Économie

Côte d’Ivoire : le défi n’est plus d’annoncer les investissements mais de les transformer en emplois

La Côte d'Ivoire doit mettre un point d'honneur à créer des emplois pérennes.

Par admin3 min de lecture
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Les investissements seuls ne suffisent plus
Les investissements seuls ne suffisent plus

La Côte d’Ivoire poursuit sa stratégie de consolidation économique dans un environnement où l’accès au financement, la mobilisation de l’épargne nationale et la concrétisation des investissements deviennent déterminants. Entre politique monétaire de la BCEAO, ambitions du CEPICI et renforcement des capacités de la CDC-CI, une même question s’impose désormais. Comment transformer les ressources financières et les intentions d’investissement en entreprises, en production et surtout en emplois ?

Le maintien du principal taux directeur de la BCEAO à 3 % constitue un élément important de cet environnement. La politique monétaire doit maintenir un équilibre délicat entre maîtrise des prix, stabilité financière et financement de l’activité économique. Mais pour les entreprises ivoiriennes, notamment les PME, l’enjeu concret demeure le coût réel du crédit bancaire et les conditions d’accès aux financements.

C’est précisément là que se situe l’un des défis de l’économie ivoirienne. Une croissance soutenue ne suffit pas lorsqu’une partie des entrepreneurs peine encore à financer ses équipements, son fonds de roulement ou son développement. Entre le taux directeur fixé au niveau régional et le taux effectivement proposé à une petite entreprise, plusieurs facteurs interviennent. Garanties exigées, appréciation du risque, coût de fonctionnement des banques et qualité des dossiers peuvent considérablement modifier les conditions finales du crédit.

Dans le même temps, le CEPICI affiche l’ambition de mieux convertir les investissements annoncés en investissements effectivement réalisés. La distinction est essentielle. Une intention enregistrée ou un projet agréé ne produit ni usine, ni salaire, ni recette fiscale tant que les capitaux ne sont pas effectivement engagés et que l’activité n’a pas commencé. La performance doit donc progressivement être évaluée non seulement au volume des annonces, mais au taux de réalisation des projets, au nombre d’entreprises créées, à leur pérennité et aux emplois durables générés.

Le renforcement du rôle de la CDC-CI participe de la même réflexion. En élargissant le périmètre des ressources susceptibles d’être mobilisées, les pouvoirs publics cherchent à accroître les capacités nationales de financement à long terme. Cette orientation peut devenir stratégique si l’épargne mobilisée accompagne davantage les infrastructures, le logement, les PME, l’industrie, l’agriculture, la transformation locale et les secteurs capables de créer massivement de la valeur.

L’enjeu est d’autant plus important que la Côte d’Ivoire veut poursuivre son industrialisation. Exporter des matières premières tout en important une partie importante des produits transformés limite les retombées nationales de la croissance. Transformer davantage le cacao, l’anacarde, le caoutchouc, les produits agricoles et les ressources minières sur le territoire permettrait de conserver une part supérieure de la valeur ajoutée et de développer de nouveaux métiers.

 

Le financement public doit toutefois rester accompagné d’une exigence de rigueur. Mobiliser davantage de ressources n’a de sens que si celles-ci financent des projets économiquement viables, évalués avec transparence et capables de produire des résultats mesurables. Chaque franc mobilisé aujourd’hui engage, directement ou indirectement, les capacités économiques de demain.

La Côte d’Ivoire dispose d’atouts considérables. Elle bénéficie d’infrastructures importantes, d’un secteur privé dynamique, d’une position géographique stratégique et d’un marché connecté à l’espace ouest-africain. Mais la prochaine étape sera moins celle des grands chiffres annoncés que celle de leur traduction dans la vie quotidienne.

Car la véritable mesure d’une économie performante ne se trouve pas seulement dans le montant des investissements enregistrés. Elle se trouve aussi dans les usines qui ouvrent, les PME qui grandissent, les producteurs qui transforment leurs produits, les jeunes qui trouvent un emploi et les familles dont le pouvoir d’achat progresse. C’est désormais sur ce terrain que devra se mesurer la réussite économique ivoirienne.

 Ferdinand Yao

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