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RHDP : restructurer aujourd’hui pour préparer quelle architecture politique demain ?

Le RHDP songe à demain. Et c'est maintenant que tout se prépare et s'organise si l'on tient à disposer toujours d'une puissante machine.

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Alassane Ouattara et certains barons du RHDP
Alassane Ouattara et certains barons du RHDP

La recomposition annoncée au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix ouvre une séquence qui dépasse la simple organisation interne d’un parti. Derrière la recherche d’efficacité se pose une question plus profonde. Comment préparer le RHDP des prochaines années sans perdre la diversité politique, humaine et territoriale qui a permis la construction du rassemblement ?

Le RHDP n’est pas né d’une seule histoire. Il est l’aboutissement de plusieurs trajectoires politiques qui ont accepté de rapprocher leurs différences autour d’un héritage commun, celui de l’houphouëtisme, du dialogue, de la stabilité et de la recherche du compromis. Cette diversité constitue moins une faiblesse à contenir qu’un patrimoine politique à préserver.

Faire des sensibilités politiques une force

La restructuration pourrait offrir l’occasion de donner aux différentes sensibilités historiques, politiques et territoriales un véritable espace dans la construction de l’avenir. Il ne s’agit ni de reconstituer les anciens partis à l’intérieur du parti unifié ni d’organiser une distribution mécanique des responsabilités. L’enjeu est plus ambitieux. Il consiste à faire vivre la diversité dans l’unité.

Les trajectoires issues du RDR, les responsables provenant du PDCI ayant fait le choix du parti unifié, les héritages de l’UDPCI, du MFA et les autres sensibilités ayant accompagné le rassemblement portent chacune une partie de cette histoire collective. À celles-ci s’ajoute une nouvelle génération de militants et de responsables qui n’a parfois connu que le RHDP et qui doit également pouvoir participer à son avenir. Un grand parti n’est pas celui où tout le monde vient du même endroit ou possède le même parcours. C’est celui qui réussit à transformer plusieurs histoires en une ambition commune.

 Ne pas confondre unité et uniformité

 L’unification politique ne devrait pas signifier l’effacement des mémoires, mais leur dépassement dans un projet supérieur. Reconnaître les sensibilités ne signifie pas organiser des clans. Écouter les différentes familles politiques ne signifie pas affaiblir l’autorité. Associer les grandes figures ne signifie pas créer plusieurs centres de pouvoir. Lorsqu’elle repose sur des règles claires et une vision commune, la pluralité peut au contraire devenir un puissant instrument de stabilité. Le RHDP pourrait ainsi démontrer qu’un parti unifié n’a pas besoin d’effacer les différences pour être fort. Il doit savoir les organiser, les faire dialoguer et les mettre au service d’un même projet national. L’unité durable ne se décrète pas. Elle se construit dans la reconnaissance, le respect et la confiance.

 Rassembler les bâtisseurs, les héritiers et la relève

 La prochaine architecture politique gagnerait à réunir trois forces complémentaires. Les bâtisseurs possèdent la mémoire des combats, des alliances et des compromis ayant conduit à la création du rassemblement. Les grandes figures politiques disposent de l’expérience, de l’autorité et parfois d’un puissant ancrage territorial. La nouvelle génération doit, quant à elle, être progressivement préparée à porter le projet dans une Côte d’Ivoire dont les aspirations évoluent rapidement. Aucune génération ne devrait considérer l’autre comme une menace. Les anciens ont une expérience à transmettre, les responsables actuels une stabilité à préserver et les jeunes un avenir à construire. La transmission ne doit pas devenir une rupture. Elle doit être un passage de témoin organisé.

Associer les figures fortes sans fabriquer une guerre des héritiers

Le RHDP dispose de personnalités possédant une expérience institutionnelle, un ancrage territorial ou une influence politique importante. Certaines parlent aux militants, d’autres aux élus, aux jeunes, aux cadres ou à différentes composantes de l’opinion nationale. Ce capital politique gagnerait à être organisé autour d’une véritable collégialité stratégique. L’objectif ne devrait pas être de désigner prématurément un héritier, mais de permettre aux principales forces du parti de travailler ensemble. Une grande formation prépare mieux son avenir lorsqu’elle développe plusieurs talents que lorsqu’elle enferme trop tôt son destin autour d’un seul scénario. La compétition des personnes ne doit jamais prendre le dessus sur la continuité du projet.

Faire des territoires et des sensibilités un laboratoire d’idées

La question des sensibilités ne concerne pas uniquement les anciennes appartenances politiques. Elle est également territoriale et générationnelle. Le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest, le Centre et les grandes métropoles portent des réalités différentes. Une restructuration moderne devrait permettre à ces réalités de remonter davantage vers les instances dirigeantes en associant élus locaux, responsables régionaux, femmes, jeunes, cadres, intellectuels et militants de terrain. Les sensibilités politiques pourraient également devenir des espaces de production d’idées. Sur l’emploi des jeunes, l’agriculture, l’industrialisation, l’éducation, la dette, la transformation numérique, la décentralisation ou la protection sociale, le RHDP gagnerait à organiser davantage le débat interne. Le débat ne fragilise pas nécessairement un parti. Lorsqu’il est structuré, il permet de transformer les différences en propositions et d’éviter que les frustrations deviennent des fractures.

Passer d’un rassemblement à une véritable institution politique

Le véritable enjeu historique est peut-être là. Faire du RHDP non seulement une grande force électorale, mais une institution politique capable de traverser les générations. Un parti devient véritablement institutionnel lorsque son avenir ne dépend plus uniquement d’une personnalité, aussi importante soit-elle, mais également de ses règles, de sa capacité de transmission, de la formation de ses cadres et de l’émergence régulière de nouveaux dirigeants. Dans cette perspective, l’héritage politique d’Alassane Ouattara pourrait aussi résider dans la consolidation durable de cette construction. Après le rassemblement de plusieurs familles politiques au sein d’un parti unifié, l’étape suivante serait de faire des différences d’hier les complémentarités de demain.

Construire une maison politique suffisamment grande pour tous

Le RHDP pourrait ainsi se penser comme une grande maison politique dans laquelle aucune sensibilité ayant sincèrement participé à l’aventure commune ne devrait se sentir étrangère. Une maison suffisamment solide pour respecter les bâtisseurs, suffisamment ouverte pour faire émerger les nouvelles générations et suffisamment confiante pour permettre l’expression de sensibilités différentes sans craindre pour son unité.

 La restructuration ne devrait donc pas seulement répondre à la question de savoir qui occupera quelle responsabilité. Elle devrait répondre à une interrogation beaucoup plus importante. Comment faire en sorte que chacun puisse continuer à se reconnaître dans le projet collectif ?Le RHDP n’a pas à choisir entre unité et diversité. Son défi est précisément de réussir les deux. Rassembler sans uniformiser, renouveler sans effacer, transmettre sans exclure, faire émerger sans opposer et préparer l’avenir sans fragiliser le présent. Dans une Côte d’Ivoire elle-même composée de plusieurs histoires, cultures et sensibilités, cette approche porterait un message dépassant largement les frontières du parti. La force d’une nation comme celle d’une grande formation politique ne vient pas de l’effacement des différences, mais de leur capacité à construire ensemble un destin commun.

Si le RHDP réussit cette transformation, sa restructuration ne préparera pas seulement son avenir. Elle pourrait contribuer à installer une culture politique où la transmission remplace la confrontation, où la diversité nourrit l’unité et où les ambitions individuelles trouvent leur grandeur dans une ambition collective.

Alassane Junior F

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