MIGRATION DES INFIRMIERS IVOIRIENS VERS LE CANADA : CE QUE L’ON SAIT ET CE QUI RESTE À ÉTABLIR
La possibilité pour des infirmiers ivoiriens d’exercer au Canada relance le débat sur la mobilité des personnels de santé, les conditions de travail et la capacité de la Côte d’Ivoire à fidéliser ses professionnels.

La question centrale est la suivante, des infirmiers ivoiriens intègrent-ils la fonction publique dans le but d’acquérir de l’expérience avant de partir travailler au Canada, et cette mobilité fragilise-t-elle le système de santé ivoirien ?Un fait est établi, le Canada recrute des professionnels de santé formés à l’étranger, sous réserve de conditions liées à la reconnaissance des qualifications, à la langue et aux règles propres à chaque province. En Côte d’Ivoire, une publication attribuée au journaliste Adrien Vabe affirme que certains infirmiers suivraient ce parcours.
L’ampleur de ce phénomène reste toutefois incertaine. Aucun chiffre précis ne permet actuellement d’établir combien d’infirmiers ivoiriens auraient intégré la fonction publique dans l’objectif de partir au Canada, ni combien auraient effectivement quitté le pays. Les données disponibles montrent par ailleurs une progression des effectifs sanitaires en Côte d’Ivoire, sans renseigner directement sur les départs à l’étranger.
L’enjeu est donc double, mesurer la réalité de cette mobilité et déterminer ses conséquences éventuelles sur les établissements de santé, tout en identifiant les moyens de retenir les compétences dans le pays.
Ce que l’on sait de la mobilité vers le Canada
La migration des professionnels de santé vers des pays offrant de meilleures perspectives de carrière constitue un enjeu pour plusieurs États africains, dont la Côte d’Ivoire. Le Canada figure parmi les destinations susceptibles d’intéresser les infirmiers formés à l’étranger, en raison de ses besoins en personnel soignant et de ses possibilités d’emploi.
Le Canada dispose de mécanismes permettant le recrutement de professionnels de santé formés à l’étranger. Toutefois, l’obtention d’un emploi comme infirmier dépend notamment de la reconnaissance des qualifications, des exigences linguistiques et des règles applicables dans chaque province.
Au Québec, les candidats formés hors du Canada doivent notamment satisfaire aux conditions fixées par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.
Les différences de rémunération entre les deux pays peuvent contribuer à l’attractivité du marché canadien. Elles doivent cependant être appréciées en tenant compte du coût de la vie, de la fiscalité et des conditions d’emploi.
Il serait donc inexact de considérer que tout infirmier ivoirien souhaitant partir bénéficie automatiquement d’un emploi ou d’un salaire déterminé au Canada.
Une affirmation qui reste à documenter
En Côte d’Ivoire, le sujet a récemment été évoqué dans une publication attribuée au journaliste Adrien Vabe, vivant en France. Celui-ci affirme que certains infirmiers intègrent la fonction publique ivoirienne afin d’acquérir de l’expérience professionnelle et de réunir les moyens financiers nécessaires à une installation au Canada.
Cette affirmation soulève des interrogations, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’ampleur du phénomène. Aucun chiffre précis n’est présenté pour établir le nombre d’infirmiers ivoiriens qui emprunteraient ce parcours.
L’affirmation selon laquelle la fonction publique ivoirienne servirait de tremplin vers le Canada ne peut donc être généralisée sans enquête auprès des professionnels concernés et des administrations compétentes.
Des effectifs sanitaires en progression
Les données gouvernementales font état d’une progression des ressources humaines dans le secteur de la santé.
Le ratio d’infirmiers est passé de 2,36 pour 5 000 habitants en 2021 à 3,13 en 2024. La densité globale des médecins, infirmiers et sages-femmes a également progressé pour atteindre 11,55 professionnels pour 10 000 habitants en 2024.
Ces indicateurs traduisent une augmentation des effectifs sanitaires. Ils ne renseignent toutefois pas directement sur le nombre de professionnels ayant quitté le territoire national.
La progression des effectifs ne permet donc pas, à elle seule, de conclure que la migration vers le Canada est inexistante ou sans conséquence. Elle ne permet pas davantage d’établir qu’un départ massif serait en cours.
Les données nécessaires pour mesurer l’impact
Pour évaluer les conséquences de la migration sur les établissements publics, il faudrait disposer de données sur les démissions, les départs à l’étranger, les recrutements et la répartition géographique des personnels.
Il serait également nécessaire de distinguer les infirmiers ayant manifesté une intention de partir de ceux ayant effectivement obtenu une autorisation d’exercice et un emploi au Canada.
La migration des infirmiers ne constitue pas, en elle-même, une preuve de dysfonctionnement du système de santé ivoirien. Les professionnels peuvent choisir de travailler à l’étranger pour différentes raisons, notamment la rémunération, la spécialisation, l’évolution de carrière ou des considérations familiales.
Une évaluation rigoureuse permettrait de déterminer si les départs représentent un phénomène limité ou une difficulté significative pour certaines catégories de personnels ou certaines régions.
Un enjeu de fidélisation des compétences
La question mérite néanmoins une attention particulière. La formation et le recrutement des personnels de santé mobilisent des ressources publiques, tandis que leur disponibilité demeure essentielle au fonctionnement des établissements sanitaires.
La mobilité internationale des infirmiers pose ainsi une question de politique sanitaire, comment maintenir des effectifs suffisants tout en respectant la liberté des professionnels de poursuivre leur carrière à l’étranger ?
L’amélioration des conditions de travail, les possibilités de formation continue et les perspectives d’évolution professionnelle font partie des facteurs à examiner pour renforcer l’attractivité des carrières hospitalières en Côte d’Ivoire.
Mais avant d’envisager des réponses spécifiques à la migration vers le Canada, il reste indispensable d’en établir précisément l’ampleur et les effets sur le système de santé.
Le débat ne peut donc se limiter à l’idée que la Côte d’Ivoire formerait des infirmiers pour le Canada. Les faits disponibles attestent de possibilités de mobilité professionnelle et d’une progression des effectifs sanitaires ivoiriens. Ils ne permettent pas encore de conclure à un départ massif des infirmiers de la fonction publique vers le Canada.
Noura Abiba F.
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