Gendarmerie nationale, quand l’exemplarité devient une exigence de République
La gendarmerie est un corps d'élite qui doit continuer à mériter la confiance.

Porter l’uniforme de la Gendarmerie nationale ne signifie pas seulement exercer une fonction de sécurité. C’est accepter une responsabilité particulière devant la République, celle de représenter l’autorité de l’État tout en demeurant soumis à la loi que l’on est chargé de faire respecter. À l’heure où les questions de gouvernance, de probité et de lutte contre la corruption occupent une place croissante dans le débat public, l’exemplarité des forces de défense et de sécurité apparaît plus que jamais comme une condition essentielle de la confiance entre les citoyens et les institutions. Cette exigence a été fortement rappelée lors de la cérémonie de baptême et de prestation de serment organisée le 9 juillet 2025 à l’École de gendarmerie d’Abidjan.
Une promotion placée sous le signe de la loyauté
La 49e promotion du cours d’application des officiers de la Gendarmerie nationale a été baptisée « Loyauté » Un choix qui dépasse largement la portée symbolique d’un nom de promotion. Parrain de cette promotion, le ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani avait insisté devant les nouveaux officiers sur les valeurs de discipline, de courage, de loyauté, de droiture et de probité qui doivent accompagner l’exercice de leur métier. Cette conception du service public pose une exigence fondamentale. Le gendarme n’est pas uniquement celui qui fait respecter la loi. Il doit également être celui dont le comportement renforce la légitimité de cette loi aux yeux du citoyen. L’autorité de l’uniforme impressionne. L’exemplarité de celui qui le porte inspire confiance.
Servir la République avant de servir des intérêts
Le serment prêté par un gendarme crée une responsabilité qui dépasse sa personne. Lorsqu’il intervient sur une route, dans une brigade, lors d’une enquête ou dans le cadre du maintien de l’ordre, il agit au nom de l’État. Son comportement engage donc, dans une certaine mesure, l’image de l’institution qu’il représente. C’est pourquoi les principes d’intégrité et de probité occupent une place centrale dans la relation entre les forces de sécurité et la population. Le citoyen doit pouvoir rencontrer un gendarme sans craindre l’arbitraire, le favoritisme ou une quelconque transaction contraire aux règles. Inversement, le gendarme doit pouvoir exercer son autorité sans pression et avec la protection que lui confèrent les institutions. L’État de droit repose précisément sur cet équilibre.
La corruption, une menace qui dépasse la question financière
La corruption ne se résume pas à la circulation d’argent. Elle commence chaque fois qu’une fonction publique est détournée au profit d’un intérêt particulier. Dans les métiers liés à la sécurité et à la justice, ses conséquences peuvent être particulièrement graves. Elle fragilise la confiance du citoyen, affaiblit l’autorité de l’État et peut créer un sentiment d’inégalité devant la loi. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de sanctionner les comportements fautifs lorsqu’ils sont établis. Il faut également construire une culture institutionnelle suffisamment forte pour les prévenir. Formation, contrôle interne, responsabilité hiérarchique, mécanismes disciplinaires et sensibilisation permanente doivent participer à cette politique d’exemplarité. La corruption coûte de l’argent à la société. Mais ce qu’elle détruit surtout, c’est la confiance.
Une nouvelle génération face à de nouveaux défis
Les gendarmes ivoiriens évoluent aujourd’hui dans un environnement sécuritaire profondément différent de celui des générations précédentes. Terrorisme, cybercriminalité, grand banditisme, trafics illicites, orpaillage clandestin et nouvelles formes de criminalité imposent une adaptation permanente des méthodes et des compétences. Lors de la sortie de la promotion « Loyauté », les autorités avaient précisément insisté sur la nécessité de préparer les nouveaux éléments à ces mutations. La technicité devient indispensable. Mais elle ne saurait suffire. Plus les moyens d’investigation et d’intervention deviennent puissants, plus les exigences déontologiques doivent être élevées. Une force publique moderne doit être forte face au crime et irréprochable face au citoyen.
L’exemplarité ne peut pas être un simple slogan
La confiance dans une institution ne se décrète pas. Elle se construit dans les interactions quotidiennes entre ses agents et la population. Un contrôle routier effectué dans le respect du citoyen, une plainte correctement reçue, une enquête menée avec impartialité ou le refus d’un avantage indu peuvent sembler être des actes ordinaires. Ils constituent pourtant la République dans ce qu’elle a de plus concret. À l’inverse, le comportement répréhensible d’un seul agent peut porter atteinte à l’image de milliers d’autres professionnels qui accomplissent quotidiennement leur mission avec intégrité. Il faut donc éviter deux écueils. Le premier consiste à protéger un comportement fautif au nom de l’institution. Le second consiste à condamner toute une institution en raison du comportement individuel d’un de ses membres. Dans un État de droit, les responsabilités doivent rester individuelles et les procédures doivent établir les faits.
La sanction protège aussi l’institution
Lorsqu’une faute est démontrée, la sanction ne doit pas être considérée comme une attaque contre le corps auquel appartient l’agent. Elle peut, au contraire, contribuer à protéger son honneur. Une institution qui sait identifier ses dysfonctionnements, enquêter et prendre les mesures appropriées renforce sa crédibilité. Le principe est simple. L’uniforme ne doit jamais protéger la faute. La sanction de la faute doit protéger l’honneur de l’uniforme. Cette logique est essentielle pour les gendarmes eux-mêmes, notamment ceux qui accomplissent leurs missions dans des conditions parfois difficiles et dont le professionnalisme ne doit pas être éclipsé par les comportements isolés de certains agents.
Le citoyen a lui aussi une responsabilité
La lutte contre la corruption ne concerne cependant pas uniquement les agents publics. Le citoyen qui propose de l’argent pour éviter une procédure, obtenir une faveur ou contourner une règle participe lui aussi à l’installation du phénomène qu’il peut ensuite dénoncer. Construire une administration intègre exige donc une responsabilité partagée. L’agent public doit refuser la corruption. Le citoyen doit cesser de la proposer. L’institution doit contrôler. Et lorsque des faits sont établis, la justice et les mécanismes disciplinaires doivent pouvoir agir. Cette chaîne de responsabilité est indispensable à la construction d’une véritable culture de la probité.
L’uniforme comme symbole de confiance
La Gendarmerie nationale occupe une place particulière dans l’architecture sécuritaire ivoirienne. Ses hommes et ses femmes sont présents sur le terrain, parfois dans des zones éloignées, et constituent pour de nombreuses populations l’un des visages les plus visibles de l’État. Cette proximité crée une responsabilité supplémentaire. Chaque gendarme peut, par son comportement, renforcer ou fragiliser la confiance dans la puissance publique . L’exemplarité ne doit donc pas être considérée comme une qualité supplémentaire réservée aux meilleurs éléments. Elle appartient au cœur même de la mission. Servir la République, c’est disposer de l’autorité nécessaire pour faire respecter la loi. Mais c’est aussi avoir suffisamment de probité pour accepter que cette même loi s’applique à soi. Dans une Côte d’Ivoire qui poursuit la modernisation de ses institutions, cette exigence sera déterminante. Car une République ne devient pas plus forte uniquement lorsqu’elle dispose de davantage d’hommes en uniforme. Elle devient plus forte lorsque le citoyen peut regarder cet uniforme et y reconnaître la loi, la protection, l’intégrité et la justice.
Ambroise Konan Y
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