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SIANDOU FOFANA ,9 ANS AU TOURISME : DES MILLIARDS ANNONCÉS, DES PROMESSES AFFICHÉES, QUELS RÉSULTATS ?

Depuis janvier 2017, le ministre Siandou Fofana conduit la politique du tourisme. 9 ans après , il n'est pas hasardeux de regarder sans fard le bilan.

Par Kader Diomandé7 min de lecture
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Siandou Fofana , ministre du Tourisme et des Loisirs
Siandou Fofana , ministre du Tourisme et des Loisirs

Neuf ans de pouvoir, des milliers de milliards de FCFA annoncés, des millions de touristes revendiqués et une ambition affichée de faire de la Côte d’Ivoire une destination touristique de premier plan. Mais derrière les grandes déclarations et les campagnes de promotion internationale, une question dérangeante demeure. Où sont les résultats concrets ? Depuis janvier 2017, Siandou Fofana traverse les remaniements ministériels avec une longévité remarquable. Une stabilité qui lui a donné le temps de promettre, de planifier, d’agir et de produire des résultats. Aujourd’hui, le temps des annonces ne suffit plus. Celui des comptes s’impose. Car après neuf années à la tête du tourisme ivoirien, le véritable bilan ne saurait se mesurer au nombre de voyages officiels, de conventions signées ou de milliards promis, mais aux investissements effectivement réalisés, aux emplois durables créés et aux richesses générées pour les populations. Une interrogation s’impose désormais dans le débat public. Siandou Fofana a-t-il transformé le tourisme ivoirien à la hauteur des ambitions annoncées, ou l’écart entre les promesses et les réalisations reste-t-il encore à expliquer ?

 SUBLIME CÔTE D’IVOIRE, LA GRANDE PROMESSE À L’ÉPREUVE DES FAITS

 Présentée comme une véritable révolution touristique, la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire » devait propulser le pays parmi les grandes destinations africaines. Avec une ambition d’investissement évaluée à quelque 3 200 milliards de FCFA, elle promettait infrastructures modernes, développement régional, création massive d’emplois et rayonnement international.En 2019, le gouvernement annonçait également la mobilisation de 3 800 milliards de FCFA d’intentions d’investissement à l’issue d’une opération de promotion internationale à Hambourg.Mais sept ans après ces annonces, une question mérite une réponse publique et documentée. Combien de ces milliards ont effectivement été investis ?Combien d’hôtels ont été construits grâce à ces engagements ? Combien de projets ont été abandonnés, reportés ou achevés ? Combien de destinations touristiques ont été réellement aménagées ? Combien d’emplois permanents ont été créés ? Il ne suffit pas d’annoncer des milliards pour transformer une économie. Une intention d’investissement n’est ni un financement décaissé ni une réalisation livrée. Confondre ces différentes étapes reviendrait à présenter des promesses comme des résultats.

 DES MILLIONS DE VISITEURS, MAIS QUELLE RÉALITÉ DERRIÈRE LES CHIFFRES ?

 Le ministère a communiqué sur plus de 6,7 millions de visiteurs en 2025, 1 100 milliards de FCFA de recettes touristiques et quelque 675 000 emplois. Ces chiffres impressionnent. Mais leur portée dépend de ce qu’ils mesurent réellement. Combien de ces visiteurs sont des touristes internationaux ? Combien relèvent du tourisme intérieur ? Quelle part correspond aux déplacements professionnels ? Combien de nuitées marchandes ont été enregistrées ? Quel est le niveau réel des dépenses touristiques ? La distinction est essentielle. Un voyageur d’affaires, un visiteur national et un touriste international ne produisent pas nécessairement les mêmes retombées économiques.Plus troublant encore, les communications institutionnelles ont fait apparaître des estimations différentes concernant l’emploi et la contribution du tourisme au PIB. Ces écarts peuvent avoir des explications statistiques légitimes. Encore faut-il les rendre publiques. Les chiffres d’un ministère ne devraient pas seulement impressionner. Ils devraient permettre de vérifier.

 LA CAN 2023, UNE VITRINE MONDIALE, MAIS APRÈS ?

 La Coupe d’Afrique des nations organisée en Côte d’Ivoire en 2024 a offert au pays une visibilité exceptionnelle. Des délégations, des supporters et des journalistes venus de nombreux pays ont découvert Abidjan, Bouaké, Korhogo, San Pedro et Yamoussoukro. Cette exposition constituait une occasion historique de transformer l’intérêt international en fréquentation touristique durable. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Combien de visiteurs de la CAN sont revenus en Côte d’Ivoire ? Combien de circuits touristiques ont été pérennisés ? Quel a été l’effet durable de la compétition sur les hôtels, les restaurants et les entreprises touristiques des villes hôtes ? Le succès sportif et organisationnel d’un événement ne peut être automatiquement comptabilisé comme un succès durable de la politique touristique.La CAN a ouvert une fenêtre exceptionnelle sur la Côte d’Ivoire. Encore faut-il démontrer que cette fenêtre s’est transformée en véritable porte d’entrée pour les visiteurs internationaux.

