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LEADERSHIP FÉMININ EN CÔTE D’IVOIRE : APRÈS LES ENGAGEMENTS, L’HEURE DES RESPONSABILITÉS RÉELLES

La Côte d'Ivoire doit davantage faire des efforts pour assurer et garantir une forte représentativité des femmes dans la politique.

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La ministre de la Femme , de la Famille et de l'Enfant
La ministre de la Femme , de la Famille et de l'Enfant

La place des femmes dans la vie politique ivoirienne ne peut plus se limiter aux déclarations d’intention et aux engagements sans lendemain. Alors qu’elles constituent une force essentielle de la société, leur présence dans les instances de décision demeure insuffisante. Les travaux engagés les 8 et 9 octobre 2026 autour d’une feuille de route nationale pour le leadership féminin ouvrent une nouvelle perspective. Mais une question demeure. La Côte d’Ivoire parviendra-t-elle à transformer ses ambitions en véritable partage des responsabilités politiques ?

À l’initiative de l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et sous l’égide du Sénat, ces travaux visent à élaborer une feuille de route 2026-2030 destinée à renforcer la participation des femmes à la gouvernance publique. Quatre mécanismes de suivi sont envisagés, notamment un comité de pilotage et un cadre permanent de concertation. Leur efficacité dépendra des moyens mobilisés et des résultats obtenus.

 

Une représentation politique encore insuffisante

 

La Côte d’Ivoire dispose pourtant d’un cadre juridique favorable à une meilleure participation féminine. La loi du 14 octobre 2019 prévoit notamment un minimum de 30 % de femmes parmi les candidats présentés par les partis et groupements politiques aux élections concernées. Mais cette obligation ne garantit ni leur élection ni leur accès aux postes stratégiques.

Le véritable défi concerne les investitures dans les circonscriptions compétitives, le financement des campagnes et l’accès aux directions politiques. Les partis ne peuvent durablement célébrer l’engagement des femmes tout en les maintenant à l’écart des centres de décision.

 

Du militantisme aux responsabilités

 

Depuis plusieurs décennies, les femmes ivoiriennes participent activement aux mobilisations électorales et à l’animation des formations politiques. Pourtant, leur engagement ne se traduit pas toujours par une représentation institutionnelle proportionnelle. Les contraintes financières, les stéréotypes et certaines pratiques de sélection continuent de limiter leurs perspectives.

Promouvoir le leadership féminin suppose donc de revoir les mécanismes de désignation, de renforcer la formation politique et de garantir des conditions équitables d’accès aux responsabilités. Il ne s’agit pas d’attribuer des fonctions symboliques, mais de permettre aux femmes compétentes d’exercer pleinement leur autorité.

 

Trois priorités pour des résultats concrets

 

La première priorité consiste à fixer des objectifs mesurables. La feuille de route devra permettre de suivre l’évolution du nombre de femmes élues, nommées et présentes dans les instances dirigeantes, avec des évaluations régulières et publiques.

La deuxième concerne la formation et l’autonomie financière. Les femmes engagées en politique doivent bénéficier d’un accompagnement en leadership, communication, gestion des campagnes et maîtrise des institutions, ainsi que d’un accès plus équitable aux ressources électorales.

La troisième repose sur la responsabilité des partis politiques. Ceux-ci doivent traduire leurs engagements en investitures crédibles, en nominations effectives et en mécanismes internes favorisant l’émergence de nouvelles dirigeantes.

 

Une exigence démocratique, au-delà des discours

 

L’initiative portée par l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique, avec l’accompagnement du PNUD et du Sénat, constitue une opportunité de faire évoluer durablement la gouvernance nationale. Elle devra toutefois dépasser les déclarations de principe pour produire des changements vérifiables.

La participation des femmes ne relève ni d’une faveur politique ni d’une concession institutionnelle. Elle constitue une exigence d’égalité, de justice et d’efficacité démocratique. Une République qui ambitionne de mobiliser toutes ses compétences ne peut continuer à sous-utiliser une part essentielle de son potentiel humain.

À l’horizon 2030, le succès de cette feuille de route ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées, mais à la présence effective des femmes là où se prennent les décisions qui engagent l’avenir du pays.

Car une démocratie ne devient pas plus représentative simplement parce qu’elle donne la parole aux femmes. Elle le devient lorsqu’elle leur donne aussi les moyens de décider.

 Fatim M Kouyaté

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