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SÉNÉGAL :LA MAJORITÉ PASTEF DÉFIE LE GOUVERNEMENT ET BLOQUE LE BUDGET RECTIFICATIF 2026

120 milliards de FCFA à justifier, dette publique sous surveillance, investissements sociaux menacés et train de vie de l’État contesté. Les députés du parti au pouvoir refusent de signer un chèque en blanc à l’exécutif.

Par Kader Diomandé6 min de lecture
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Les députés du Pastef sont vent debout contre le pouvoir
Les députés du Pastef sont vent debout contre le pouvoir

Au Sénégal, la contestation ne vient plus de l’opposition. Elle éclate au cœur même de la majorité présidentielle. Coup de tonnerre à Dakar ! Les députés de PASTEF refusent de cautionner, en l’état, le budget rectificatif 2026 du gouvernement. Au centre du bras de fer, 120 milliards de FCFA exigeant des justifications, une dette publique qui suscite des interrogations, des dépenses de l’État à réduire et des investissements sociaux à préserver. Dans un communiqué au ton ferme, publié le 23 octobre, les parlementaires posent cinq conditions et adressent un avertissement sans détour à l’exécutif. La majorité n’est pas là pour applaudir, encore moins pour signer des chèques en blanc. Cette fronde place le pouvoir sénégalais devant une contradiction politique majeure. Comment gouverner sereinement lorsque ses propres députés contestent les choix budgétaires du gouvernement ? Désormais, au-delà des discours sur la rupture et la bonne gouvernance, c’est la capacité du pouvoir à rendre des comptes qui se retrouve à l’épreuve des faits. À Dakar, la bataille du budget devient celle de la crédibilité du pouvoir.

 

Une majorité qui refuse de signer un chèque en blanc

 

Le désaccord ne porte pas sur la nécessité de réviser le budget national. Les parlementaires reconnaissent les contraintes économiques auxquelles le Sénégal doit faire face. Ils contestent cependant certains arbitrages, les mécanismes de financement proposés et l’insuffisance des informations communiquées à l’Assemblée nationale.

Le bras de fer s’est progressivement installé. Dès le 19 octobre, Ousmane Sonko avait publiquement exprimé son opposition au projet dans sa forme initiale. Le 20 octobre, les discussions en commission avaient laissé entrevoir des possibilités de compromis. Trois jours plus tard, l’absence d’accord conduisait à la décision du groupe parlementaire de ne pas soutenir le texte en l’état.

Cette séquence place le gouvernement devant une difficulté politique majeure. Avec 130 députés sur 165, PASTEF dispose d’une majorité parlementaire déterminante. Son refus compromet, à ce stade, l’adoption du projet sans modifications substantielles.

 

Santé, éducation et infrastructures, les premières lignes rouges

 La première exigence des députés concerne la préservation des investissements publics. Santé, éducation, formation professionnelle, hydraulique, industrie et infrastructures figurent parmi les secteurs dont les crédits doivent, selon eux, être protégés.

Les parlementaires demandent que les économies budgétaires soient recherchées prioritairement dans les dépenses non essentielles de l’État plutôt que dans les programmes directement liés aux besoins des populations.

Cette position soulève une interrogation fondamentale. Comment redresser les finances publiques sans compromettre les investissements nécessaires à la croissance et à l’amélioration des conditions de vie ?

La deuxième ligne rouge concerne le pouvoir d’achat. PASTEF refuse qu’une réduction des subventions énergétiques se traduise par une augmentation des prix du carburant ou de l’électricité. Les députés préconisent une baisse de la fiscalité pétrolière et des coûts de production et d’approvisionnement énergétique.

 Une orientation politiquement sensible, qui devra toutefois être conciliée avec les impératifs de recettes publiques et de réduction du déficit.

 

Les 120 milliards de FCFA qui cristallisent les interrogations

 

L’un des points les plus sensibles concerne les 120 milliards de FCFA associés au Projet autonome de réponse d’urgence contingente, désigné par le sigle CERP.

Les parlementaires exigent la transmission des accords conclus avec la Banque mondiale, ainsi que des explications sur l’origine, l’affectation et l’inscription budgétaire de ces ressources. Ils veulent également connaître les conséquences de ces opérations sur les projets d’investissement dont les crédits ont été reportés.

Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une accusation de détournement. La demande porte sur la traçabilité des financements, la justification des choix opérés et l’information du Parlement. Mais l’enjeu est considérable. Lorsqu’une enveloppe de 120 milliards de FCFA entre dans les discussions budgétaires, les élus veulent pouvoir déterminer précisément les engagements pris, les dépenses couvertes et les projets éventuellement affectés.

 

Dix-neuf structures à supprimer, 55 milliards d’économies attendues

 

Autre dossier particulièrement sensible, la réduction du train de vie de l’État.PASTEF réclame l’accélération du programme de rationalisation du secteur parapublic, qui prévoit notamment la suppression de 19 entités et des économies budgétaires nettes d’au moins 55 milliards de FCFA sur trois ans.

Ces 55 milliards constituent un objectif annoncé dans le programme de rationalisation, et non des économies déjà réalisées. Les députés demandent également une diminution des dépenses de fonctionnement non prioritaires et un renforcement du contrôle des fonds spéciaux.

Cette dernière exigence touche directement à la gouvernance des ressources publiques. Si certains fonds peuvent répondre à des impératifs particuliers de fonctionnement de l’État, leur nature ne saurait, selon la majorité parlementaire, les soustraire à des mécanismes appropriés de traçabilité et de contrôle. La question est désormais de savoir quelles économies peuvent effectivement être réalisées, selon quel calendrier et avec quels résultats vérifiables.

 

Dette publique, audits et déficits, l’exigence de vérité budgétaire

 

Le cinquième point de désaccord concerne la sincérité des prévisions financières pour 2026 et 2027.

Les députés demandent des explications sur les déficits projetés, les ajustements comptables, l’exécution réelle des dépenses et les investissements financés par des ressources extérieures.

Ils réclament également la communication des rapports d’audit de l’Inspection générale des finances sur la dette non financière et de Forvis Mazars, ainsi qu’une présentation détaillée des engagements financiers de l’État.

Derrière ces demandes apparaît une préoccupation majeure. Le Sénégal doit pouvoir démontrer que ses prévisions reposent sur des données cohérentes et que sa trajectoire d’endettement demeure soutenable.

La transparence budgétaire devient ainsi un enjeu de crédibilité, tant devant les citoyens que devant les partenaires financiers.

 

Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye face à une épreuve institutionnelle

 

Au-delà des chiffres, cette confrontation met en lumière les rapports entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire.

Sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, le gouvernement doit désormais convaincre les députés d’un parti qui constitue pourtant le principal socle politique de la majorité.

La position défendue par les parlementaires de PASTEF peut être interprétée comme une volonté d’affirmer l’autonomie de l’Assemblée nationale dans le contrôle des finances publiques. Elle révèle aussi des divergences suffisamment importantes pour compliquer l’adoption d’un texte budgétaire essentiel.

Il serait toutefois prématuré d’y voir une rupture politique définitive. Les députés ont explicitement maintenu leur disponibilité au dialogue, tandis que le gouvernement conserve la possibilité de présenter des justifications et des ajustements.

Le refus exprimé par le groupe parlementaire ne signifie pas non plus que le budget rectificatif est définitivement enterré. L’examen en séance plénière constitue la prochaine étape décisive.

 

Une bataille budgétaire qui dépasse les frontières du Sénégal

 

Cette confrontation pose une question qui concerne de nombreux États africains. Jusqu’où une majorité parlementaire peut-elle accompagner son gouvernement sans renoncer à son devoir de contrôle ?

Les députés sénégalais mettent en avant cinq principes fondamentaux, la protection des investissements sociaux, la défense du pouvoir d’achat, la justification des financements, la réduction des dépenses publiques non prioritaires et la transparence de la dette.

Reste à savoir si ces exigences déboucheront sur des modifications concrètes du budget ou sur un compromis essentiellement politique.

 Car le véritable test ne résidera pas seulement dans la capacité du gouvernement à obtenir un vote favorable. Il portera sur la qualité des réponses apportées aux préoccupations soulevées et sur leur traduction dans les documents budgétaires.

Au Sénégal, la majorité parlementaire vient de rappeler qu’une victoire électorale ne dispense pas un gouvernement de rendre des comptes. Le prochain arbitrage dira si cette exigence de transparence peut devenir une pratique durable de gouvernance ou si elle restera un épisode de tension entre institutions.

Pour les Sénégalais, l’enjeu dépasse les rivalités politiques. Il concerne l’utilisation de l’argent public, le coût de la vie et les investissements dont dépend l’avenir du pays.

 Suzanne G

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