Culture

YAYA FOFANA, UNE PLUME ENTRE MÉMOIRE, RÉPUBLIQUE ET AFRIQUE

Yaya Fofana déborde d'inspiration sur divers sujets .Il écrit et partage ses connaissances , réflexions et sentiments à travers des chefs d'œuvres.

Par admin5 min de lecture
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Yaya Fofana est un auteur prolifique
Yaya Fofana est un auteur prolifique

Sept ouvrages, plusieurs registres et une même interrogation sur la société à construire. De la gouvernance à la mémoire politique, du récit personnel au civisme, de la condition féminine au service de la Nation, Yaya Fofana construit progressivement une bibliothèque de réflexion consacrée à la Côte d’Ivoire et aux transformations de l’Afrique contemporaine.

Dans un paysage dominé par l’immédiateté des réseaux sociaux et la succession rapide des controverses, Yaya Fofana fait le choix du temps long. Celui du livre, de la mémoire et de la confrontation des idées. Ses sept ouvrages réunis aujourd’hui dessinent les contours d’une production éditoriale plurielle dans laquelle se croisent politique, gouvernance, citoyenneté, histoire, identité et engagement.

Avec « La Côte d’Ivoire d’abord, Sortir du piège des clans », l’auteur investit directement le terrain politique. Il y défend une conception de la Nation placée au-dessus des appartenances partisanes, des fidélités personnelles et des logiques de clans. L’ouvrage interroge ainsi les mécanismes qui structurent la vie publique et plaide pour le retour de l’intérêt général au centre de l’action politique.

Cette réflexion sur l’État se poursuit avec « Gouverner autrement ». Le propos se déplace ici vers l’exercice du pouvoir et sa finalité. Responsabilité, justice, confiance, efficacité publique et solidité institutionnelle structurent une réflexion sur la relation entre gouvernants et gouvernés. Dans un contexte africain où la demande de résultats s’accompagne d’une exigence croissante de transparence et de proximité, l’auteur pose la question de la confiance comme l’une des conditions essentielles de l’autorité publique.

L’histoire politique ivoirienne constitue un autre territoire de cette production. Avec « Cinq destins au Terminus », Yaya Fofana revisite cinq trajectoires qui ont marqué différentes séquences de la Côte d’Ivoire contemporaine. Félix Houphouët Boigny, Henri Konan Bédié, Robert Guéi, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara deviennent les points d’entrée d’une lecture de plusieurs décennies de construction nationale, de crises, de ruptures et de recompositions.

L’intérêt de cette démarche ne réside pas seulement dans les personnalités évoquées. Derrière les hommes se trouve une question plus vaste, celle de l’héritage politique laissé aux générations suivantes. Le pouvoir passe, les époques changent, mais les décisions prises au sommet de l’État continuent souvent de produire leurs effets longtemps après ceux qui les ont portées.

Avec « Né et grandi à Daloa », le registre change. L’auteur revient vers l’expérience personnelle, le territoire et les racines. Daloa devient le décor d’une trajectoire individuelle, mais aussi le miroir d’une Côte d’Ivoire façonnée par les rencontres, les migrations, l’agriculture, le commerce et le brassage des populations. Le récit personnel rejoint alors une mémoire collective.

Cette dimension humaine se prolonge avec « Femme africaine, lumière du monde ». Au delà de l’hommage, l’ouvrage inscrit la femme africaine dans une réflexion sur la dignité, la transmission et la transformation sociale. L’auteur met en lumière celles qui, dans les familles, l’économie et la société, participent quotidiennement à la construction du continent.

« Mon respect à mon lieutenant, Au service du drapeau » explore un territoire plus singulier encore. En consacrant un ouvrage aux femmes en uniforme, Yaya Fofana porte le regard sur des citoyennes dont l’engagement demeure relativement peu représenté dans la littérature destinée au grand public. Discipline, devoir, courage et service de la République deviennent ici les composantes d’un hommage à celles qui choisissent de servir sous l’uniforme.

Le regard franchit enfin les frontières ivoiriennes avec « Ce que le Rwanda m’a appris sur le citoyen nouveau ». L’expérience rwandaise sert de point de départ à une réflexion sur le civisme, la discipline collective, la mémoire, la reconstruction et la responsabilité individuelle. Il ne s’agit pas de présenter un modèle à reproduire mécaniquement, mais d’observer une expérience africaine et d’en tirer des interrogations susceptibles d’alimenter le débat ivoirien.

À première vue, ces sept ouvrages pourraient apparaître très différents. Pourtant, une cohérence se dégage progressivement. Derrière la politique, l’histoire, Daloa, le Rwanda, les femmes ou les institutions se retrouve une même préoccupation, celle du citoyen et de sa responsabilité dans la construction de la communauté nationale.

Au fond, une interrogation traverse cette œuvre en construction. Quelle société la génération présente entend elle transmettre à celle qui vient ?

Cette question prend une résonance particulière sur un continent où une jeunesse nombreuse revendique davantage de perspectives, où les sociétés se transforment rapidement et où les États doivent simultanément répondre aux exigences de développement, de cohésion nationale et de confiance publique.

Dans cette perspective, la bataille du développement est aussi une bataille des idées, des récits et de la mémoire.

C’est précisément là que le livre retrouve sa fonction. Il oblige à sortir du commentaire instantané. Il conserve les idées lorsque les polémiques disparaissent. Il permet de documenter une époque, de confronter des visions et de transmettre aux générations suivantes les interrogations de celles qui les ont précédées.

À travers ces sept publications, Yaya Fofana semble ainsi constituer progressivement une bibliothèque de réflexion sur la Côte d’Ivoire. Certains titres remontent vers la mémoire, d’autres interrogent l’exercice du pouvoir, plusieurs observent la société et quelques uns ouvrent la réflexion vers le reste du continent.

Cette diversité révèle une ambition éditoriale plus large que la simple succession de publications. Elle consiste à regarder la Côte d’Ivoire sous plusieurs angles, à interroger son histoire politique, à valoriser certaines figures sociales, à examiner les responsabilités du citoyen et à participer au débat sur l’avenir de la République.

Une conviction traverse finalement l’ensemble. Une nation ne se construit pas seulement avec des routes, des ponts, des immeubles ou des indicateurs économiques. Elle se construit également avec une mémoire partagée, des institutions respectées, des citoyens responsables et une capacité collective à penser son avenir.

Dans une époque où l’information se consomme rapidement et où les débats disparaissent parfois aussi vite qu’ils surgissent, Yaya Fofana fait donc un autre pari, celui de laisser des traces.

Sept livres aujourd’hui, plusieurs autres interrogations certainement demain, mais déjà les contours d’une bibliothèque consacrée à la Côte d’Ivoire, à ses mémoires, à ses citoyens et à ses futurs possibles.

La Rédaction

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