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PUBLICITÉ ANARCHIQUE À ABIDJAN : L’ÉTAT VEUT REPRENDRE LE CONTRÔLE DE L’ESPACE URBAIN

La pollution visuelle à cause des panneaux publicitaires anarchiques commence à inquiéter, sérieusement , décideurs et populations.

Par admin3 min de lecture
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Les panneaux publicitaires doivent être regulés par la loi
Les panneaux publicitaires doivent être regulés par la loi

À Abidjan, la publicité extérieure est devenue une composante incontournable du paysage urbain. Panneaux géants, enseignes, affichages sur façades et dispositifs installés sur les toitures accompagnent l’expansion économique de la métropole. Mais cette croissance s’est également traduite par une prolifération de supports irréguliers. Face à cette situation, les autorités ont décidé de renforcer l’assainissement du secteur en demandant le retrait des dispositifs installés sans autorisation. Une opération qui dépasse largement la simple question esthétique et pose celle de la maîtrise de l’espace public dans une capitale économique en pleine transformation.

La multiplication incontrôlée des panneaux peut dégrader le paysage urbain, encombrer certains axes et poser des problèmes de sécurité lorsqu’ils sont implantés sans respect des normes techniques. Dans une métropole qui construit de nouveaux ponts, échangeurs, routes et quartiers modernes, l’organisation de la publicité devient une véritable question d’urbanisme. Moderniser Abidjan tout en laissant proliférer des installations anarchiques créerait une contradiction entre les investissements réalisés et la qualité visuelle recherchée pour la ville.

Derrière les panneaux se trouve pourtant une véritable économie. Régies publicitaires, annonceurs, agences de communication, imprimeurs, propriétaires immobiliers et nombreux prestataires vivent directement ou indirectement de cette activité. Chaque emplacement stratégique possède une valeur commerciale. L’objectif ne devrait donc pas être de combattre la publicité, mais d’organiser son développement afin de protéger les opérateurs respectueux des règles contre une concurrence irrégulière. Un marché assaini peut devenir plus professionnel, plus transparent et économiquement plus performant.

La question des recettes publiques mérite également une attention particulière. L’occupation commerciale de l’espace urbain doit pouvoir générer des ressources correctement identifiées et collectées. Lorsque des supports échappent aux autorisations ou aux mécanismes de taxation, les collectivités et l’État peuvent perdre des recettes qui pourraient contribuer au financement des services urbains. L’assainissement doit donc aller de pair avec une clarification des responsabilités, des autorisations et des mécanismes fiscaux applicables au secteur.

Le véritable défi sera toutefois celui de la durée. Démonter les installations irrégulières constitue une première étape. Empêcher leur réapparition en est une autre. Abidjan a besoin d’un système permanent de contrôle, avec une identification précise des emplacements autorisés, des procédures administratives plus lisibles et une coordination efficace entre l’État, le District autonome, les communes et les professionnels. Sans suivi régulier, les opérations d’assainissement risquent de produire des résultats temporaires.

 La technologie pourrait justement permettre de moderniser cette gouvernance. Une cartographie numérique des emplacements publicitaires, accompagnée d’un système permettant d’identifier chaque dispositif, son propriétaire, son autorisation et sa durée d’exploitation, renforcerait considérablement la transparence. À terme, chaque panneau implanté sur un grand axe devrait pouvoir être identifié et contrôlé rapidement. Cette traçabilité contribuerait également à sécuriser les recettes et à responsabiliser les opérateurs.

La réflexion doit enfin intégrer la publicité numérique. Écrans géants et dispositifs électroniques transforment progressivement le marché de l’affichage. Leur développement offre de nouvelles possibilités commerciales, mais soulève aussi des questions de luminosité, de consommation énergétique, de sécurité routière et d’intégration architecturale. Réguler la publicité aujourd’hui signifie donc anticiper celle de demain.

L’assainissement engagé représente ainsi une occasion de remettre à plat l’organisation du secteur. Il ne s’agit pas de faire disparaître la publicité d’Abidjan, mais de construire un marché mieux réglementé et harmonieusement intégré à la ville. L’espace public appartient d’abord à la collectivité. Il peut produire de la valeur économique sans devenir un territoire livré au désordre. Mettre de l’ordre dans la publicité, c’est aussi participer à la construction d’un Abidjan plus moderne, plus sûr et plus agréable à vivre.

 Fatoumata Sylla

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