Politique

Yaya Fofana, fidèle au RHDP mais libre de sa parole

Yaya Fofana est un esprit libre et actif au RHDP.A la fois agitateur de conscience mais cadre qui assume pleinement son attachement au RHDP.

Par admin6 min de lecture
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Yaya Fofana , Président du MFA, parti fondateur du RHDP
Yaya Fofana , Président du MFA, parti fondateur du RHDP

Peut-on contribuer pendant des années à construire une famille politique, en défendre l’idéal et, le moment venu, réclamer le droit d’en questionner le fonctionnement ? Le parcours de Yaya Fofana pose aujourd’hui cette question au RHDP. Président du Mouvement des Forces d’Avenir, il revendique son appartenance à la famille houphouëtiste tout en défendant le pluralisme et la liberté de parole. Une position particulière lorsqu’on se souvient qu’il fut lui-même engagé dans la promotion de l’houphouëtisme et la construction du parti unifié.

 

Du MFA aux responsabilités au RHDP

 Le parcours de Yaya Fofana s’est construit dans l’organisation et la communication politiques. Porte-parole du Mouvement des Forces d’Avenir durant plusieurs années, il en a défendu les orientations avant d’exercer différentes responsabilités et d’accéder à sa présidence. Son engagement s’est également déployé au RHDP où il a été membre du Directoire, vice-président de la Commission communication et porte-parole adjoint. À ces fonctions, il a participé à la promotion de l’houphouëtisme et soutenu la construction d’un parti unifié réunissant les différentes sensibilités issues de la famille politique de Félix Houphouët-Boigny. Yaya Fofana ne parle donc pas du RHDP en observateur extérieur. Il en connaît les mécanismes et les équilibres pour avoir participé à son fonctionnement. Bien avant d’en questionner certaines pratiques, il a contribué à défendre l’idée même du rassemblement.

 

Au cœur des crises du MFA

 

Son histoire politique reste également indissociable des crises qui ont traversé le MFA. Yaya Fofana s’est retrouvé au cœur de plusieurs d’entre elles, notamment autour de l’orientation du mouvement et de son maintien dans la famille houphouëtiste. Face aux divergences internes, il a défendu l’ancrage du MFA au RHDP, au prix de confrontations dans sa propre formation. Cette trajectoire donne aujourd’hui une lecture particulière à ses critiques. Hier, il se battait au MFA pour défendre son maintien dans le RHDP. Aujourd’hui, il interpelle le RHDP pour que cette appartenance ne conduise pas à l’effacement du MFA et des sensibilités ayant participé à la construction du rassemblement.

 

De la représentativité à la compétition politique

 

Pendant plusieurs années, Yaya Fofana a posé la question de la représentation du MFA et des différentes composantes historiques dans les instances du RHDP. Progressivement, le débat a dépassé la question des places pour toucher au fonctionnement même du parti : comment organiser la contradiction, faire émerger de nouveaux responsables et permettre une véritable compétition interne ? C’est dans cette continuité que sa candidature de 2025 à la direction du RHDP face à Alassane Ouattara prend sa dimension politique.Yaya Fofana refuse d’y voir une rupture. Pour lui, appartenir au RHDP ne doit pas interdire de discuter ses choix, de questionner ses méthodes ni de proposer une alternative à sa direction.Sa candidature, venant d’un ancien membre du Directoire et porte-parole adjoint du rassemblement, pose alors une question qui dépasse sa personne : une candidature face au dirigeant d’un parti constitue-t-elle nécessairement une défiance ou peut-elle être l’expression normale d’une démocratie interne vivante ? Sa formule de l’époque résume le malaise qu’il entendait dénoncer. « Notre loyauté est considérée comme de la faiblesse. » Il annonce également sa candidature à l’élection présidentielle avant de la retirer, notamment en raison de son opposition au système de parrainage, sans considérer ce retrait comme la fin de son engagement. « Ma mission dépasse une échéance électorale et s’inscrit dans le temps long de l’Histoire. »

 

Le MFA, un statut toujours débattu

 

