Politique

RHDP : APRÈS LA CONQUÊTE DU POUVOIR, LE DÉFI DE LA TRANSFORMATION

Le Rhdp , au pouvoir depuis quasiment 16 ans , doit impérativement, marquer un arrêt pour relever avec flegme les défis du moment.

Par admin4 min de lecture
Partager
Le Directoire du RHDP devra défricher de nouveaux chantiers
Le Directoire du RHDP devra défricher de nouveaux chantiers

Longtemps structuré autour des batailles électorales et de la consolidation du pouvoir, le RHDP aborde une étape autrement plus délicate. Il lui faut désormais organiser la durée, gérer ses différentes sensibilités, préserver les équilibres hérités de son histoire et préparer progressivement le renouvellement de ses cadres. Une transformation où la cohésion pourrait compter autant que les victoires électorales. Après les années de conquête et de consolidation vient le temps de l’organisation. Pour le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, le principal défi pourrait désormais se situer moins à l’extérieur qu’à l’intérieur de sa propre architecture politique. Le RHDP rassemble des trajectoires, des générations et des héritages politiques différents. Cette diversité a longtemps constitué une force électorale. Elle impose aujourd’hui une autre exigence, celle de construire des mécanismes suffisamment solides pour gérer les ambitions, les frustrations, la représentation des sensibilités et le renouvellement des responsabilités sans fragiliser l’unité du parti.

 De la coalition au parti unifié, une histoire qui continue de peser

 Le RHDP n’est pas né comme un parti politique classique. Son histoire s’est d’abord construite autour d’une alliance de formations politiques partageant l’héritage houphouëtiste avant d’évoluer vers le parti unifié.Cette transformation a considérablement modifié les rapports entre les composantes historiques du rassemblement. Avec le temps, certaines identités se sont intégrées à la nouvelle architecture tandis que la question de la représentation des sensibilités issues de l’ancienne coalition continue d’alimenter ponctuellement le débat interne. C’est notamment dans ce contexte que doivent être comprises les interrogations exprimées autour de la place du MFA. Le sujet dépasse la seule attribution de fonctions. Il pose une question plus institutionnelle sur la manière dont un grand parti unifié conserve la mémoire de ses alliances fondatrices tout en construisant une organisation commune.

 Le Conseil des sages faces à son premier véritable défi

 La mise en place récente du Comité des sages et de la médiation, placé sous la responsabilité de Kobenan Kouassi Adjoumani, intervient donc à un moment particulier. Cette instance pourrait devenir un instrument important de prévention et de règlement des différends internes. Mais sa crédibilité dépendra moins de son existence que de sa capacité à traiter concrètement les désaccords. Dans un grand parti, les divergences ne constituent pas nécessairement une faiblesse. Elles le deviennent lorsqu’elles ne disposent d’aucun espace institutionnel pour être exprimées, arbitrées et dépassées. La médiation peut ainsi offrir une alternative à deux pratiques politiquement coûteuses : le silence des mécontents et l’exposition publique systématique des différends.

 Représentation des sensibilités, une question à traiter

 Le débat sur la représentation mérite également d’être posé sans dramatisation. Un parti dominant rassemble nécessairement davantage d’ambitions qu’il ne possède de responsabilités à distribuer. Aucun gouvernement, aucune institution et aucune direction politique ne peut satisfaire toutes les attentes individuelles. Mais le problème change de nature lorsqu’une frustration personnelle devient le sentiment collectif d’une sensibilité politique de ne plus être suffisamment associée aux décisions. La réponse ne peut alors être uniquement une nomination. Elle doit être politique et organisationnelle. Quels critères président à la promotion des cadres ? Quelle place accorder aux parcours historiques ? Comment favoriser le renouvellement générationnel sans donner le sentiment d’effacer ceux qui ont participé aux premières batailles ? Comment reconnaître la loyauté sans transformer l’ancienneté en droit automatique à une fonction ? Ces questions ne concernent d’ailleurs pas seulement le RHDP. Elles traversent tous les grands partis qui durent. Le prochain défi sera générationnel

 Une autre mutation se dessine. Celle des générations.

 Les responsables qui ont construit les grandes alliances politiques des années 2000 ont vécu les crises, les recompositions partisanes, l’accession au pouvoir et sa consolidation. Une nouvelle génération arrive désormais avec une expérience différente et des aspirations nouvelles.La transition entre ces générations devra être organisée. Il ne s’agit pas d’opposer les anciens aux nouveaux. Les premiers possèdent l’expérience, la mémoire des combats et les réseaux. Les seconds apportent d’autres pratiques, de nouvelles compétences et une compréhension différente des attentes de la société. La solidité du RHDP dépendra en partie de sa capacité à organiser cette transmission sans humiliation des anciens ni verrouillage de l’avenir.

 Après les victoires, construire l’institution

 C’est probablement là que se trouve le véritable tournant. Conquérir le pouvoir nécessite une coalition électorale efficace. Durer exige une institution politique solide. Une formation politique ne peut indéfiniment dépendre exclusivement du prestige de ses principales figures, de la discipline électorale ou de l’autorité de ses dirigeants. Avec le temps, ses règles, ses procédures d’arbitrage, sa démocratie interne et sa capacité à renouveler ses élites deviennent déterminantes.

Le RHDP dispose aujourd’hui d’une implantation nationale, d’un appareil politique important et d’une expérience du pouvoir considérable. Sa prochaine réussite pourrait donc se mesurer autrement que dans les urnes.

Elle se mesurera à sa capacité à transformer cette puissance électorale en institution politique durable. Car la conquête rassemble autour d’un objectif immédiat. La durée oblige à répondre à une question beaucoup plus difficile : comment continuer ensemble lorsque la victoire elle-même ne suffit plus à faire taire les différences ?

 Karim Bamba

Dans nos dossiers

Partager

À lire aussi