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REMANIEMENT MINISTÉRIEL : Ouattara face au piège des équilibres , jusqu’où peut-il réduire son gouvernement ?

De plus en plus , l'idée d'un futur gouvernement composé d'une vingtaine de membres circule. Cela est il vraiment possible , au regard d'un certain nombre de contingences?

Par Kader Diomandé6 min de lecture
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Le gouvernement qui sera remanié connaitra un nombre réduit
Le gouvernement qui sera remanié connaitra un nombre réduit

Entre promesses de rationalisation de l’État, fidélités politiques et multiplication des ambitions, la formation du prochain gouvernement pourrait devenir un véritable test pour Alassane Ouattara. Le chef de l’État devra arbitrer entre les exigences d’efficacité administrative, les attentes de ses alliés et les préoccupations d’une population de plus en plus attentive à l’utilisation des ressources publiques. En Côte d’Ivoire, réduire le nombre de ministres semble plus facile à annoncer qu’à réaliser. À chaque perspective de remaniement, la même interrogation revient. Le président Alassane Ouattara peut-il constituer une équipe gouvernementale resserrée sans fragiliser les équilibres politiques sur lesquels repose sa majorité ?

Derrière cette question se dessine une réalité plus complexe. La composition d’un gouvernement ne répond pas uniquement à des considérations administratives. Elle traduit également des rapports de force, des fidélités anciennes, des ambitions nouvelles et des compromis politiques parfois difficiles à concilier. Alors que les spéculations autour d’un prochain remaniement se multiplient, trois obstacles majeurs pourraient compliquer une réduction significative du nombre de portefeuilles ministériels.

 

Le poids des fidélités politiques

 

Le premier obstacle tient à la gestion des alliances et des engagements politiques.Depuis son accession au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara a progressivement construit une majorité présidentielle regroupant plusieurs formations politiques, personnalités influentes et sensibilités issues de trajectoires différentes.

Cette coalition, devenue le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), constitue aujourd’hui le principal socle politique du pouvoir. Mais toute coalition porte en elle une difficulté. Comment préserver l’unité lorsque les responsabilités gouvernementales sont limitées et que les prétendants se multiplient ?

Les compagnons de la première heure peuvent légitimement attendre une reconnaissance de leur engagement. Les nouveaux ralliés souhaitent également trouver leur place. Quant aux responsables politiques disposant d’une implantation électorale importante, ils entendent généralement voir leur influence prise en considération.

Le président se retrouve ainsi devant une équation délicate. Récompenser certaines fidélités peut susciter des frustrations ailleurs. Écarter des personnalités historiques peut provoquer des incompréhensions. Privilégier le renouvellement peut être interprété comme une remise en cause des équilibres établis. Toutefois, les nominations ministérielles ne sauraient constituer le seul instrument de reconnaissance politique. Une majorité solide doit également pouvoir valoriser ses composantes à travers les responsabilités partisanes, parlementaires, territoriales et institutionnelles.

 

Un gâteau gouvernemental que beaucoup souhaitent partager

 

Le deuxième obstacle réside dans la multiplication des ambitions autour du pouvoir. Au fil des recompositions politiques, le RHDP a accueilli des personnalités venues de différentes formations et de divers horizons institutionnels. Cette diversité représente un atout électoral. Elle complique néanmoins les arbitrages lorsque plusieurs sensibilités revendiquent une représentation dans l’appareil d’État.

Chaque portefeuille ministériel devient potentiellement un enjeu d’influence, de visibilité et de positionnement politique. Dans ces conditions, réduire drastiquement le gouvernement revient à demander à plusieurs acteurs d’accepter une diminution des possibilités de nomination. Le risque est alors de voir la logique de représentation prendre le dessus sur celle de l’efficacité. Pourtant, un ministère ne devrait pas être considéré comme une récompense politique. Il constitue avant tout une responsabilité publique, assortie d’obligations de résultats.

 

La question fondamentale n’est donc pas de savoir combien de personnalités doivent être satisfaites, mais combien de ministères sont réellement nécessaires pour conduire efficacement les politiques publiques. Un gouvernement de vingt membres serait-il suffisant pour administrer un pays confronté à des défis aussi importants que l’emploi des jeunes, la transformation économique, la santé, l’éducation, la sécurité et le coût de la vie ? La réponse mérite une évaluation sérieuse des missions de l’État plutôt qu’un simple arbitrage entre ambitions individuelles.

 

La multiplication des structures et des responsabilités

Le troisième obstacle concerne l’organisation générale de l’appareil institutionnel. Au-delà du gouvernement, la Côte d’Ivoire dispose de nombreuses institutions constitutionnelles, autorités administratives, structures de coordination et fonctions de conseil.

Certaines répondent à des exigences constitutionnelles ou à des missions spécifiques indispensables au fonctionnement de la République. D’autres peuvent soulever des interrogations sur leur articulation avec les administrations existantes.

La coexistence de ministères, de ministres délégués, de responsables chargés de missions particulières et de diverses structures de conseil appelle une réflexion sur la lisibilité de l’action publique.