À cette bataille politique s’ajoute une controverse sur le statut actuel du Mouvement des Forces d’Avenir. Le congrès extraordinaire de Bondoukou de mars 2018 a engagé le MFA dans le processus de construction du RHDP unifié. Sur les conséquences exactes de cette décision, les lectures divergent. Certains responsables considèrent que cette intégration a conduit le MFA à se fondre dans le parti unifié. Yaya Fofana défend une interprétation différente. Selon lui, l’adhésion au processus d’unification ne suffit pas, à elle seule, à démontrer la disparition juridique du mouvement. Il demande que soient produits et examinés les textes, résolutions, décisions statutaires et éventuelles formalités permettant d’établir précisément ce qu’il est advenu du MFA. La prudence s’impose donc. En l’absence, dans le débat public, de l’ensemble des pièces permettant d’établir de manière incontestable la portée juridique des décisions successives, l’article ne peut trancher lui-même la controverse. Il peut en revanche constater qu’elle existe et qu’elle oppose deux lectures de l’histoire récente du mouvement. Pour Yaya Fofana, l’enjeu consiste moins à demander que sa propre affirmation soit tenue pour une vérité juridique qu’à réclamer que la question soit examinée sur la base des documents et des procédures applicables. Le dossier du MFA devient ainsi un cas d’école politique et juridique : quelle différence entre adhésion à un parti unifié, intégration politique, fusion et éventuelle dissolution d’une formation qui y a participé ?Derrière cette controverse se retrouve finalement la même interrogation politique : jusqu’où une formation peut-elle s’intégrer à un rassemblement tout en revendiquant la préservation de son identité propre ?

 

La vraie question, celle de l’après

 

Au-delà du MFA et de sa propre trajectoire, Yaya Fofana pose désormais la question du renouvellement générationnel au RHDP. Comment une grande formation prépare-t-elle l’après ? Par la désignation, la cooptation ou une compétition permettant aux nouvelles ambitions de se confronter démocratiquement ? Pour lui, le renouvellement doit se traduire par l’ouverture, la circulation des responsabilités et la possibilité donnée à une nouvelle génération de proposer, convaincre et se mesurer politiquement. Le débat n’est donc plus seulement de savoir qui dirige aujourd’hui le RHDP, mais comment seront choisis ceux qui le dirigeront demain.

 

Peser autrement

 Dans un paysage dominé par de puissantes machines électorales, Yaya Fofana semble avoir choisi de peser par les idées et la parole politique. Écrivain, professionnel de la logistique et du transport et responsable politique, il intervient également sur la jeunesse, l’emploi, l’initiative privée, l’unité nationale, l’intégration ouest-africaine et la souveraineté économique. Mais dans la séquence actuelle, c’est surtout sur la démocratie interne, la représentativité et le renouvellement générationnel qu’il cherche à installer sa différence.

 

Fidèle, mais libre

 Le parcours pourrait donner l’impression d’un retournement. Il révèle plutôt une évolution. Yaya Fofana a promu l’houphouëtisme, défendu la construction du parti unifié, exercé des responsabilités au RHDP et affronté plusieurs crises au MFA en défendant son maintien dans la famille houphouëtiste. C’est au nom de cette histoire qu’il revendique aujourd’hui davantage de pluralisme et de compétition interne. Hier, l’enjeu était de rassembler. Aujourd’hui, selon lui, il faut faire vivre démocratiquement le rassemblement et préparer sa continuité.

 

Sa formule prend alors une résonance particulière.

 « La Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’héritiers, elle a besoin de continuateurs. » Mais les continuateurs ne se décrètent pas. Ils émergent lorsqu’un système politique leur permet de proposer, de convaincre, de se confronter et, lorsque vient leur heure, d’assumer les responsabilités.

 Il s’est battu hier pour que le MFA demeure dans la famille houphouëtiste. Il se bat aujourd’hui pour qu’y rester ne signifie ni silence, ni effacement, ni immobilisme. Après avoir contribué à construire la maison commune, il revendique le droit d’en ouvrir les fenêtres et de préparer ceux qui, demain, pourraient en prendre les clés.La question n’est donc peut-être plus seulement de savoir jusqu’où Yaya Fofana restera fidèle au RHDP. Elle est désormais de savoir jusqu’où le RHDP acceptera la liberté de parole, la compétition interne et l’ambition de renouvellement de ceux qui ont choisi de lui rester fidèles.

 

Alassane F Junior

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