Économie

CACAO IVOIRIEN : LA FUITE DES FÈVES VERS LE GHANA, LE SIGNAL D’ALARME A NE PLUS IGNORER

La Côte d'Ivoire , premier pays producteur au monde de cacao n'arrive pas à offrir des prix satisfaisants aux producteurs. Ces derniers préfèrent écouler leurs stocks vers le Ghana.

Par admin2 min de lecture
Partager
Le cacao ivoirien est en fuite libre vers le Ghana
Le cacao ivoirien est en fuite libre vers le Ghana

La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. Pourtant, cette puissance ne suffit pas à retenir toutes ses fèves lorsque des prix plus attractifs sont proposés au-delà des frontières. Dans l’Indénié-Djuablin, des coopératives alertent sur des sorties de cacao vers le Ghana. Derrière cette situation se pose une question stratégique. Comment conserver la production nationale lorsque le producteur estime pouvoir gagner davantage de l’autre côté de la frontière ?Le cacao constitue l’un des piliers de l’économie ivoirienne et fait vivre des centaines de milliers de familles. Chaque tonne qui échappe au circuit officiel peut affecter la traçabilité, les coopératives, les exportateurs et les recettes de la filière.

 Le prix au cœur du problème

 Les mouvements transfrontaliers de cacao ne sont pas nouveaux. Ils sont notamment influencés par les écarts de prix, les taux de change et les conditions proposées aux producteurs. Lorsque quelques kilomètres permettent d’espérer une meilleure rémunération, la surveillance des frontières montre rapidement ses limites. L’alerte venue de l’Indénié-Djuablin rappelle ainsi une évidence. La réponse ne peut être uniquement sécuritaire. Elle doit également être économique. Il faut comprendre pourquoi les circuits parallèles deviennent suffisamment attractifs pour justifier les risques encourus.

 Remettre le producteur au centre

 La Côte d’Ivoire a engagé des réformes pour améliorer la rémunération et la protection des producteurs. Mais entre le prix officiellement annoncé et le revenu réellement disponible subsistent les coûts de production, la main-d’œuvre, les intrants, le transport et les difficultés de financement.

 Une question devient alors incontournable. Le producteur ivoirien trouve-t-il suffisamment d’intérêt à vendre son cacao dans le circuit national ? Si la réponse devient incertaine, les contrôles frontaliers ne pourront constituer qu’une réponse partielle.

 Traçabilité et cartes de producteurs

 Dans la Nawa, 12 346 cartes de producteurs restaient à distribuer, selon les informations rapportées par l’AIP. Cette identification participe à la modernisation et à la traçabilité de la filière, devenues essentielles face aux nouvelles exigences des marchés internationaux. Mais la technologie ne remplacera pas la confiance. Identifier le producteur est nécessaire. Lui offrir les conditions économiques lui permettant de rester dans le circuit officiel l’est davantage encore.

 Abidjan et Accra face à une responsabilité commune

 La Côte d’Ivoire et le Ghana pèsent lourd dans l’offre mondiale de cacao. Ils ont donc intérêt à renforcer leur coopération sur les prix, la traçabilité, les échanges d’informations et la surveillance des flux transfrontaliers. La première réponse consiste à rendre le circuit officiel suffisamment attractif pour le producteur. Le deuxième doit cibler les réseaux organisés de sortie clandestine plutôt que de concentrer la pression sur les planteurs. La troisième passe par une coordination plus étroite entre Abidjan et Accra afin de réduire les déséquilibres favorisant les trafics.

 Défendre le cacao, c’est défendre le producteur

 La Côte d’Ivoire ne gagnera pas durablement cette bataille uniquement avec des contrôles aux frontières. Elle la gagnera lorsque vendre son cacao dans le circuit ivoirien sera le choix le plus sûr, le plus simple et le plus avantageux pour le producteur. La fuite des fèves constitue donc un avertissement. Être le premier producteur mondial est une force. Faire en sorte que cette puissance profite d’abord à celui qui plante, entretient et récolte le cacao est désormais l’enjeu essentiel.

 Jean Baptiste Angaman

Dans nos dossiers

Partager

À lire aussi