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ÉMERGENCE, SOLIDARITÉ, GRANDE CÔTE D’IVOIRE : COMBIEN DE CONCEPTS POUR CHANGER LA VIE DES IVOIRIENS ?

La Côte d'Ivoire cherche sa voie pour parvenir à l'Emergence tant annoncée. Plusieurs concepts ont été expérimentés , à cet effet.

Par admin4 min de lecture
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Beugré Mambé , premier ministre de Côte d'Ivoire
Beugré Mambé , premier ministre de Côte d'Ivoire

La Côte d’Ivoire n’a pas manqué d’ambition. Elle a connu l’« émergence », puis la « Côte d’Ivoire solidaire ». Voici maintenant la « Grande Côte d’Ivoire ». Trois formules, trois séquences de développement et des investissements considérables. Mais avant d’ouvrir un nouveau chapitre, une question s’impose. Qu’avons-nous réellement obtenu des deux précédents ? Car lorsqu’un concept succède à un autre avant que toutes ses promesses soient réalisées, le bilan devient plus important que la communication.

 L’émergence devait symboliser le grand rattrapage ivoirien. Les réalisations sont importantes. La Côte d’Ivoire a renoué avec une croissance forte, tandis que routes, ponts, échangeurs, centrales électriques et équipements publics ont profondément changé le visage du pays. L’économie s’est remise en mouvement et le pays a retrouvé une place importante parmi les économies dynamiques du continent.

 Mais l’échéance de 2020 est passée sans clore tous les défis annoncés. L’émergence a profondément transformé les infrastructures, mais son ambition allait au-delà du béton. La pauvreté a reculé, sans disparaître, et la croissance n’a pas effacé les difficultés d’emploi, de revenus et de conditions de vie d’une partie de la population.

 C’est alors qu’arrive la Côte d’Ivoire solidaire. Le changement de vocabulaire est significatif. Après les infrastructures et la croissance, il fallait placer davantage l’humain au centre. Filets sociaux, couverture maladie, eau potable, électrification, écoles, centres de santé, emploi des jeunes et soutien aux ménages deviennent des marqueurs plus visibles de l’action publique.

 Les avancées existent. Les investissements sociaux se sont poursuivis, des centaines de milliers de ménages ont bénéficié des filets sociaux et les dispositifs concernant la santé, l’école et la jeunesse ont été renforcés. Mais une question demeure. Si la Côte d’Ivoire est devenue plus solidaire, pourquoi le coût de la vie, l’emploi durable des jeunes, le logement, le pouvoir d’achat et la vulnérabilité de nombreux ménages restent-ils au cœur des préoccupations ?

 Les statistiques disent une partie du développement. Le panier de la ménagère en raconte une autre. Le taux de croissance mesure l’activité économique. Le jeune diplômé sans emploi mesure l’attente. Le PIB par habitant fournit une moyenne. Le revenu disponible rappelle que toutes les moyennes ne racontent pas toutes les vies.

 Le bilan doit donc être regardé sans caricature. L’émergence a construit. La solidarité a tenté de rapprocher davantage la croissance du citoyen. Mais ni l’une ni l’autre n’a achevé la transformation économique et sociale du pays.

 C’est précisément dans cet espace qu’arrive la Grande Côte d’Ivoire. Et la question devient incontournable. Si l’émergence n’a pas entièrement résolu la question sociale et si la solidarité n’a pas encore éliminé la pauvreté et la vulnérabilité, que doit accomplir la Grande Côte d’Ivoire que les deux concepts précédents n’ont pas achevé ?

 La nouvelle ambition met en avant une économie plus productive, l’industrialisation, la transformation locale des matières premières, l’agriculture moderne, le capital humain, les infrastructures, le secteur privé et la création d’emplois. Autrement dit, ses propres priorités révèlent l’ampleur du chemin restant à parcourir.

 Il ne suffira plus d’additionner les kilomètres de routes, les échangeurs et les bâtiments. Il faudra compter les emplois créés autour de ces infrastructures. Il ne suffira plus d’annoncer le taux de croissance. Il faudra regarder combien de familles améliorent durablement leur situation. Il ne suffira plus d’exporter cacao, anacarde, caoutchouc et autres matières premières. Il faudra mesurer la richesse effectivement transformée et conservée en Côte d’Ivoire.

 Après quinze années de forte croissance, la prochaine révolution ivoirienne devrait être celle du portefeuille, de l’emploi et de la production. Le citoyen doit pouvoir reconnaître le développement autrement qu’en regardant un pont depuis sa fenêtre. Il doit pouvoir le retrouver dans son revenu, son entreprise, son exploitation agricole, l’avenir professionnel de ses enfants et sa capacité à se soigner, se loger, entreprendre et épargner.

 L’HISTOIRE, ELLE, NE RETIENT PAS LES SLOGANS

 L’émergence a largement construit. La solidarité a cherché à mieux redistribuer et protéger. La Grande Côte d’Ivoire devra démontrer qu’elle peut transformer ces acquis en prospérité durable, en emplois, en production nationale et en ascension sociale.

 Car viendra le temps où les slogans auront disparu des discours, où les plans de développement seront rangés dans les archives et où les chiffres d’aujourd’hui appartiendront aux livres d’histoire. Ce jour-là, personne ne demandera combien de concepts la Côte d’Ivoire aura inventés. On demandera ce que chaque période aura réellement changé dans la destinée du pays.

 On regardera les routes et les ponts, mais aussi les usines construites autour de nos matières premières. On regardera la croissance, mais aussi les emplois qu’elle aura créés. On regardera les milliards investis, mais aussi les familles sorties durablement de la pauvreté. On regardera les écoles bâties, mais surtout ce que seront devenus les enfants qui y auront étudié.

 

Après l’émergence, il fallait que la croissance descende jusqu’au citoyen. Après la solidarité, il faudra que le citoyen devienne davantage producteur de richesse. Car l’étape ultime du développement n’est pas l’assistance, mais l’autonomie économique d’un peuple capable de produire, transformer, entreprendre, innover et transmettre davantage à la génération suivante.

 La Côte d’Ivoire a démontré qu’elle pouvait se relever et construire. La question de cette nouvelle séquence est désormais plus exigeante. Saura-t-elle transformer cette puissance retrouvée en prospérité suffisamment partagée pour changer durablement la condition de plusieurs générations ?

 C’est cette réponse que l’Histoire retiendra.

Car les gouvernements donnent des noms à leurs programmes. Les générations, elles, jugent leurs résultats. Et lorsque l’histoire de cette période sera écrite, la grandeur de la Côte d’Ivoire ne se mesurera pas au nombre de slogans qu’elle aura proclamés, mais au nombre de destins qu’elle aura transformés.

 Karim Bamba

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