PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027 :L’EXTRÊME DROITE AUX PORTES DE L’ÉLYSÉE, L’AFRIQUE FACE À SON DESTIN
La Présidentielle à venir en France intéresse au plus haut point les pays d'Afrique y compris la Côte d'Ivoire.

Et si le véritable bouleversement de la présidentielle française de 2027 ne se produisait pas seulement à Paris, mais aussi dans les capitales africaines ? À six mois du scrutin, trois interrogations majeures s’imposent. Les Français sont-ils prêts à confier l’Élysée à l’extrême droite ? La politique africaine de la France changera-t-elle réellement ? Et quel avenir pour les dirigeants africains dont la longévité politique s’est parfois accompagnée de relations privilégiées avec Paris ?
Prévue les 18 avril et 2 mai 2027, l’élection présidentielle française s’annonce décisive. Les enquêtes d’opinion placent le Rassemblement national en position de force, certains scénarios créditant Marine Le Pen d’environ 34 % des intentions de vote au premier tour. Ces projections ne préjugent toutefois ni de l’identité définitive des candidats ni de l’issue du scrutin. La situation judiciaire de Marine Le Pen demeure également un élément déterminant de cette compétition.
La France est-elle prête à confier l’Élysée à l’extrême droite ?
Depuis plusieurs décennies, l’extrême droite française progresse sans parvenir à conquérir la présidence. Jean-Marie Le Pen en 2002, puis Marine Le Pen en 2017 et 2022, ont atteint le second tour sans obtenir la majorité nécessaire. Mais l’endettement public, les difficultés du pouvoir d’achat, les tensions migratoires et la défiance envers les partis traditionnels ont profondément transformé le paysage politique.
Le Rassemblement national apparaît désormais comme un prétendant sérieux au pouvoir. Face à lui, les forces politiques traditionnelles peinent à construire une alternative rassembleuse. La question n’est plus seulement de savoir si l’extrême droite peut atteindre le second tour, mais si une majorité de Français pourrait lui confier la responsabilité de gouverner.
Une telle victoire constituerait un tournant historique. Elle ne garantirait cependant aucune solution immédiate aux difficultés structurelles du pays. Entre promesses électorales, contraintes budgétaires et engagements internationaux, l’exercice du pouvoir imposerait des arbitrages autrement plus complexes que les discours de campagne.
Un changement de président signifie-t-il une nouvelle politique africaine ?
Depuis les indépendances, les relations franco-africaines ont évolué sans toujours rompre avec les anciennes logiques d’influence. Une arrivée du Rassemblement national à l’Élysée pourrait modifier les politiques migratoires, les conditions d’attribution des visas, l’aide au développement et certaines formes de coopération militaire ou économique.
Mais alternance politique ne signifie pas nécessairement rupture diplomatique. Les intérêts stratégiques, les investissements, la sécurité et les équilibres géopolitiques continueraient de guider les décisions françaises. Un pouvoir nationaliste pourrait tenir un discours de rupture tout en préservant des alliances jugées indispensables.
Pour l’Afrique, l’enjeu serait donc moins d’attendre une nouvelle orientation française que de renforcer sa capacité à défendre ses propres intérêts. Car la véritable question n’est pas de savoir si Paris changera sa manière de regarder l’Afrique, mais si l’Afrique saura changer sa manière de négocier avec Paris.
Quel avenir pour les dirigeants africains durablement installés au pouvoir ?
Pendant longtemps, la proximité avec les autorités françaises a été perçue, dans certains pays africains, comme un facteur de confort diplomatique et parfois de consolidation politique. Relations personnelles entre dirigeants, accords de défense, intérêts économiques et réseaux d’influence ont entretenu cette perception.
Une victoire de l’extrême droite remettrait-elle en cause ces équilibres ? Certains dirigeants perdraient-ils leurs soutiens traditionnels ou assisterait-on simplement à une recomposition des alliances au nom des intérêts français ? Rien ne permet d’affirmer qu’une alternance à Paris provoquerait automatiquement une rupture avec les pouvoirs africains durablement installés.
Mais cette interrogation en révèle une autre, plus fondamentale. Pourquoi l’avenir politique de certains États africains devrait-il encore dépendre des résultats d’une élection française ? La stabilité d’une République ne devrait reposer ni sur l’amitié d’un président étranger ni sur la permanence d’un réseau diplomatique. La légitimité des gouvernants doit provenir des citoyens, du respect des Constitutions et de la crédibilité des institutions.Une souveraineté qui attend l’autorisation de l’extérieur pour organiser son alternance demeure une souveraineté inachevée.
L’Afrique doit cesser d’attendre son avenir de Paris
La présidentielle française de 2027 pourrait modifier les équilibres diplomatiques entre l’Europe et l’Afrique. Mais elle ne saurait déterminer l’avenir politique du continent. Les États africains doivent renforcer leurs institutions, diversifier leurs partenariats, consolider leurs économies et garantir aux citoyens le droit de choisir librement leurs dirigeants.
La démocratie africaine ne progressera pas parce qu’un nouveau président aura été élu en France. Elle progressera lorsque les règles constitutionnelles seront respectées, lorsque les institutions primeront sur les hommes et lorsque l’alternance cessera d’être considérée comme une menace.
La France décidera souverainement de son avenir en 2027. L’Afrique doit apprendre à décider du sien sans attendre les résultats des urnes françaises.
Car le jour où le destin politique de l’Afrique ne dépendra plus du locataire de l’Élysée, notre continent aura franchi une étape décisive vers sa véritable indépendance.
Dr Tété Samuel Mathey
Libre penseur
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