantage d’écoles, d’hôpitaux, de routes et de services publics tout en maintenant une fiscalité suffisamment attractive pour favoriser l’investissement privé. Une économie qui croît mais dont les recettes publiques progressent insuffisamment conserve une fragilité structurelle.
La croissance devra rester au rendez-vous
La Côte d’Ivoire dispose d’un avantage important. Son économie continue d’afficher des perspectives de croissance élevées. Si le PIB augmente durablement plus vite que l’endettement et si les recettes publiques progressent, le poids relatif de la dette peut diminuer même lorsque son montant nominal continue d’augmenter. C’est précisément la logique de la trajectoire envisagée jusqu’en 2030.Mais cette équation dépend d’une condition essentielle. La croissance projetée doit effectivement se réaliser. Un ralentissement prolongé, une baisse importante des recettes d’exportation, un choc international ou une hausse du coût du financement modifierait nécessairement les équilibres.
La transparence sera déterminante
Dans un contexte de grands investissements, la transparence sur l’utilisation des ressources devient essentielle. Les citoyens doivent pouvoir comprendre ce qui est emprunté, à quelles conditions et pour financer quels projets. Il ne s’agit pas seulement d’une exigence démocratique. C’est aussi une question d’efficacité économique. Plus la sélection des projets est rigoureuse, plus les marchés sont compétitifs et plus l’exécution budgétaire est contrôlée, plus chaque franc emprunté peut produire de valeur. La meilleure politique de dette reste finalement celle qui transforme l’emprunt d’aujourd’hui en richesse de demain.
Investir sans hypothéquer l’avenir
La Côte d’Ivoire n’est donc pas confrontée à une alternative entre investir et ne pas s’endetter. Le véritable choix porte sur la qualité de l’endettement. Un pays en développement a besoin d’infrastructures. Attendre de disposer de toutes les ressources avant de construire reviendrait souvent à retarder sa transformation. Mais emprunter impose une responsabilité envers les générations qui rembourseront demain. Le défi des prochaines années sera donc moins de rester simplement sous un seuil statistique que de démontrer que chaque dette contractée contribue à rendre l’économie plus productive, l’État plus solide et la société plus prospère. Car en matière de finances publiques, la question décisive n’est jamais seulement de savoir combien un pays emprunte. Elle est de savoir ce qu’il construit avec l’argent emprunté et ce qu’il laissera à ceux qui devront le rembourser.
Fatim M. Kouyaté
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