Économie

ASSEMBLÉES ANNUELLES 2026 : EMPRUNTER POUR QUOI FAIRE ? LE PIÈGE DE LA DETTE SANS TRANSFORMATION

L'Afrique se tourne essentiellement vers l'emprunt pour faire face aux défis de son développement. Dans cette réflexion de haut vol, Zadi Zadi question l'emprunt donc l'endetttement et son impact sur le quotidien des populations .

Par Kader Diomandé4 min de lecture
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Zadi Zadi fait une belle analyse sur la sempiternelle question de l'emprunt
Zadi Zadi fait une belle analyse sur la sempiternelle question de l'emprunt

Du 12 au 18 octobre 2026, à Bangkok, les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale ont remis au cœur des débats une question essentielle pour l’avenir de l’Afrique : celle de la dette et de sa contribution réelle au développement.

 Pour nos pays, l’enjeu n’est pas seulement de savoir combien nous empruntons, mais surtout ce que ces ressources permettent de produire, les emplois qu’elles créent et les capacités qu’elles laissent aux générations futures.

 Pourquoi empruntons-nous ?

 Nous empruntons parfois pour payer le passé au lieu de préparer l’avenir. Lorsqu’un pays contracte de nouveaux emprunts principalement pour rembourser d’anciennes dettes, sans renforcer sa capacité à créer des richesses, il risque de s’enfermer dans un cercle préoccupant : emprunter pour rembourser, puis emprunter encore.

 La vraie question est donc simple : nos emprunts augmentent-ils durablement nos revenus, nos exportations et notre capacité à rembourser ?

 En tant que fils de la Nawa, je suis particulièrement sensible à la question des routes rurales. Dans la sous-préfecture d’Okrouyo et le département de Buyo, l’amélioration des voies de desserte agricole est essentielle pour faciliter l’évacuation de l’hévéa, du palmier à huile et du cacao, réduire les coûts de transport et améliorer les revenus des producteurs.

 Mais il faut éviter une dette qui finance les urgences sans suffisamment préparer l’avenir.

 Des infrastructures, oui. Mais pour produire quoi ?

 La Côte d’Ivoire mobilise des financements extérieurs pour développer ses infrastructures. Plusieurs projets en donnent une illustration :

 - Route Yabayo–Buyo, dans la Nawa : prêt de 30 milliards de FCFA de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), ratifié en juillet 2026, pour l’aménagement et le bitumage de 60 kilomètres de route, avec des travaux complémentaires.

- Bouaké–Kanawolo, tronçon Bouaké–Kobo : prêt de 30 milliards de FCFA de la BOAD pour 69,5 kilomètres d’autoroute en 2 × 2 voies.

- Route côtière Fresco–Sassandra–San Pedro–Grand-Béréby : prêt de 28,638 milliards de FCFA de la BOAD pour renforcer 180,5 kilomètres de route.

- Projet de transport urbain d’Abidjan (PTUA) : financements de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), notamment pour le quatrième pont d’Abidjan, les voies structurantes et des échangeurs.

 Ces investissements sont nécessaires. Mais une route, un pont ou une zone industrielle ne garantit pas, à lui seul, la création de richesses. Encore faut-il disposer de compétences, d’entreprises dynamiques, d’une énergie fiable et de moyens d’entretien.

 Le premier défi consiste donc à financer les infrastructures sans négliger le capital humain.

 Comment industrialiser notre économie sans former suffisamment d’ouvriers qualifiés, de techniciens et d’ingénieurs ? Comment transformer davantage notre cacao à Grabo ou notre hévéa dans la Nawa sans les compétences et les équipements nécessaires ?

Le béton est indispensable. Mais il ne remplace ni le savoir-faire ni la formation.

 

Emprunter sans transformer : le risque de la dépendance

 

La Côte d’Ivoire dispose d’importantes ressources agricoles. Pourtant, produire des matières premières ne suffit pas : nous devons aussi en transformer davantage sur place pour créer de la valeur ajoutée.

 Du cacao récolté dans les champs de Guiméyo, dans la sous-préfecture d’Okrouyo, au beurre de cacao, à la poudre et au chocolat fini, les différentes étapes de transformation peuvent générer des emplois, développer des compétences et ouvrir de nouveaux débouchés.

 L’enjeu est clair : quelle part de la valeur créée par nos matières premières notre économie parvient-elle à conserver ?

 Pourquoi ne pas mobiliser davantage les financements de développement pour soutenir des unités locales de transformation : petites chocolateries, installations de traitement du caoutchouc ou unités de décorticage et de conditionnement du riz ?

Pourquoi ne pas rapprocher ces investissements des bassins de production, notamment à Liliyo, à Mayo ou à Dobré, lorsque les conditions économiques et logistiques le permettent ?

De tels projets pourraient renforcer les revenus agricoles, créer des emplois pour les jeunes et réduire notre dépendance à certains produits transformés importés. Ils nécessitent toutefois des débouchés commerciaux, une énergie fiable, un approvisionnement régulier et une gestion viable.

 Chaque emprunt doit préparer l’avenir

 La Côte d’Ivoire et les autres pays africains doivent mieux articuler infrastructures, formation et transformation économique.

 Avant de contracter un emprunt important, trois questions devraient guider les décideurs :

 1. Combien d’emplois durables cet investissement peut-il contribuer à créer, notamment pour les jeunes de la Nawa et de l’Indénié-Djuablin ?

2. Quelles compétences et quelles formations permettront de soutenir les activités générées ?

3. Quelle valeur ajoutée supplémentaire notre économie pourra t-elle créer grâce à la transformation locale de ses matières premières ?

Une quatrième question s’impose : les retombées économiques attendues contribueront-elles à entretenir l’infrastructure et à rembourser la dette ?

Nous ne devons pas apprécier la qualité de notre endettement uniquement au montant mobilisé ou à l’ouvrage inauguré, mais aussi aux emplois créés, aux entreprises développées et aux richesses produites.

L’objectif n’est pas de renoncer à l’emprunt. Nos pays ont besoin de financements pour moderniser leur agriculture, développer leurs infrastructures et accélérer leur industrialisation. Il s’agit plutôt de mieux emprunter, de mieux investir et d’exiger des résultats économiques et sociaux concrets.

 Emprunter n’est pas un problème. Emprunter sans transformer est le problème.

 C’est à cette condition que la dette pourra devenir un investissement dans la prospérité des générations futures plutôt qu’une charge supplémentaire à leur transmettre.

Dans la tribune 2/3 qui paraîtra jeudi : « Financer autrement : de la dette subie à l’investissement productif », avec une réflexion sur le rôle de l’ingénierie nationale et l’expérience du BNETD sous l’ère Henri Konan Bédié.

 

Zadi Zadi

Expert des questions de paix, de sécurité et de gouvernance

Conseiller régional de la Nawa – Cadre du PDCI-RDA

zadipatrickzadi@gmail.com

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