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PLATEAU–DISTRICT D’ABIDJAN : QUAND UNE OPÉRATION D’AMÉNAGEMENT DEVIENT UNE AFFAIRE POLITIQUE

Le Plateau, la commune chic d'Abidjan , au niveau de son plan d'eau lagunaire voit des réalisations créer des bisbilles entre le District et la mairie de ladite commune.

Par admin3 min de lecture
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Au plateau , une facade lagunaire est la pomme de discorde entre la mairie et le District
Au plateau , une facade lagunaire est la pomme de discorde entre la mairie et le District

À première vue, ce n’est qu’une affaire d’aménagement urbain. À y regarder de plus près, le dossier devient embarrassant. Comment une infrastructure financée par une collectivité publique peut-elle être démolie par une autre institution publique ? Qui avait autorisé quoi ? Qui savait quoi ? Et comment deux projets ont-ils pu se retrouver sur le même espace sans arbitrage avant l’arrivée des engins ?

 L’article consacré par RFI aux tensions entre le District autonome d’Abidjan et la mairie du Plateau remet ces questions au centre du débat. Derrière Oxy Park II apparaît une interrogation plus profonde sur la coordination des institutions chargées de gouverner et de transformer Abidjan.

 Dans la nuit du 11 au 12 septembre 2026, une partie des aménagements réalisés sur les berges du Plateau a été démolie lors d’une opération du District autonome d’Abidjan. Parmi les installations concernées figure Oxy Park II, projet porté par la commune dans le cadre de sa politique de valorisation du front lagunaire.

 La mairie affirme avoir consacré plusieurs centaines de millions de francs CFA à ces aménagements. Oxy Park II devait notamment accueillir un espace de restauration composé de douze box. Le District défend, de son côté, son propre programme de réaménagement et de valorisation du front lagunaire.

 Deux institutions publiques disent donc vouloir embellir Abidjan. Pourtant, le projet de l’une se retrouve partiellement détruit dans le cadre du projet de l’autre. C’est là que commence le malaise.

 Avant même de demander qui a politiquement raison, des questions élémentaires doivent être posées. La commune disposait-elle de toutes les autorisations nécessaires ? Le District connaissait-il les investissements déjà réalisés ? Les administrations compétentes avaient-elles autorisé l’occupation des lieux ? Si plusieurs institutions connaissaient ces projets, pourquoi aucune coordination n’a-t-elle permis d’éviter la confrontation ?

 Le caractère particulier du domaine lagunaire complique encore le dossier. Les berges ne constituent pas un simple terrain communal et leur occupation implique différentes compétences publiques. Réduire l’affaire à un duel entre la mairie et le District serait donc insuffisant.

 Mais une question demeure particulièrement sensible. Qui assume la facture lorsque des investissements publics sont détruits faute de coordination entre institutions ?

 Car derrière les bâtiments, espaces verts et promenades, il y a de l’argent public. Lorsqu’une collectivité engage plusieurs centaines de millions de francs CFA dans un équipement ensuite démoli, le contribuable est en droit de demander des explications.

 C’est ici que le dossier prend également une dimension politique. Le District autonome d’Abidjan est dirigé par Ibrahim Cissé Bacongo, cadre du RHDP. La commune du Plateau est dirigée par Jacques Gabriel Ehouo, député-maire issu du PDCI-RDA. Cette différence politique ne démontre nullement que l’opération du District aurait été motivée par des considérations partisanes. Elle suffit néanmoins à nourrir les interrogations lorsque les explications institutionnelles restent insuffisantes.

 En politique, le silence administratif laisse rapidement la place aux interprétations.

 Jacques Gabriel Ehouo réclame le dialogue et défend les investissements de sa commune. Le District revendique son programme d’aménagement et les compétences attachées à sa mission. Mais une République ne peut durablement fonctionner par superposition de légitimités concurrentes.

 Il faudra donc répondre clairement. Qui avait juridiquement compétence ? Quelles autorisations avaient été délivrées ? Quels échanges ont précédé l’intervention ? Une alternative à la démolition était-elle possible ? Et si des investissements régulièrement autorisés ont été détruits, qui en assumera les conséquences financières ?

 Ces interrogations dépassent Oxy Park II. Elles concernent potentiellement toutes les communes du District d’Abidjan. Si les frontières entre les compétences communales, métropolitaines et étatiques restent insuffisamment lisibles, chaque grand projet urbain peut devenir un nouveau terrain de confrontation.

 Abidjan se transforme rapidement. Routes, échangeurs, transports, assainissement, embellissement et réaménagements redessinent la capitale économique. Mais de grandes infrastructures exigent également une grande discipline institutionnelle.

 On ne peut pas vouloir bâtir la « Grande Côte d’Ivoire » tout en laissant s’installer des guerres de compétences entre institutions publiques.

 L’affaire Oxy Park II mérite donc de sortir du face-à-face entre Bacongo et Ehouo. Ce qui doit être établi, ce sont les responsabilités, les autorisations, l’utilisation des ressources publiques et les mécanismes permettant d’éviter qu’une telle situation se reproduise.

Car lorsqu’une administration construit avec l’argent public et qu’une autre administration détruit ce qui a été construit, la question essentielle n’est plus de savoir qui a remporté le bras de fer.C’est la cohérence même de l’action publique qui se retrouve au milieu des gravats.

 Karim Bamba

 

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