RHDP–MFA : ATTA YÉBOUA RÉCLAME DES POSTES AU NOM D’UN MFA QU’IL DIT DISPARU
Suite à une sortie d'Atta Yeboua , des clarifications se basant sur des rappels historiques viennent le contredire.

Atta Yéboua réclame aujourd’hui une meilleure représentation des militants RHDP issus du MFA. Soit. Mais une question de fond précède toutes les autres. Peut-on considérer que l’adhésion du MFA au RHDP unifié a entraîné sa dissolution et, dans le même temps, invoquer son héritage pour demander une meilleure représentation de ceux qui en sont issus ? Avant le débat sur les postes, il y a donc celui des faits, des actes et de la cohérence des positions.
Pour comprendre le débat, il faut d’abord clarifier les positions successives d’Atta Yéboua. En 2017, il ne parle pas comme simple militant RHDP d’origine MFA. Il intervient publiquement en qualité de vice-président du MFA, soutient Azoumana Moutayé dans la crise interne et affirme que celui-ci demeure le président légitime du parti. Dans la même déclaration, il assure que le MFA « reste et demeure membre du RHDP ». Sa position est alors claire. Le MFA existe comme formation politique distincte et appartient au RHDP.
Atta Yéboua connaît d’ailleurs cette histoire de l’intérieur. Il a été député sous la bannière du MFA. Pourtant, celui qui avait accédé à l’Assemblée nationale sous ses couleurs n’a pas été reconduit comme député sous la bannière du RHDP. Pourquoi ? Arbitrages électoraux, rapports de force locaux, divisions internes ? Cette séquence mérite d’être éclaircie pour mieux comprendre sa revendication actuelle.
Puis vient 2018. Le MFA est traversé par deux légitimités concurrentes. Le courant conduit par Siaka Ouattara organise le congrès extraordinaire de Bondoukou du 25 mars. Siaka Ouattara signe ensuite le manifeste du parti unifié en qualité de président du MFA et représente encore le parti dans le processus du RHDP unifié. Une question historique demeure donc essentielle. Quelle était exactement la position d’Atta Yéboua dans cette nouvelle configuration et quel rôle a-t-il personnellement joué dans le processus de 2018 ?
En 2026, sa position est différente. Atta Yéboua se présente désormais comme ancien vice-président du MFA et porte la revendication des « militants RHDP d’origine MFA ». Il affirme que le MFA est « fondu » dans le RHDP depuis la création du parti unifié et estime qu’il est devenu difficile de parler du MFA comme parti distinct. Dans le même temps, il demande qu’un cadre RHDP d’origine MFA retrouve une place au gouvernement, que d’autres soient nommés dans les institutions et conseils d’administration et que des militants issus du MFA intègrent les instances du RHDP.
La distinction est importante. En 2017, Atta Yéboua défend le MFA comme parti membre du RHDP. En 2026, il parle des anciens militants du MFA comme composante d’origine du RHDP unifié et considère le parti lui-même comme fondu dans cette nouvelle formation.
Cette évolution politique peut naturellement être défendue. Mais elle ne règle pas automatiquement la question juridique. Lorsque Atta Yéboua affirme que le MFA s’est « fondu » dans le RHDP, cela signifie-t-il que le parti a juridiquement été dissous ? L’adhésion au RHDP unifié a-t-elle entraîné la disparition de sa personnalité juridique ?
Si tel est le cas, quel acte a prononcé cette dissolution ? Quelle instance compétente l’a adoptée ? À quelle date et selon quelle procédure ? Existe-t-il une décision du MFA prononçant sa dissolution ou tout autre acte juridiquement opposable établissant la cessation de son existence en tant que parti politique ?
Si cet acte existe, sa production permettrait de clarifier définitivement ce point.
Car l’adhésion à une formation politique unifiée et la dissolution d’un parti préexistant ne sont pas nécessairement une seule et même question. Le débat porte donc moins sur la participation du MFA à la création du RHDP unifié, qui est documentée, que sur la portée juridique de cette participation.
C’est ici qu’apparaît le paradoxe politique. Si le MFA est considéré comme ayant définitivement disparu, pourquoi l’origine MFA demeure-t-elle suffisamment pertinente pour fonder aujourd’hui une demande particulière de représentation au sein du RHDP ?
Autrement dit, Atta Yéboua ne revendique plus au nom du MFA comme organisation. Il revendique au nom des militants RHDP issus du MFA. C’est précisément cette distinction qui sépare sa position actuelle de celle de la direction du MFA.
L’histoire d’Azoumana Moutayé ajoute une dernière donnée. Atta Yéboua le soutenait lors de la crise de 2017. Moutayé a ensuite quitté le MFA et annoncé que son courant était devenu l’Union pour la République. La question de savoir si Atta Yéboua l’a accompagné dans cette nouvelle formation ou s’il est demeuré directement au RHDP mérite donc également d’être clarifiée.
La direction actuelle du MFA défend une autre lecture. Dans sa déclaration du 25 septembre, elle ne conteste pas la préoccupation soulevée par Atta Yéboua. Elle demande elle aussi une meilleure représentation de ses cadres, mais elle parle en tant que MFA et sollicite un dialogue entre le mouvement et la direction du RHDP.
Deux positions apparaissent ainsi clairement. Atta Yéboua considère le MFA comme fondu dans le RHDP et défend la représentation individuelle et institutionnelle des militants RHDP qui en sont issus. La direction actuelle du MFA considère, elle, que le mouvement demeure un interlocuteur politique collectif et demande à ce titre une concertation avec le RHDP.
Reste alors la question qui peut départager les deux lectures sur le terrain juridique. Quel acte établit la dissolution du MFA ?
Car si cet acte existe, il constitue une pièce essentielle du débat. S’il n’existe pas, l’affirmation selon laquelle le MFA aurait juridiquement cessé d’exister mérite d’être distinguée de la réalité politique de son intégration au processus du RHDP unifié.
Voilà le véritable débat. Non pas celui des personnes, mais celui des positions, des actes et de leur portée juridique.
Jean Baptiste Angaman
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