Économie

1 403 milliards FCFA de marchés publics : derrière les chiffres, la question de l’accès des PME

Les pme ivoiriennes ont besoin de divers appuis stratégiques pour donner davantage le meilleur d'elles mêmes.

Par admin3 min de lecture
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Les pme ivoiriennes jouent un très grand rôle
Les pme ivoiriennes jouent un très grand rôle

La commande publique ivoirienne brasse des sommes considérables. En 2024, 5 510 marchés publics ont été approuvés pour un montant global de 1 403 milliards de FCFA. Un chiffre qui témoigne de l’importance de l’investissement public, mais qui soulève une question essentielle : qui bénéficie réellement des contrats de l’État ivoirien ?

La progression est significative. En 2023, le montant des marchés approuvés s’établissait à environ 1 102 milliards de FCFA. Il a donc augmenté de 27,3 % en une année, alors que le nombre de marchés progressait beaucoup moins rapidement. Cette évolution traduit le poids croissant de la commande publique dans le financement des infrastructures, équipements et services, mais elle renforce également l’exigence de transparence, de concurrence et d’efficacité dans l’utilisation de l’argent public.

Les données disponibles apportent néanmoins d’importantes nuances. Les procédures concurrentielles ont représenté 66,2 % du montant des marchés approuvés en 2024, contre 61,4 % en 2023. Parallèlement, la part des marchés de gré à gré est passée de 14,8 % à 12,7 %. Les chiffres ne permettent donc pas, à eux seuls, de conclure à une généralisation des procédures exceptionnelles.

Le cas des PME est plus révélateur. Elles ont obtenu 4 165 marchés en 2024, contre 3 130 en 2023, tandis que le nombre de PME titulaires est passé de 1 108 à 1 803 entreprises. Pourtant, leur part dans la valeur totale des marchés a reculé de 45,4 % à 34,9 %. Davantage de PME accèdent donc à la commande publique, mais elles captent proportionnellement une part financière moins importante. Ce paradoxe mérite d’être examiné.

Les PME ivoiriennes remportent-elles principalement une multitude de contrats de faible ou moyenne importance pendant que les marchés de plusieurs milliards sont concentrés entre de grands opérateurs ? Quels secteurs absorbent les plus gros contrats ? Quelle part revient effectivement aux entreprises nationales ? Combien d’entreprises remportent régulièrement les marchés les plus importants ? Voilà les questions auxquelles une analyse détaillée des attributions devrait répondre.

 Il serait toutefois hasardeux de parler de concentration abusive ou d’irrégularités sans examiner individuellement les marchés, leurs attributaires, les procédures utilisées, les montants initiaux, les éventuels avenants et l’exécution réelle des contrats. La transparence doit précisément permettre de dépasser les soupçons pour aller vers des données vérifiables.

La dynamique s’est d’ailleurs poursuivie en 2025, avec un volume de marchés approuvés qui aurait atteint 1 897 milliards de FCFA, tandis que la part des PME remontait à 45,3 % et celle du gré à gré reculait à 11,6 %. Ces évolutions montrent que l’accès à la commande publique et la structure des procédures évoluent rapidement.

Avec de tels montants, les marchés publics constituent bien davantage qu’un mécanisme administratif. Ils représentent un puissant levier de politique économique capable de favoriser l’émergence d’entreprises ivoiriennes, la création d’emplois, le développement de compétences nationales et, à terme, la naissance de champions capables de conquérir les marchés de la sous-région.

La véritable exigence est donc celle de la traçabilité. Les citoyens doivent pouvoir savoir combien l’État dépense, quelles entreprises obtiennent les contrats, selon quelles procédures, pour quelles réalisations et avec quels résultats. À mesure que les montants augmentent, cette transparence devient indispensable à la confiance dans la gestion des ressources publiques.

Les 1 403 milliards de FCFA ne doivent donc pas rester un simple chiffre statistique. Ils posent une question fondamentale pour l’économie ivoirienne : qui bénéficie de la commande publique et quelle richesse durable ces milliards créent-ils réellement pour la Côte d’Ivoire ?

 Ferdinand Yao

 

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