Politique

TROISIÈME VOIE :NI RUPTURE AVEUGLE, NI FIDÉLITÉ SILENCIEUSE

La troisième voie est une conception républicaine de la responsabilité.

Par admin5 min de lecture
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Yaya Fofana est le président du MFA
Yaya Fofana est le président du MFA

Une République commence à se fragiliser lorsque la fidélité à un homme devient plus importante que la fidélité aux principes, lorsque la contradiction passe pour une trahison et lorsque l’avenir d’une Nation semble devoir se confondre avec le destin de ceux qui la dirigent. Aucun pouvoir n’est éternel, aucune majorité n’est immuable, aucune génération n’est propriétaire de l’histoire. Ce qui doit survivre à tous, c’est la République.

 La Côte d’Ivoire ne saurait enfermer son avenir dans une alternative entre ceux qui approuvent tout au nom de la loyauté et ceux qui rejettent tout au nom de l’opposition. Entre la fidélité silencieuse et la rupture aveugle, il existe une autre exigence, celle d’un engagement libre, responsable et conscient de l’intérêt national. C’est cette conception que j’appelle la troisième voie.

 Elle n’est ni un troisième camp dressé contre les autres ni un refuge pour les indécis. Elle est une éthique de conviction, une méthode de dialogue et une conception républicaine de la responsabilité. Elle permet de reconnaître les acquis sans ignorer les insuffisances, de demeurer fidèle sans renoncer à sa conscience et de préparer l’avenir sans renier l’histoire.

 Aucune formation politique ne détient à elle seule toute la vérité. Aucun désaccord ne devrait suffire à transformer un compatriote en adversaire irréconciliable. Une République se construit dans la confrontation respectueuse des idées, la reconnaissance des différences et la capacité de chacun à distinguer ses préférences partisanes de l’intérêt général.

 Cette conception exige une discipline morale. Elle invite à renoncer à la diabolisation, qui transforme les divergences en inimitiés, au suivisme, qui dispense de réfléchir dès lors que son camp a parlé, et à la tentation de détruire systématiquement ce que d’autres ont construit. Le dialogue n’exclut pas la franchise, pas davantage que la loyauté ne devrait interdire la contradiction.

 La fidélité politique ne saurait ainsi se mesurer au silence de ceux qui l’expriment. Elle prend son sens lorsqu’elle demeure un engagement conscient, capable d’assumer les décisions collectives tout en préservant la liberté de proposition. La contradiction responsable n’affaiblit pas nécessairement une organisation. Elle peut contribuer à éclairer ses choix et à enrichir sa réflexion.

 C’est dans cet esprit que je conçois mon engagement à la tête du Mouvement des Forces d’Avenir. Le MFA, membre fondateur du RHDP, inscrit son parcours dans une histoire de dialogue et de rassemblement. Au-delà de cette appartenance historique, notre réflexion porte sur un principe plus général. Une ambition collective peut accueillir plusieurs sensibilités sans exiger leur effacement. L’unité n’est pas l’uniformité. Elle suppose la confiance, la considération mutuelle et la possibilité pour chacun de contribuer à l’œuvre commune.

 Mais une philosophie politique ne saurait trouver sa justification dans les seuls rapports entre dirigeants et formations partisanes. Sa portée se mesure également à ce qu’elle apporte aux citoyens. Une République doit offrir à sa jeunesse autre chose que l’attente d’une faveur ou la perspective d’une fidélité récompensée. Elle doit ouvrir les chemins du savoir, du travail, de l’entrepreneuriat et de la responsabilité.

 L’égalité républicaine prend tout son sens lorsqu’un jeune peut accéder à une opportunité sur la base de ses compétences, lorsqu’un entrepreneur peut entreprendre sans dépendre d’une protection particulière et lorsqu’un citoyen peut obtenir un service administratif sans avoir à justifier de son appartenance politique. La justice doit inspirer confiance indépendamment des positions sociales. L’administration doit servir chacun avec la même considération. C’est dans ces réalités quotidiennes que les principes institutionnels rencontrent la vie des populations.

 La troisième voie appelle également une réflexion sur notre rapport au temps politique. Chaque génération reçoit un héritage qu’elle a le devoir de comprendre, de préserver et, lorsque cela s’impose, de faire évoluer. Reconnaître les réalisations d’une époque ne signifie pas considérer toute transformation comme une menace. De même, préparer l’avenir ne devrait jamais conduire à effacer la contribution de ceux qui nous ont précédés.

 Il convient, à cet égard, de distinguer l’héritage des dirigeants, la succession des responsabilités et la continuité de l’État. Le premier appartient progressivement à l’histoire. La deuxième relève des règles qui organisent la vie institutionnelle. La troisième constitue une exigence permanente de la République. La transmission ne diminue pas l’œuvre des bâtisseurs. Elle lui permet de s’inscrire dans une histoire qui dépasse leur propre temps.

 Les institutions doivent donc demeurer plus grandes que ceux qui les incarnent. Leur autorité ne saurait dépendre exclusivement d’une personnalité, pas davantage que leur avenir ne devrait être suspendu aux ambitions particulières. Exercer une responsabilité publique, c’est recevoir temporairement la charge d’un patrimoine collectif, avec le devoir de le servir, de le consolider et de le transmettre.

 Notre histoire nationale nous rappelle combien la paix est précieuse et combien sa préservation exige davantage que l’absence de confrontation. Elle suppose la confiance, la justice, le respect des différences et la conviction partagée que nul ne doit être exclu de la communauté nationale en raison de ses opinions.

 Nous devons ainsi faire vivre une culture politique dans laquelle la contradiction n’humilie pas, la victoire n’autorise pas l’arrogance et la défaite ne condamne pas à l’effacement. Une culture dans laquelle les responsabilités publiques ne sont ni des propriétés personnelles ni des privilèges transmissibles, mais des charges exercées au nom de la collectivité.

 La troisième voie ne prétend pas détenir seule les réponses aux défis nationaux. Elle propose une manière de concevoir l’engagement, de faire vivre la liberté de conscience et d’exercer la responsabilité. Elle refuse aussi bien la rupture qui nie l’histoire que la continuité qui redouterait toute évolution.

 L’histoire de la Côte d’Ivoire nous enseigne qu’aucune génération ne construit seule une Nation. Chacune reçoit une œuvre inachevée, y apporte sa pierre et la confie à celles qui lui succèdent. Les bâtisseurs méritent la reconnaissance, les institutions exigent le respect et les générations futures ont droit à un héritage qui ne les enferme pas dans les choix du passé.

 La troisième voie porte cette exigence de responsabilité. Elle ne demande ni de renier ceux qui ont servi, ni de se taire devant ce qui mérite d’être interrogé. Elle rappelle simplement que la grandeur d’un engagement se mesure aussi à ce qu’il permet de transmettre au-delà de soi.

 Un jour, les discours s’effaceront, les fonctions changeront de titulaires et les grandes figures de notre époque rejoindront les pages de l’histoire. Il restera alors une question, celle de savoir si nous avons seulement accompagné le destin des hommes ou si nous avons contribué à consolider celui de notre pays.

 Car la République n’appartient ni à ceux qui l’ont bâtie, ni à ceux qui la dirigent, ni à ceux qui aspirent à leur succéder. Elle appartient aussi à ceux qui ne sont pas encore nés. Et c’est devant eux que l’Histoire nous attend.

 Fait à Abidjan, le 1 octobre 2026

Yaya FOFANA

Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)

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