Il ne s’agit pas de considérer toutes ces fonctions comme inutiles. Il convient plutôt de déterminer si leurs compétences sont clairement définies, si leurs interventions se complètent et si leurs résultats justifient les ressources mobilisées.

Une réforme gouvernementale ambitieuse ne saurait se limiter à supprimer quelques portefeuilles. Elle devrait également examiner les chevauchements de compétences, les dépenses de fonctionnement et les mécanismes de coordination.La véritable rationalisation de l’État commence lorsque chaque structure peut démontrer son utilité.

 

Le coût de l’État face aux préoccupations des ménages

 

Pour les populations, le débat sur le nombre de ministres dépasse largement les considérations politiques.Dans les marchés, les quartiers populaires et les familles, les préoccupations quotidiennes restent dominées par le pouvoir d’achat, les dépenses de santé, les frais de scolarité, l’accès au logement et les perspectives d’emploi.

Dans ce contexte, la composition du gouvernement devient aussi une question de crédibilité budgétaire. Les citoyens peuvent difficilement comprendre qu’on leur demande des efforts économiques sans que les institutions publiques donnent elles-mêmes des signes visibles de maîtrise des dépenses. Il serait néanmoins trompeur de laisser croire qu’une réduction du nombre de ministres suffirait, à elle seule, à dégager des économies considérables. Les rémunérations ministérielles ne représentent qu’une partie des dépenses de fonctionnement de l’État.

Les économies réelles dépendraient notamment de la suppression effective des doublons, de la réorganisation des cabinets, de la mutualisation des moyens et du contrôle des dépenses administratives. Un gouvernement plus petit n’est donc pas automatiquement moins coûteux. Il doit être accompagné d’une réforme cohérente de son fonctionnement.

 

Le RHDP à l’épreuve de sa propre cohésion

 Le prochain remaniement, s’il intervient, constituera également un test pour la majorité présidentielle. Le RHDP devra démontrer sa capacité à dépasser les considérations individuelles pour privilégier un projet collectif.

Cette exigence concerne aussi bien les responsables actuellement aux affaires que les formations et sensibilités politiques ayant participé à la construction de la coalition.

 La reconnaissance des engagements historiques demeure un sujet politique légitime. Mais elle doit pouvoir s’articuler avec le renouvellement des compétences, l’ouverture aux jeunes générations et la promotion des femmes.

Une majorité politique ne se renforce pas uniquement par la distribution des postes. Elle se consolide également par le dialogue, l’équité dans le traitement de ses composantes et la confiance accordée à ses militants. L’enjeu pour Alassane Ouattara sera donc de trouver un équilibre entre stabilité politique et exigence de transformation.

 

Vingt ministres, un symbole ou une véritable réforme ?

 L’idée d’un gouvernement limité à vingt ministres conserve une forte portée symbolique. Elle renvoie à une conception de l’État fondée sur la sobriété, la coordination et la responsabilité.

 

Mais aucun nombre ne garantit, à lui seul, la qualité de la gouvernance.

 Un gouvernement de vingt ministres mal coordonnés peut se révéler moins efficace qu’une équipe plus nombreuse disposant de compétences clairement réparties et d’objectifs mesurables. L’essentiel réside dans la capacité de l’exécutif à produire des résultats concrets. Trois orientations pourraient donner une portée réelle à une éventuelle réforme. D’abord, réaliser un audit des missions ministérielles afin d’identifier les chevauchements. Ensuite, publier des objectifs précis pour chaque département, accompagnés d’indicateurs de performance. Enfin, rendre plus lisibles les dépenses de fonctionnement des cabinets et des structures administratives. Ces mesures permettraient de déplacer le débat du nombre de ministres vers la qualité de l’action gouvernementale.

 

Le véritable courage politique sera de choisir

 Alassane Ouattara dispose de l’autorité institutionnelle nécessaire pour procéder à des arbitrages gouvernementaux. Mais le pouvoir de nommer ne supprime pas les contraintes politiques.

Réduire fortement la taille d’un gouvernement suppose d’accepter des mécontentements, de résister à certaines pressions et de faire prévaloir les priorités nationales sur les attentes particulières.

Le véritable défi ne sera donc pas seulement de réduire le nombre de ministres. Il sera de démontrer qu’une majorité politique peut rester unie sans que chacun de ses responsables bénéficie nécessairement d’un portefeuille gouvernemental.

La Côte d’Ivoire n’a pas uniquement besoin d’un gouvernement moins nombreux. Elle a besoin d’un État plus efficace, plus lisible et davantage tourné vers les résultats.

Au fond, la question n’est plus seulement de savoir si Alassane Ouattara peut gouverner avec vingt ministres. Elle est de savoir s’il peut imposer une logique d’efficacité à un système politique habitué à rechercher ses équilibres dans le partage des responsabilités. Un remaniement peut satisfaire des ambitions. Une véritable réforme doit répondre aux attentes de la Nation.

 

Dr Tete Samuel Mathey

Économiste et libre penseur

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