 UNE PROMOTION INTERNATIONALE QUI INTERROGE

 Sous Siandou Fofana, les campagnes de promotion se sont multipliées. Forums, salons internationaux, partenariats médiatiques et sportifs ont accompagné la volonté de faire connaître la destination ivoirienne. Le partenariat avec l’Olympique de Marseille illustre cette orientation. Mais une interrogation demeure. Combien coûtent ces opérations et quelles retombées économiques produisent-elles réellement ? La visibilité internationale constitue un outil de développement touristique. Elle ne saurait toutefois devenir une fin en soi. Un pays peut multiplier les campagnes publicitaires sans résoudre les difficultés qui découragent les visiteurs. Coût du transport aérien, accessibilité des sites, insuffisance des circuits organisés, qualité variable des prestations et faiblesse de certaines infrastructures demeurent des enjeux majeurs. Le tourisme ne se développe pas uniquement sur les panneaux publicitaires ou les maillots de football. Il se construit aussi sur les routes, dans les hôtels, sur les sites culturels et dans la qualité de l’accueil.

 ABIDJAN BRILLE, MAIS QUE DEVIENT L’INTÉRIEUR DU PAYS ?

 La Côte d’Ivoire ne se limite pas à Abidjan, Assinie et Grand-Bassam. Man, Korhogo, Odienné, Bondoukou, Daloa, Gagnoa, Bouaké, Abengourou et bien d’autres localités disposent de ressources culturelles, historiques et naturelles susceptibles de soutenir une véritable économie touristique régionale. Pourtant, le développement de l’offre hôtelière et des investissements demeure fortement concentré autour d’Abidjan. Après neuf années de politique touristique, il serait particulièrement instructif de publier un inventaire précis des infrastructures réalisées dans chaque région. Quels sites ont été aménagés ? Quels circuits ont été créés ? Quels équipements ont été livrés ? Combien d’entreprises locales ont bénéficié des programmes ministériels ? Un tourisme qui progresse dans les statistiques nationales sans irriguer suffisamment les territoires risque de laisser de côté une partie de son potentiel économique. La réussite d’une politique touristique devrait aussi se lire dans les revenus des artisans, des restaurateurs, des guides, des transporteurs et des populations vivant autour des sites.

 

NEUF ANS DE STABILITÉ, NEUF ANS DE RESPONSABILITÉ

 

La longévité ministérielle peut être un avantage considérable. Elle permet de conduire des projets sur plusieurs années, d’assurer la continuité administrative et de consolider les partenariats. Mais elle entraîne également une responsabilité accrue. Siandou Fofana ne peut être tenu personnellement responsable de toutes les contraintes structurelles du secteur. Les investissements privés, les infrastructures de transport, la sécurité, les formalités d’entrée et la conjoncture internationale dépendent de plusieurs acteurs. En revanche, après neuf années à la tête du département, il est parfaitement légitime de demander une évaluation transparente des objectifs fixés, des moyens mobilisés et des résultats obtenus. Cette exigence ne constitue ni une attaque personnelle ni une remise en cause de l’action gouvernementale. Elle relève du contrôle normal des politiques publiques. D’ailleurs, les progrès revendiqués par le ministère méritent eux-mêmes d’être vérifiés et documentés. La progression des capacités hôtelières, le développement des partenariats internationaux et l’augmentation annoncée des flux touristiques sont des éléments qui doivent figurer dans ce bilan, au même titre que les projets inachevés et les objectifs non atteints.

 

LE TEMPS DES JUSTIFICATIONS DOIT CÉDER LA PLACE À CELUI DES COMPTES

 

Après neuf années, trois exigences de transparence paraissent incontournables. Premièrement, rendre public le bilan financier de « Sublime Côte d’Ivoire ». Les Ivoiriens doivent pouvoir distinguer les intentions d’investissement, les financements effectivement mobilisés, les montants décaissés et les infrastructures réalisées.

 

Deuxièmement, publier une évaluation indépendante des performances touristiques. Les statistiques sur les visiteurs, les recettes, les emplois et la contribution au PIB doivent être harmonisées, documentées et comparables d’une année à l’autre. Troisièmement, présenter un bilan régional des réalisations. Chaque territoire devrait pouvoir connaître les investissements touristiques dont il a bénéficié et leurs retombées économiques. Ces demandes ne visent pas à nier les réalisations du ministère. Elles permettraient au contraire de distinguer les succès établis des ambitions encore à concrétiser.

 

LA CÔTE D’IVOIRE A-T-ELLE GAGNÉ NEUF ANS DE TOURISME OU NEUF ANS DE PROMESSES ?

 

C’est désormais la question centrale. Siandou Fofana a disposé d’un temps politique exceptionnel pour porter les ambitions touristiques de la Côte d’Ivoire. Son ministère a engagé une stratégie de promotion ambitieuse, accompagné le développement de l’offre hôtelière et revendiqué une croissance significative de l’activité touristique.

Mais une politique publique ne peut se contenter de raconter ses ambitions. Elle doit accepter d’être confrontée à ses résultats, à ses insuffisances et aux attentes des citoyens.

La Côte d’Ivoire possède un patrimoine culturel, historique et naturel considérable. Son développement touristique représente un enjeu économique, social et territorial majeur. Ce potentiel mérite une évaluation exigeante des moyens mobilisés pour le valoriser.

Neuf ans après, Siandou Fofana doit pouvoir répondre à une question qui dépasse sa personne. Quelle part des milliards annoncés s’est transformée en infrastructures, en emplois durables, en recettes mesurables et en prospérité pour les populations ?

Les communiqués peuvent annoncer des ambitions. Les campagnes peuvent construire une image. Les conférences peuvent attirer l’attention. Mais seuls les résultats vérifiables permettent de mesurer la portée d’une action publique.

Car, neuf années dans un fauteuil ministériel ne constituent pas, en elles-mêmes, un bilan. Elles rendent simplement l’exigence de bilan plus incontournable.

 Karim Bamba

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