Économie

Côte d’Ivoire : Après les grands chantiers, le défi d’une nouvelle puissance économique

La Côte d'Ivoire veut devenir , à l'horizon 2030, une grande puissance économique.

Par admin3 min de lecture
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La Côte d'Ivoire va de l'avant
La Côte d'Ivoire va de l'avant

La Côte d’Ivoire pourrait être à l’entrée d’une nouvelle séquence économique. Après plusieurs années marquées par les grands investissements publics, les infrastructures et le rétablissement des équilibres macroéconomiques, le pays doit désormais réussir une transition plus complexe. Il lui faut préserver sa stabilité financière tout en trouvant les ressources nécessaires pour industrialiser davantage son économie, créer massivement des emplois et faire bénéficier plus directement les populations de la croissance.

L’arrivée à son terme du programme économique et financier 2023-2026 avec le Fonds monétaire international constitue un moment charnière. Les efforts engagés ont contribué à renforcer les équilibres budgétaires et la crédibilité financière du pays. Mais réussir un programme économique n’est pas une finalité. La véritable épreuve consiste à transformer cette stabilité en investissements productifs, en entreprises compétitives, en emplois durables et en amélioration du pouvoir d’achat.

Pendant plus d’une décennie, routes, ponts, échangeurs, centrales électriques, ports et équipements publics ont accompagné la croissance et profondément modernisé le pays. Le prochain cycle devra cependant aller plus loin. Construire ne suffit plus. Il faut produire davantage en Côte d’Ivoire, transformer localement les matières premières et développer des entreprises nationales capables de conquérir les marchés régionaux et internationaux.

Le cacao, l’anacarde, l’hévéa, le coton, l’or, le pétrole et le gaz constituent une base considérable. Pourtant, la question essentielle demeure celle de la valeur ajoutée. Une économie qui exporte principalement ses ressources brutes reste vulnérable aux fluctuations internationales et crée moins d’emplois qualifiés qu’une économie capable de transformer et commercialiser ses propres productions. La prochaine bataille économique ivoirienne sera donc celle de la transformation locale et de l’industrialisation.

Les nouvelles perspectives énergétiques pourraient accélérer cette évolution. Mais l’enjeu ne sera pas seulement d’augmenter la production pétrolière et gazière. Il faudra déterminer comment cette richesse peut irriguer l’ensemble de l’économie à travers le contenu local, la sous-traitance nationale, la formation des ingénieurs et techniciens ivoiriens, la participation des PME et une utilisation stratégique des revenus générés.

Se pose également la question du financement. L’État ne pourra porter indéfiniment l’essentiel de l’investissement. Mobilisation de l’épargne nationale, développement du marché financier régional, renforcement des instruments de financement et partenariats avec le secteur privé deviennent indispensables. La Côte d’Ivoire devra progressivement passer d’un modèle où l’État construit beaucoup à un modèle où il permet davantage aux entreprises de produire, investir, exporter et embaucher.

Les PME seront au cœur de cette transformation. Elles restent confrontées aux difficultés d’accès au crédit, au coût du financement, aux garanties exigées, aux délais de paiement et au poids de l’informel. Une nouvelle phase économique ne pourra pleinement réussir si la croissance reste concentrée autour de quelques grands groupes. Le pays doit favoriser l’émergence d’entreprises ivoiriennes suffisamment solides pour devenir les champions nationaux et régionaux de demain.

Mais la réussite se mesurera surtout dans la vie quotidienne. Emploi des jeunes, logement, transport, revenus agricoles, accès au financement, prix des produits essentiels et qualité des services publics constituent les indicateurs à travers lesquels les populations jugent réellement l’économie. La question n’est donc plus seulement de savoir combien de points de croissance réalise la Côte d’Ivoire, mais combien d’emplois cette croissance crée et dans quelle mesure elle améliore concrètement les conditions de vie.

Après le temps des grandes infrastructures pourrait ainsi venir celui de la production, de la transformation et de l’entrepreneuriat. Le prochain grand chantier ivoirien n’est peut-être ni un pont ni une autoroute. Il consiste à transformer la puissance économique acquise en puissance industrielle, entrepreneuriale et sociale. C’est à cette condition que la croissance cessera d’être seulement un indicateur pour devenir une réalité ressentie par le plus grand nombre.

 Ferdinand Yao

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