Chroniques

Contrôles routiers : Quand la sécurité ne doit pas devenir une épreuve pour les citoyens

Par Rédaction Le 2253 min de lecture
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Des agents de sécurité sur la route
Des agents de sécurité sur la route

La sécurité routière est une exigence républicaine. Nul ne conteste le rôle fondamental de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale et des polices municipales dans la protection des personnes, la lutte contre la criminalité et le respect du Code de la route. Un État responsable doit contrôler, prévenir et sanctionner lorsque cela est nécessaire.

 

Cependant, une question revient avec insistance dans les conversations des automobilistes, des transporteurs et des usagers de la route : pourquoi un même véhicule doit-il subir trois, voire quatre contrôles sur un seul et même tronçon routier ?

 

Sur certains axes, il n’est pas rare de rencontrer successivement un poste de police, un poste de gendarmerie, puis un contrôle de la police municipale, chacun procédant aux mêmes vérifications administratives. Cette répétition donne le sentiment d’une absence de coordination entre les différents services de sécurité.

 

Or, un contrôle correctement effectué devrait suffire à établir la conformité d’un véhicule et de son conducteur. Lorsque les mêmes documents sont demandés à quelques kilomètres d’intervalle, la sécurité perd en efficacité ce qu’elle gagne en lourdeur administrative.

 

Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte économique difficile. La récente hausse des prix des carburants exerce une pression supplémentaire sur les ménages, les transporteurs et les entreprises. Chaque arrêt prolongé, chaque retard de livraison et chaque coût supplémentaire finit par peser sur l’ensemble de la chaîne économique.

 

Le transport constitue l’un des principaux maillons de la formation des prix. Lorsqu’un transporteur voit ses charges augmenter, il répercute inévitablement ces coûts sur ses prestations. À leur tour, les commerçants ajustent leurs prix, et c’est finalement le consommateur qui supporte la facture. La lutte contre la vie chère ne peut donc ignorer les facteurs qui alourdissent le coût du transport.

 

Par ailleurs, lorsqu’un véhicule présente une irrégularité suffisamment grave pour compromettre la sécurité routière, la logique voudrait qu’il soit immobilisé conformément aux textes en vigueur, selon la nature de l’infraction. À l’inverse, si le véhicule est autorisé à poursuivre sa route après un premier contrôle, la répétition immédiate des mêmes vérifications sur le même axe soulève une interrogation légitime sur leur valeur ajoutée.

 

La crédibilité de l’action publique repose aussi sur sa cohérence. Les citoyens comprennent la nécessité des contrôles lorsqu’ils répondent à un objectif clair de sécurité. Ils les comprennent beaucoup moins lorsqu’ils paraissent redondants ou insuffisamment coordonnés.

 

Il ne s’agit pas d’opposer les forces de sécurité aux citoyens. Bien au contraire. Une meilleure coordination entre la Police nationale, la Gendarmerie nationale et les polices municipales permettrait de maintenir un haut niveau de vigilance tout en réduisant les contrôles répétitifs. Cette rationalisation améliorerait la fluidité de la circulation, renforcerait la confiance des usagers et permettrait aux forces de sécurité de concentrer davantage leurs moyens sur les véritables menaces.

 

Le gouvernement a engagé plusieurs réformes pour moderniser l’administration publique et améliorer le climat des affaires. Dans cette dynamique, une réflexion sur l’organisation des contrôles routiers trouverait toute sa place. L’objectif ne serait pas de réduire la sécurité, mais de la rendre plus intelligente, plus coordonnée et plus efficace.

 

Une administration performante n’est pas celle qui multiplie les contrôles ; c’est celle qui les organise avec méthode, proportionnalité et efficacité.

 

Au moment où la Côte d’Ivoire poursuit son ambition de devenir un hub logistique et économique de premier plan en Afrique de l’Ouest, la fluidité des transports constitue un enjeu stratégique. Réduire les contrôles redondants, renforcer la coordination entre les différents corps de sécurité et lutter contre toute forme de dérive contribuerait non seulement à améliorer le quotidien des citoyens, mais également à renforcer la compétitivité de notre économie.

 

La sécurité est indispensable. La confiance l’est tout autant. Entre les deux, il existe un équilibre que l’État a tout intérêt à préserver, car une route sûre est aussi une route où le citoyen se sent respecté.

 

Ferdinand Yao

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