« Officier dans la crise ivoirienne » de Charles Nandi ,les leçons d’un soldat pour une Côte d’Ivoire apaisée
La Côte d'Ivoire a vécu de terribles moments , de 2002 à 2011. Charles Nandi Bi essaie de restituer la vérité historique pour que plus jamais cela n'advienne.

À travers son ouvrage Officier dans la crise ivoirienne, Témoignage, le colonel Charles Nandi Bi ne se contente pas de raconter près de vingt années de carrière militaire. Il restitue, depuis l’intérieur des forces armées, une période déterminante de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. Un témoignage qui prend aujourd’hui une dimension particulière de sensibilisation et de prévention, tant les enseignements des crises passées peuvent contribuer à préserver la paix.
La paix ne se protège pas seulement lorsque les armes commencent à parler. Elle se construit bien avant, par des institutions solides, une armée républicaine, le respect des règles démocratiques, la cohésion nationale et la capacité d’une société à reconnaître les signes annonciateurs de ses propres fractures. C’est sous cet angle que mérite également d’être découvert Officier dans la crise ivoirienne, publié chez Edilivre.
De 1996 aux années 2014 à 2016, Charles Nandi Bi entraîne le lecteur dans les casernes, les missions et les périodes de tension qui ont accompagné les grandes secousses politiques et militaires du pays. Le coup d’État de décembre 1999, la transition militaire, les élections de 2000, la crise de 2002, Duékoué, l’Opération Dignité de 2004, l’accord de Ouagadougou, la présidentielle de 2010, la crise postélectorale de 2010 à 2011 puis les défis de la reconstruction jalonnent un récit de plus de 450 pages.
L’intérêt du livre réside dans le regard d’un homme de terrain. Formé à l’École des Forces armées de Bouaké, devenu officier puis commandant de compagnie, Charles Nandi Bi raconte les événements à hauteur de soldat. Il décrit les difficultés du commandement, la peur dans les casernes, les tensions internes, les conséquences des affrontements et les interrogations d’hommes pris dans une succession de crises dépassant parfois leur propre cadre militaire.
C’est précisément ici que le témoignage rejoint la prévention. Une armée peut difficilement rester à l’écart des fractures profondes qui traversent une nation. Lorsque la confiance disparaît, que les institutions sont contestées, que les appartenances prennent le dessus sur l’intérêt général ou que les forces de défense deviennent l’objet de rivalités politiques, c’est l’équilibre de toute la République qui risque d’être fragilisé.
Charles Nandi Bi aborde ainsi des questions sensibles comme l’instrumentalisation des forces armées, les difficultés du commandement, les divisions internes et ce qu’il décrit comme la persistance du tribalisme. Ces analyses portent naturellement le regard personnel d’un acteur des événements et peuvent être confrontées à d’autres témoignages. Mais elles posent une interrogation essentielle qui dépasse les controverses du passé. Comment empêcher que les erreurs et les fractures d’hier ne deviennent les crises de demain ?
Pour les nouvelles générations qui n’ont pas directement vécu les événements de 1999 à 2011, cet ouvrage peut remplir une véritable fonction de transmission. Connaître cette période, c’est comprendre le prix humain, institutionnel, économique et social que peut faire payer une crise politique lorsqu’elle bascule dans la confrontation. La mémoire devient alors un instrument de vigilance citoyenne et un moyen de sensibiliser la jeunesse aux valeurs de paix, de dialogue et de tolérance.
Aux responsables politiques, le livre rappelle l’importance du dialogue et de la responsabilité dans la compétition pour le pouvoir. Aux forces de défense et de sécurité, il rappelle la nécessité de préserver la discipline, la cohésion, le professionnalisme et le caractère républicain de l’institution militaire. Aux citoyens, il montre combien les discours de haine, les divisions identitaires et la banalisation de la violence peuvent progressivement installer un climat dont personne ne maîtrise ensuite les conséquences.
Promouvoir Officier dans la crise ivoirienne revient donc à faire circuler une mémoire susceptible d’alimenter la réflexion nationale sur la paix, la cohésion et la prévention des crises. Le témoignage d’un acteur ne constitue jamais à lui seul toute l’Histoire, mais il peut apporter une pièce importante à sa compréhension. La Côte d’Ivoire a déjà payé un prix considérable à ses divisions. Lire les témoignages de ceux qui ont traversé ces années, les confronter et en transmettre les enseignements, c’est contribuer à faire de la mémoire des crises non pas un carburant pour les rancœurs, mais un rempart contre leur répétition.
Officier dans la crise ivoirienne, Témoignage, de Charles Nandi Bi, publié aux Éditions Edilivre, dépasse ainsi le simple récit militaire. C’est un livre pour comprendre le passé, sensibiliser le présent et contribuer à prévenir les crises de demain.
Alassane Junior F
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