Économie

ABOBO ET DALOA : LA FLAMBÉE DU PRIX DU POISSON MET LES FEMMES EN COLÈRE ET INTERPELLE LE GOUVERNEMENT

La hausse du prix du poisson est à la base de la colère des revendeuses de poissons dans les marchés d'Abobo et Daloa.

Par Kader Diomandé3 min de lecture
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Les revendeuses de poissons ne décolèrent pas à Abobo et Daloa
Les revendeuses de poissons ne décolèrent pas à Abobo et Daloa

En trois jours, du 19 au 21 octobre 2026, la contestation contre la hausse du prix du poisson s’est exprimée à Abobo puis à Daloa. Manifestations de commerçantes, intervention des services du Commerce, dégradations signalées dans des chambres froides et médiation préfectorale : cette crise révèle les tensions qui traversent la filière du poisson congelé. Au-delà de la colère des vendeuses, c’est l’efficacité des mécanismes de contrôle des prix et des politiques d’approvisionnement qui se retrouve interrogée.

 Le poisson devient un casse-tête économique pour les commerçantes ivoiriennes. Alors que les pouvoirs publics multiplient les annonces sur la sécurité alimentaire et la lutte contre la vie chère, les vendeuses dénoncent une augmentation de leurs coûts d’approvisionnement qui menace directement leurs activités.

 La contestation s’est manifestée le lundi 19 octobre 2026 à Abobo, dans le district d’Abidjan. Des commerçantes du grand marché, aux environs de la gare, ont exprimé leur colère contre la flambée des prix du poisson congelé. Selon les informations rapportées par la presse, un carton de chinchards serait passé de 20 000 à 35 000 FCFA, soit une hausse de 75 %.

 Le même jour, les services régionaux du ministère du Commerce sont intervenus dans une poissonnerie située à proximité du Lycée moderne d’Abobo. Des manquements relatifs à l’affichage et à la pratique des prix ont été relevés, donnant lieu à une convocation de l’établissement concerné.

Le mardi 20 octobre, la contestation est également signalée à Daloa. Selon des informations publiées par Akwabanews, une centaine de commerçantes se sont rassemblées devant la préfecture pour dénoncer le renchérissement du poisson et ses conséquences sur leurs revenus.

Le mercredi 21 octobre, la tension reste vive dans la capitale du Haut-Sassandra. Une nouvelle mobilisation est rapportée par l’Agence ivoirienne de presse. Des dégradations de chambres froides sont signalées au cours du mouvement.

 Les représentantes des commerçantes sont ensuite reçues par le préfet de région, Yacouba Doumbia, en présence de l’adjoint au maire, Inza Sylla.

 Selon leur présidente, Lago Liliane, le prix d’achat de l’Apolo serait passé de 19 000 à 35 000 FCFA, tandis que celui du Sosso aurait augmenté de 18 000 à 46 000 FCFA. Ces montants, dont les conditionnements et les périodes de comparaison restent à préciser, illustrent les difficultés dénoncées par les vendeuses.

 Le président des exploitants de chambres froides du Haut-Sassandra, Aka Marcel, conteste que les opérateurs locaux soient directement responsables de ces hausses. Il invoque notamment des facteurs liés au marché international.

Face à cette situation, le préfet demande au directeur régional du Commerce, N’cho Beda Jean, d’examiner l’évolution des prix. Il annonce également une nouvelle rencontre avec les représentantes des commerçantes pour le lundi 26 octobre.

 Les vendeuses décident néanmoins de suspendre leurs activités jusqu’à cette date.

 En l’espace de trois jours, la contestation a ainsi mis en lumière les difficultés économiques rencontrées par les revendeuses de poisson dans deux grandes villes ivoiriennes. Ces mobilisations ne démontrent pas, à elles seules, l’existence d’un mouvement national coordonné, mais elles révèlent des préoccupations communes concernant les prix d’approvisionnement.

 

UNE CRISE QUI EXIGE DES EXPLICATIONS, PAS SEULEMENT DES APPELS AU CALME

 

L’intervention des services du Commerce à Abobo et la médiation préfectorale à Daloa montrent que les autorités ont commencé à réagir.

 Mais ces initiatives doivent désormais déboucher sur des conclusions vérifiables concernant la formation des prix, les conditions d’approvisionnement et les pratiques des différents opérateurs.

 Les accusations visant certains grossistes ne peuvent être considérées comme établies sans investigations. Inversement, les difficultés internationales invoquées par les exploitants de chambres froides doivent pouvoir être documentées.

 La crise interpelle également la politique nationale de développement halieutique conduite par le ministère des Ressources animales et halieutiques. La dépendance aux importations expose les commerçants et les consommateurs aux fluctuations des marchés extérieurs.

 Le défi ne consiste donc pas uniquement à apaiser les manifestations, mais à renforcer durablement la production nationale, améliorer la transparence commerciale et garantir une concurrence effective.

 Car derrière la colère des femmes d’Abobo et de Daloa se pose une question essentielle : comment rendre le poisson accessible aux familles ivoiriennes lorsque son prix d’approvisionnement devient insupportable pour celles qui le commercialisent ?

 Ferdinand Yao

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