Société

ÉCOLE IVOIRIENNE : LE PASEC 2024 RÉVÈLE DES PROGRÈS, MAIS AUSSI DE PROFONDES LACUNES

L’école progresse-t-elle vraiment ? Les enseignants sont-ils à la hauteur ? Qui est responsable des résultats ? Le PASEC 2024 met le système éducatif ivoirien face à ses défis.

Par Kader Diomandé3 min de lecture
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Des écoliers en plein cours dans une classe
Des écoliers en plein cours dans une classe

Près de huit élèves ivoiriens sur dix terminent le primaire sans atteindre le seuil minimum en mathématiques. Derrière les taux de réussite et les réformes annoncées, le PASEC 2024 met en lumière une réalité préoccupante : l’école progresse, mais trop d’enfants ne maîtrisent toujours pas les apprentissages fondamentaux. Une situation qui interroge la qualité de l’enseignement et la responsabilité de l’État.

 Des examens réussis, mais des compétences insuffisantes

 Selon les données nationales rapportées, la proportion d’élèves atteignant le seuil minimum de compétences en fin de primaire est passée de 40 % à 46 % en lecture et de 17 % à 23 % en mathématiques entre les deux évaluations. Ces progrès sont réels. Mais leur portée doit être relativisée : 54 % des élèves restent sous le seuil minimum en lecture et 77 % en mathématiques.

Le contraste interroge. Alors que les taux de réussite aux examens nationaux progressent, une proportion importante d’élèves continue de rencontrer des difficultés dans les apprentissages fondamentaux.

Certes, les examens nationaux et le PASEC ne mesurent pas exactement les mêmes compétences. Mais une question demeure : à quoi sert de multiplier les admissions si les connaissances essentielles ne sont pas suffisamment maîtrisées ? L’enjeu n’est plus seulement de scolariser les enfants, mais de garantir la qualité de ce qu’ils apprennent.

 Enseignants : le maillon faible du système ?

 La question du niveau des enseignants mérite également un examen rigoureux. À l’échelle des seize pays évalués, les données régionales rapportées indiquent que 43 % des enseignants atteignent le niveau 3 en compréhension de l’écrit, contre 21 % en mathématiques. Ces chiffres ne concernent pas exclusivement la Côte d’Ivoire.

Ils soulèvent néanmoins une interrogation fondamentale : comment améliorer durablement les performances des élèves sans renforcer les compétences de ceux qui les forment ? Mais accuser uniquement les enseignants serait une erreur. Leur efficacité dépend aussi de la qualité de leur formation, des effectifs par classe, des équipements disponibles et de l’encadrement pédagogique. L’enseignant doit être évalué, formé et accompagné, non transformé en bouc émissaire.

 Qui doit répondre des résultats scolaires ?

 La responsabilité est collective, mais elle n’est pas identique pour tous. Les enseignants transmettent les connaissances. Les parents accompagnent leurs enfants. Les responsables d’établissements assurent le suivi pédagogique.

Mais l’État porte la responsabilité première de l’organisation, du financement et de la qualité du système éducatif.

C’est à lui de garantir une formation solide des enseignants, des programmes adaptés, des établissements convenablement équipés et une évaluation transparente des performances. Les progrès statistiques ne doivent pas masquer les inégalités entre écoles urbaines et rurales, établissements favorisés et structures insuffisamment dotées. L’origine sociale ou géographique d’un enfant ne devrait jamais déterminer ses chances de recevoir une éducation de qualité.

 Trois demandes précises au gouvernement

 Face à ces résultats, trois engagements concrets méritent d’être soumis aux autorités ivoiriennes.

 Premièrement, publier sous trois mois un bilan national détaillé du PASEC, précisant les performances par région, par milieu urbain ou rural et par catégorie d’établissement, afin d’identifier les zones prioritaires.

Deuxièmement, engager dès la prochaine rentrée un programme national de formation continue des enseignants, particulièrement en français, en mathématiques et en pédagogie, avec une évaluation annuelle des progrès.

Troisièmement, adopter un plan triennal de redressement des apprentissages, assorti d’un budget identifié, d’objectifs chiffrés en lecture et en mathématiques et d’un rapport public annuel sur les résultats obtenus. Ces mesures permettraient de transformer les constats du PASEC en engagements vérifiables.

 L’urgence d’une école qui forme réellement

 Le PASEC 2024 doit être considéré comme un instrument de diagnostic et d’amélioration, non comme un simple outil de communication institutionnelle. La Côte d’Ivoire a investi dans l’accès à l’éducation. Le défi est désormais de transformer cet accès en compétences réelles. Car une école ne se juge pas seulement au nombre d’élèves qu’elle accueille ou qu’elle fait réussir aux examens, mais à ce qu’ils savent réellement lorsqu’ils la quittent. Le véritable échec ne serait pas de reconnaître les insuffisances du système éducatif. Ce serait de les connaître et de ne pas y remédier.

 Karim Bamba

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